Ab­sence re­mar­quée à Wa­shing­ton

Al Ahram Hebdo - - Economie - Dah­lia Ré­da Né­vine Ka­mel

ÉGYPTE-FMI . Les mi­nistres égyp­tiens concer­nés ne se sont pas ren­dus aux réunions de prin­temps. La pos­si­bi­li­té d’em­prun­ter à des ins­tances in­ter­na­tio­nales sou­lève une vive op­po­si­tion dans la so­cié­té ci­vile.

CEST une pre­mière. Les mi­nistres des Fi­nances et de la Co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale égyp­tiens ne sont pas al­lés aux réunions de prin­temps du FMI et de la Banque Mon­diale (BM). La dé­lé­ga­tion a ain­si été pré­si­dée par le mi­nistre des Té­lé­com­mu­ni­ca­tions, Mo­ha­mad Sa­lem.

Le mi­nis­tère des Fi­nances, Mom­taz Al-saïd, s’est ex­cu­sé en rai­son de nom­breux dos­siers na­tio­naux en sus­pens à l’exemple de ce­lui du bud­get 2012/2013 qui doit être pré­sen­té au Par­le­ment avant la fin du mois d’avril. Des ru­meurs cir­cu­lant du­rant la se­maine ayant pré­cé­dé les réunions à Wa­shing­ton pré­ten­daient que les au­to­ri­tés amé­ri­caines avaient re­fu­sé d’ac­cor­der un vi­sa à la mi­nistre de la Co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale, Fay­za Aboul-na­ga. Ce­la en con­sé­quence de la co­lère de Wa­shing­ton sur la po­si­tion de la mi­nistre contre les ONG étran­gères soup­çon­nées de fi­nan­ce­ment in­ter­na­tio­nal.

Un membre de la dé­lé­ga­tion égyp­tienne ayant re­quis l’ano­ny­mat a

ce­pen­dant nié le re­fus, par les au­to­ri­tés amé­ri­caines, de re­ce­voir la mi­nistre égyp­tienne. Le porte-pa­role de la mi­nistre l’a aus­si contes­té, en ajou­tant que « d’autres en­ga­ge­ments ont em­pê­ché la mi­nistre de par­ti­ci­per » , no­tant « qu’elle de­vait se rendre au Ma­roc pour par­ti­ci­per à une réunion ré­gio­nale des ins­ti­tu­tions de fi­nan­ce­ment arabes ».

24 heures avant les réunions, la di­rec­trice du FMI, Christine La­garde a néan­moins lais­sé sen­tir un froid dans les re­la­tions avec le gou­ver­ne­ment égyp­tien en dé­cla­rant que le FMI n’oc­troie­rait un prêt à l’egypte que si un consen­sus était ob­te­nu au sein de la so­cié­té égyp­tienne.

Mag­da Kan­dil, di­rec­trice exé­cu­tive du Centre égyp­tien des études éco­no­miques, af­firme son éton­ne­ment face à cette faible re­pré­sen­ta­tion égyp­tienne mais jus­ti­fie l’ab­sence des mi­nistres du groupe éco­no­mique par la courte du­rée res­tant au gou­ver­ne­ment in­té­ri­maire — soit deux mois —pour ré­gler des ques­tions im­por­tantes. « Ce pré­texte donne aux mi­nistres l’ex­cuse d’être ab­sents en rai­son de leurs ca­len­driers trop char­gés, et ne pou­vant pas as­sis­ter à des réunions sai­son­nières pen­dant plus de dix jours. Sur­tout que le dos­sier du prêt du FMI à l’egypte n’est pas à l’ordre du jour de ces réunions », ex­plique-t-elle. Kan­dil ajoute que le pro­gramme de ré­forme lié à la dette de l’egypte est un autre obs­tacle. Après 5 mois de né­go­cia­tions, le pro­gramme est fi­na­li­sé mais ne fait pas l’una­ni­mi­té.

Une « Cam­pagne an­ti-en­det­te­ment étran­ger » a de­man­dé au FMI de ge­ler les né­go­cia­tions en cours avec le gou­ver­ne­ment égyp­tien. La cam­pagne po­pu­laire pour l’an­nu­la­tion de la dette égyp­tienne a envoyé à La­garde une lettre ou­verte à l’oc­ca­sion des réunions de prin­temps, cri­ti­quant le manque de trans­pa­rence concer­nant les me­sures éco­no­miques qui de­vront être prises en pa­ral­lèle à la dette. « Les né­go­cia­tions entre les deux par­ties ont été confi­den­tielles et ce­la donne un signe du manque de trans­pa­rence. Sur­tout que ce gou­ver­ne­ment n’est pas élu, donc il ne re­pré­sente pas le peuple égyp­tien. Rien n’a donc chan­gé dans le pays », sou­ligne Phil­lippe Rizk de la cam­pagne po­pu­laire contre un em­prunt à des ins­tances in­ter­na­tio­nales. La pre­mière lettre adres­sée au FMI de­mande une sus­pen­sion di­recte des né­go­cia­tions, car le gou­ver­ne­ment ac­tuel ne re­pré­sente pas le peuple égyp­tien.

