Grand-ma­man, mon amour

CI­NÉ­MA . Dans le do­cu­men­taire Set­to Za­da, awel echq (grand-mère Za­da, mon pre­mier amour), la jeune réa­li­sa­trice Hé­ba Yous­ri dresse le por­trait in­time de la chan­teuse Shé­hé­ra­zade, à tra­vers les yeux de sa pe­tite-fille.

Al Ahram Hebdo - - Arts - Wa­lid Aboul-séoud

DE­PUIS sa tendre en­fance, la réa­li­sa­trice Hé­ba Yous­ri a ap­pris de sa grand-mère, la cé­lèbre chan­teuse Shé­hé­ra­zade, tou­jours vi­vante, que la vie avait une autre di­men­sion, plus hu­maine, et qu’en fin de compte c’est tou­jours la fa­mille qui doit pri­mer sur tout.

Ce­ci ex­plique clai­re­ment l’angle que Hé­ba Yous­ri a choi­si pour son do­cu­men­taire de 82 mi­nutes, pro­duit en 2011, pour abor­der sa re­la­tion avec sa grand-mère. Un angle pu­re­ment hu­main dé­voi­lant la vi­sion de la réa­li­sa­trice en ce qui concerne sa re­la­tion avec la chan­teuse Shé­hé­ra­zade, cé­lèbre no­tam­ment dans les an­nées 1950 et 1960. Les cri­tiques avaient en fait dé­crit sa voix comme étant un « tré­sor in­épui­sable ».

C’est cette re­la­tion hu­maine très spéciale qui a pous­sé la jeune Hé­ba à af­fir­mer sans cesse que son film est loin d’être une chro­nique de la vie de la chan­teuse. C’est tout sim­ple­ment une vi­sion ar­tis­tique por­tée par la pe­tite-fille à sa grand-mère, avec la re­li­gion et les chan­ge­ments de la so­cié­té en ar­rière-plan. Une vi­sion per­son­nelle qui fait de l’art dans son sens abs­trait le hé­ros ca­ché du film qui s’ouvre sur la réa­li­sa­trice pe­tite-fille s’in­tro­dui­sant avec ses pa­rents dans la mai­son de la grand-mère, sa ca­mé­ra di­gi­tale en main. Cette der­nière lui de­mande alors : « Mais qu’est- ce que tu filmes ? ».

Chaque scène re­flète une pas­sion pro­fonde pour la grand­mère, avec à l’ap­pui des té­moi­gnages de com­po­si­teurs de re­nom tels Ab­del-wa­hab, Mah­moud Al-ché­rif et même la di­va Oum Kal­soum.

Ce réa­lisme et cette grande sin­cé­ri­té à abor­der la vie d’une personnalité cé­lèbre sans tom­ber dans le piège de la chro- nique his­to­rique lui ont va­lu un prix au 8e fes­ti­val des Ren­contres de l’image, or­ga­ni­sé à l’ins­ti­tut fran­çais de Mou­ni­ra. Un pre­mier prix fai­sant la fier­té de la jeune réa­li­sa­trice, ap­par­te­nant à une fa­mille très ar­tis­tique. Car son père aus­si a eu une car­rière de mu­si­cien-com­po­si­teur, même s’il a es­sayé de fuir la cé­lé­bri­té de sa mère. Trois gé­né­ra­tions dis­cutent à tra­vers le film, fai­sant res­sor­tir leurs dif­fé­rences d’une ma­nière très fine.

Six an­nées se sont écou­lées de­puis que Hé­ba Yous­ri a re­çu son di­plôme de l’ins­ti­tut du ci­né­ma et jus­qu’à la réa­li­sa­tion de Set­to Za­da, awel echq (grand-mère Za­da, mon pre­mier amour). A ce propos, elle dé­clare : « J’ai tra­vaillé comme as­sis­tante à la réa­li­sa­tion dans plu­sieurs oeuvres ar­tis­tiques comme le sit­com Ta­mer et Chaw­qiya parce que j’ai dé­cou­vert que j’étais sim­ple­ment une très jeune di­plô­mée et que l’ap­pren­tis­sage à l’ins­ti­tut ne suf­fit pas pour for­mer un réa­li­sa­teur. J’ai dé­ci­dé alors de tra­vailler comme as­sis­tante à la réa­li­sa­tion pen­dant quelques an­nées avant d’as­su­mer la res­pon­sa­bi­li­té d’un nou­veau film » . Avant de s’at­ta­quer au do­cu­men­taire sur sa grand-mère, elle a tour­né son pre­mier film Pro­fes­sion : femme, abor­dant la pros­ti­tu­tion et la vie noc­turne en Egypte.

Elle s’ex­plique : « J’ai tou­jours été pré­oc­cu­pée par l’idée que beau­coup de gens exercent des mé­tiers qu’ils n’ont pas choi­sis. Avec le temps, cha­cun pense que cette si­tua­tion est tout à fait nor­male. J’ai es­sayé alors de trans­mettre le mes­sage : il faut ab­so­lu­ment faire ce qu’on aime vrai­ment. C’est la source du bon­heur ». Hé­ba Yous­ri ne cherche pas à pré­sen­ter de belles images, mais à trans­mettre un mes­sage d’amour pro­fond

La chan­teuse Shé­hé­ra­zade, du­rant ses an­nées de gloire.

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