Cam­pagne mo­rose

AL­GÉ­RIE . La cam­pagne élec­to­rale pour les lé­gis­la­tives du 10 mai se pour­suit dans un dés­in­té­rêt qua­si to­tal de la po­pu­la­tion.

Al Ahram Hebdo - - Monde Arabe - A. T.

LES can­di­dats aux lé­gis­la­tives du 10 mai pro­chain peinent tou­jours à sé­duire l’élec­to­rat, près de 10 jours après le lan­ce­ment de la cam­pagne élec­to­rale. Plus de 21 mil­lions d’élec­teurs sont en ef­fet ap­pe­lés à re­nou­ve­ler l’as­sem­blée Po­pu­laire Na­tio­nale ( APN, Chambre basse du Par­le­ment), do­tée main­te­nant de 462 sièges, soit 73 dé­pu­tés sup­plé­men­taires, se­lon un scru­tin de liste à la pro­por­tion­nelle dé­par­te­men­tale. Ce scru­tin ver­ra la par­ti­ci­pa­tion de pas moins de 182 listes sous l’égide de 44 par­tis po­li­tiques et de 211 listes in­dé­pen­dantes.

Or, pour l’heure, la po­pu­la­tion, da­van­tage pré­oc­cu­pée par les pro­blèmes so­ciaux que par les dis­cours des can­di­dats, suit avec dés­in­té­rêt cette cam­pagne élec­to­rale. Rien de sur­pre­nant, pour nombre d’al­gé­riens les dis­cours et les pro­messes sont les mêmes, et les ré­sul­tats aus­si. Se­lon la presse lo­cale, les nom­breuses réunions élec­to­rales à tra­vers les 48 wi­layas ( dé­par­te­ments) ne drainent pas les foules. Le Front de Li­bé­ra­tion Na­tio­nal ( FLN, au pou­voir), ma­jo­ri­taire dans l’as­sem­blée sor­tante, a dû an­nu­ler un ras­sem­ble­ment à Re­li­zane ( 300 km à l’ouest d’al­ger), faute de pu­blic. Cer­tains par­tis ne se sont pas ex­pri­més à la ra­dio faute d’ora­teurs. Ce dé­but de cam­pagne mo­rose fait craindre une forte abs­ten­tion mal­gré les ap­pels des au­to­ri­tés et des par­tis à un vote mas­sif. En ef­fet, de­puis des se­maines, le pré­sident al­gé­rien, Ab­de­la­ziz Bou­te­fli­ka, dont le 3e man­dat s’achève au prin­temps 2014, presse ré­gu­liè­re­ment les Al­gé­riens à al­ler vo­ter. Cette élec­tion consti­tue « une phase cru­ciale et un pa­ri dé­ci­sif qu’il nous in­combe de ga­gner, car nous n’avons d’autre choix que de réus­sir » , a ain­si ré­cem­ment dé­cla­ré M. Bou­te­fli­ka. « Nous vi­vons une mon­dia­li­sa­tion glo­bale, por­teuse de chan­ge­ment ra­di­cal qui im­pose une prise de conscience col­lec­tive de l’im­por­tance des dé­fis à re­le­ver et de la sen­si­bi­li­té du contexte » , at- il sou­li­gné.

Le pré­sident al­gé­rien, qui ne s’est ja­mais au­tant im­pli­qué dans une élec­tion, a de nou­veau sou­li­gné « l’im­por­tance de la par­ti­ci­pa­tion mas­sive au scru­tin » . Un ap­pel qui est un leit­mo­tiv dans le dis­cours du chef d’etat, de son gou­ver­ne­ment et des res­pon­sables des par­tis po­li­tiques qui re­doutent tous le spectre d’une abs­ten­tion éle­vée. Mal­gré ce­la, signe pre­mier du mé­con­ten­te­ment de la po­pu­la­tion, le sort ré­ser­vé aux pan­neaux sur les­quels sont af­fi­chées les listes des can­di­dats : cer­tains ont été van­da­li­sés et d’autres ta­gués avec des phrases telles que « Pas d’élec­tions avec des pommes de terre à 120 di­nars le ki­lo » ( 1,25 eu­ro) ou en­core « Pour­quoi vo­ter pour un Par­le­ment sans pou­voir ? ».

Epar­gnée par le Prin­temps arabe

Pour­tant, ces élec­tions lé­gis­la­tives ne de­vraient pas être comme les autres. Elles in­ter­viennent dans un contexte ré­gio­nal pour le moins qu’on puisse dire dif­fé­rent. Si l’al­gé­rie a été épar­gnée par le Prin­temps arabe qui a ren­ver­sé plu­sieurs ré­gimes de la ré­gion, elle risque par contre d’être tou­chée elle aus­si par la mon­tée des is­la­mites qui a sui­vi ce Prin­temps. Dans le souffle de ce Prin­temps, M. Bou­te­fli­ka, avait pro­mis, il y a un an, des ré­formes qui ont no­tam­ment me­né à l’agré­ment de 23 nou­veaux par­tis po­li­tiques et à l’ac­crois­se­ment du nombre de dé­pu­tés, no­tam­ment char­gés d’amen­der la Cons­ti­tu­tion.

Mais la grande crainte du scru­tin al­gé­rien reste est une abs­ten­tion éle­vée et la prin­ci­pale ques­tion porte sur le score des is­la­mistes. Le pa­tron du FLN (par­ti pré­si­den­tiel), Ab­de­la­ziz Bel­kha­dem, es­ti­mait il y a quelques se­maines que les is­la­mistes, re­pré­sen­tés par une de­mi-dou­zaine de par­tis agréés, rem­por­te­raient 35 % des votes en Al­gé­rie. De son cô­té, l’is­la­miste ra­di­cal Ab­dal­lah Dja­bal­lah avait ré­cem­ment es­ti­mé que les par­tis is­la­mistes rem­por­te­raient la ma­jo­ri­té aux élec­tions lé­gis­la­tives. M. Dja­bal­lah di­rige un nou­veau par­ti, le Front pour la Jus­tice et le Dé­ve­lop­pe­ment (FJD), au­to­ri­sé en ver­tu d’une nou­velle loi sur les par­tis, adop­tée dans le cadre de ré­formes me­nées sous l’égide du pré­sident al­gé­rien.

Le contexte est d’au­tant plus dé­li­cat que le pays a failli être di­ri­gé en 1992, à la fa­veur de l’ou­ver­ture au mul­ti­par­tisme du pays, par le Front Is­la­mique de Sa­lut (FIS­dis­sous). Le pro­ces­sus, ar­rê­té par les mi­li­taires, avait plon­gé le pays dans une dé­cen­nie de vio­lence qui a fait quelque 200 000 morts. Une dé­cen­nie qui a pris fin grâce à la po­li­tique de ré­con­ci­lia­tion na­tio­nale ap­pli­quée par M. Bou­te­fli­ka au mi­lieu des an­nées 2000, qui a ré­ta­bli un calme qui reste ce­pen­dant précaire

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