Re­struc­tu­ra­tion des res­sources in­ternes

Con­trai­re­ment au gou­ver­ne­ment, la cam­pagne, ap­puyée par de mul­tiples ONG et syn­di­cats in­dé­pen­dants, re­fuse d’ap­puyer le plan du FMI ou de toute ins­ti­tu­tion ex­té­rieure dans la for­mu­la­tion du pro­gramme éco­no­mique. Se­lon eux, une re­struc­tu­ra­tion des res­sources in­ternes doit consti­tuer une prio­ri­té.

Le FMI s’est dit in­cer­tain de la du­rée des né­go­cia­tions avec l’egypte en vue d’un prêt en­core in­cer­tain. Le di­rec­teur du FMI pour l’afrique du Nord et le Moyen-orient, Ma­sood Ah­med, a rap­pe­lé lors d’une confé­rence de presse à Wa­shing­ton que l’ins­ti­tu­tion at­ten­dait un « large sou- tien po­li­tique » au pro­gramme éco­no­mique qui ac­com­pa­gne­rait ce prêt. « Ce­la se fe­ra-t-il en une se­maine, en deux se­maines ou en huit se­maines ? Il est dif­fi­cile pour moi de faire une es­ti­ma­tion, parce que ce­la dé­pend beau­coup de ce qui se pas­se­ra dans le pays. De notre cô­té, nous sommes prêts à conclure », a af­fir­mé M. Ah­med.

Pour les membres de la cam­pagne, « le gou­ver­ne­ment ac­tuel choi­sit la so­lu­tion fa­cile. Il existe des al­ter­na­tives in­ternes ca­pables de four­nir des res­sources fi­nan­cières au lieu d’ag­gra­ver le far­deau de la dette ex­té­rieure en cette pé­riode cri­tique. Im­po­ser des taxes sur les riches, éli­mi­ner les sub­ven­tions ac­cor­dées à l’éner­gie » consti­tuent, se­lon Rizk, de meilleures so­lu­tions. Il pré­cise qu’au cours de l’ère Mou­ba­rak les im­pôts sur les re­ve­nus ont été ré­duits de 40 à 20 %, alors que les pauvres souf­fraient d’une longue liste de sys­tèmes d’im­po­si­tion. Les in­ves­tis­seurs pro­fi­taient éga­le­ment d’exemp­tions de taxes très avan­ta­geuses.

La cam­pagne de­mande par ailleurs un au­dit sur la dette ex­té­rieure consti­tuée sous Mou­ba­rak, qui s’élève à plus de 34 mil­liards de L.E. Risk a adres­sé une deuxième lettre au pré­sident de la Banque mon­diale, lui de­man­dant de rendre pu­blic tous les contrats de prêts of­ferts par la Banque à l’egypte de Mou­ba­rak ain­si que les rap­ports d’éva­lua­tion de ces prêts. Rizk donne l’exemple de la construc­tion de la phase trois de l’aé­ro­port du Caire. « Les sommes al­louées dé­passent de loin celles qui ont été dé­pen­sées. De plus, plu­sieurs pro­jets d’in­fra­struc­tures n’ont pas été exé­cu­tés », dit-il.

Saad Al-hos­sei­ni, chef de la com­mis­sion du plan et du bud­get à l’as­sem­blée du peuple, sou­tient cette ini­tia­tive. Mais l’af­faire n’est pas fa­cile, elle né­ces­site un long tra­vail et une co­opé­ra­tion de la part de la BM. « Nous avons be­soin d’une liste dé­taillée des prêts ac­cor­dés à l’an­cien ré­gime pour en cal­cu­ler le mon­tant gas­pillé et sanc­tion­ner les res­pon­sables », as­sure Al-hos­sei­ni

La cam­pagne po­pu­laire pour l’an­nu­la­tion de la dette égyp­tienne a de­man­dé au FMI de ge­ler les né­go­cia­tions en cours avec le gou­ver­ne­ment égyp­tien.

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