La der­nière ligne droite avant les élec­tions

Al Ahram Hebdo - - Opinion - Atef Al-gham­ri Ecri­vain

TOUS LES col­loques, les ÉTUDES, les centres et ins­ti­tuts de re­cherches po­li­tiques mon­diaux qui se sont in­té­res­sés en toute in­té­gri­té à la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier se sont mis d’ac­cord sur un point. Ce point consiste à ce que l’egypte est de­ve­nue, après la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier, tout à fait prête à réa­li­ser une re­nais­sance et à oc­cu­per une po­si­tion in­ter­na­tio­nale qu’elle mé­rite. Mais à une condi­tion que le pou­voir soit entre les mains de ceux qui re­pré­sentent réel­le­ment la ré­vo­lu­tion et que la ré­vo­lu­tion pour­suive ses ob­jec­tifs. C’est-à-dire mettre dé­fi­ni­ti­ve­ment fin à l’an­cien ré­gime re­pré­sen­té dans les pen­sées et les pratiques, et ne pas se conten­ter de la chute de la tête du ré­gime.

Donc, quand quel­qu’un comme le gé­né­ral Omar So­li­man, l’un des élé­ments es­sen­tiels de l’an­cien ré­gi- me, dé­pose sa can­di­da­ture pour les élec­tions pré­si­den­tielles, ce­ci re­pré­sente un obs­tacle sur la voie de la re­nais­sance de l’egypte.

Les centres de re­cherches amé­ri­cains et eu­ro­péens qui se sont in­té­res­sés à étu­dier la si­tua­tion en Egypte après la ré­vo­lu­tion conti­nuent à le faire. Les plus ré­centes de ces études sont « La ré­vo­lu­tion et l’an­ti-ré­vo­lu­tion » ef­fec­tuée par l’uni­ver­si­té George Ma­son, et « Un an de ré­vo­lu­tion et d’an­ti-ré­vo­lu­tion » par l’écri­vain bri­tan­nique Da­vid John­son et autres. Toutes les ana­lyses se sont mises d’ac­cord sur le fait que de­puis le jour où Mou­ba­rak a été obli­gé de quit­ter le pou­voir, il y a un plan fer­me­ment or­ga­ni­sé vi­sant à avor­ter la ré­vo­lu­tion et à com­pli­quer la vie quo­ti­dienne des Egyp­tiens. Et ce, par l’in­ter­mé­diaire de nom­breuses crises éco­no­miques et par le désordre sé­cu­ri­taire. L’ob­jec­tif fi­nal est de don­ner au peuple une image né­ga­tive de la ré­vo­lu­tion et des ré­vo­lu­tion­naires pour ga­ran­tir que n’im­porte quel can­di­dat ap­par­te­nant à l’an­cien ré­gime au­ra des par­ti­sans.

Il est re­mar­quable que ceux qui sou­tiennent des can­di­dats ap­par­te­nant à l’an­cien ré­gime semblent avoir to­ta­le­ment ou­blié l’état dans le­quel était le pays sous l’em­prise de l’an­cien ré­gime. Un ré­gime qui n’avait pas de plan na­tio­nal de dé­ve­lop­pe­ment ba­sé sur les prin- cipes de la pro­duc­tion et de l’amé­lio­ra­tion des condi­tions de vie des ci­toyens. Un ré­gime dont les po­li­tiques se ba­saient sur l’im­por­ta­tion et qui a cau­sé la dé­té­rio­ra­tion de l’en­sei­gne­ment et des soins mé­di­caux. Les op­por­tu­ni­tés d’em­plois di­mi­nuaient de plus en plus, les taux de chô­mage réa­li­saient des chiffres ef­frayants et les ar­ti­sa­nats égyp­tiens étaient en voie de dis­pa­ri­tion. C’est ain­si qu’il était de­ve­nu presque im­pos­sible pour la ma­jo­ri­té des jeunes de trou­ver un em­ploi et un lo­ge­ment, et de fon­der une fa­mille. Et l’egypte s’est trans­for­mée en pays cen­tri­fuge alors que des mil­liards de L.E. étaient volées et ca­chées à l’étran­ger.

Par ailleurs, la po­li­tique étran­gère man­quait de vi­sion stra­té­gique et la po­si­tion de l’egypte a connu un re­cul re­mar­quable au ni­veau ré­gio­nal et in­ter­na­tio­nal. Les am­bi­tions de res­ter éter­nel­le­ment au pou­voir puis de le faire hé­ri­ter ont pous­sé la di­rec­tion à re­non­cer au prin­cipe de la sé­cu­ri­té na­tio­nale pour être rem­pla­cée par le prin­cipe de la sé­cu­ri­té du ré­gime ba­sée sur l’idée de l’etat po­li­cier. Ce qui si­gni­fie pour le peuple de vivre dans une pri­son de peur, de des­po­tisme et de déses­poir.

En même temps, le monde en­tier voyait émer­ger de pe­tits Etats pauvres en Asie et en Amé­rique la­tine qui, en une pé­riode entre 7 et 10 ans, ont réus­si à réa­li­ser des sauts énormes dans les do­maines de l’éco­no­mie, de la sta­bi­li­té et de la jus­tice so­ciale. Et l’egypte, qui pos­sède des res­sources beau­coup plus im­por­tantes, est re­ve­nue en ar­rière.

Les causes de l’es­sor de ces Etats ne sont pas se­crètes, mais l’an­cien ré­gime en Egypte était res­treint par les li­mites de ses ca­pa­ci­tés de di­rec­tion et par le choix de ses hommes dont le rôle es­sen­tiel était de ser­vir les ob­jec­tifs per­son­nels du ré­gime. Est-il alors rai­son­nable d’ac­cep­ter que des élé­ments ap­par­te­nant à ce ré­gime, contre le­quel le peuple s’est ré­vol­té et à cause du­quel des mil­liers de jeunes sont morts, dé­tiennent une nou­velle fois le pou­voir en Egypte ?

Le meilleur can­di­dat est ce­lui ca­pable de s’unir avec l’ins­tant his­to­rique que nous vi­vons. C’es­tà-dire une ré­vo­lu­tion qui n’a pas en­core abou­ti à ses fins et dont la réa­li­sa­tion des ob­jec­tifs de­vait l’ai­der à en­ta­mer un grand pro­jet de re­nais­sance comme le pré­voyaient de nom­breuses études.

Le cha­pitre des élec­tions pré­si­den­tielles n’est cer­tai­ne­ment pas le der­nier dans le plan de l’avor­te­ment de la ré­vo­lu­tion. Une étude der­niè­re­ment ef­fec­tuée par l’uni­ver­si­té George Ma­son dit : « La plu­part des Egyp­tiens sont convain­cus que la ré­vo­lu­tion n’est pas en­core ache­vée ». Et nom­breuses autres études pensent que mal­gré les ten­ta­tives de l’an­ti­ré­vo­lu­tion, le monde en­tier dé­cou­vri­ra que les ré­per­cus­sions de la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier à l’in­té­rieur et à l’ex­té­rieur de l’egypte ne sont pas moins in­fluentes que celles de la chute du Mur de Ber­lin et des ré­gimes com­mu­nistes au dé­but des an­nées 1990.

L’an­ti-ré­vo­lu­tion a di­ri­gé une cam­pagne contre l’egypte et les Egyp­tiens, dont les consé­quences peuvent iné­luc­ta­ble­ment anéan­tir le rêve de la re­nais­sance. Or, ce qui ap­pelle à l’op­ti­misme est que ceux qui di­rigent cette an­ti-ré­vo­lu­tion n’ap­par­tiennent pas à l’ins­tant his­to­rique et ne com­prennent pas qu’ils se dressent sur la voie de l’his­toire.

Les dif­fé­rentes forces po­li­tiques, sans ex­cep­tion, as­sument une res­pon­sa­bi­li­té de la si­tua­tion ac­tuelle. Au­jourd’hui, l’unique is­sue ré­side dans le fait que toutes les forces, en par­ti­cu­lier la ma­jo­ri­té par­le­men­taires, se dé­bar­rassent de l’ali­gne­ment à leurs groupes ou or­ga­ni­sa­tions au pro­fit de l’in­té­rêt gé­né­ral du pays ca­rac­té­ri­sé par la va­rié­té idéo­lo­gique de ses fils, qui se­ront tous ju­gés par l’his­toire pour le rôle as­su­mé en­vers le pays

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