Les des­sous des vols ar­chéo­lo­giques

Al Ahram Hebdo - - Voyages - Ha­la Fares

LIRE . Pour­quoi au­tant d’an­ti­qui­tés égyp­tiennes se trou

vent-elles à l’étran­ger ? Dans Vols

lé­gi­times, AlAch­maoui fait le point sur les lois et les pratiques qui ont me­né à la perte de nom­breuses pièces

de va­leur.

VOLS LÉ­GI­TIMES est le der­nier ou­vrage d’achraf Al-ach­maoui, an­cien conseiller ju­ri­dique au Conseil Su­prême des An­ti­qui­tés (CSA). Il offre au lec­teur un his­to­rique bien do­cu­men­té sur les an­ti­qui­tés égyp­tiennes sor­ties du ter­ri­toire, que ce soit par le biais des an­ciennes lois aux la­cunes nom­breuses ou tout sim­ple­ment par des voies illé­gales. Al-ach­maoui ap­porte un mé­lange d’in­for­ma­tions ar­chéo­lo­giques et de do­cu­men­ta­tions ju­ri­diques sus­cep­tibles de mieux faire com­prendre comment et pour­quoi l’egypte a lais­sé par­tir cer­tains de ses chefs-d’oeuvre ar­chéo­lo­giques.

L’ou­vrage ré­pond à une ques­tion maintes fois po­sée : comment une telle quan­ti­té de pièces égyp­tiennes de grande va­leur s’est-elle re­trou­vée dis­per­sée dans les plus grands mu­sées du monde ? Au Me­tro­po­li­tan de New York, on trouve un temple pha­rao­nique presque en­tier. Le Louvre en France pos­sède des oeuvres qui dé­passent en quan­ti­té celles ex­po­sées au Mu­sée du Caire. Le Mu­sée de To­ri­no, en Ita­lie, com­prend trois étages de pièces égyp­tiennes. Par ailleurs, les places ita­liennes sont dé­co­rées de 36 obé­lisques pha­rao­niques. Une ex­pli­ca­tion est donc né­ces­saire. L’au­teur de Vols lé­gi­times ex­plique ces mys­tères avec pré­ci­sion.

La pre­mière loi sur les an­ti­qui­tés égyp­tiennes a vu le jour en 1835 sous Mo­ha­mad Ali. Le sou­ve­rain avait com­pris à quel point ces pièces pha­rao­niques fas­ci­naient les étran­gers. Mais les pre­mières lois com­pre­naient par­fois de telles la­cunes qu’elles fa­ci­li­taient la sor­tie des pièces de fa­çon lé­gale. Par ailleurs, jus­qu’à l’époque de Sa­date, les di­ri­geants égyp­tiens of­fraient à leurs ho­mo­logues étran­gers des oeuvres pha­rao­niques comme ca­deaux lors de vi­sites de chefs d’etat.

Il était aus­si lé­gal, au temps du khé­dive Tew­fiq, de di­vi­ser les pièces dé­cou­vertes lors des fouilles entre l’etat égyp­tien et les ar­chéo­logues. Au­guste Ma­riette, qui a fon­dé en 1901 le Mu­sée égyp­tien, a no­tam­ment rap­por­té maintes oeuvres pha­rao­niques qui consti­tuent au­jourd’hui le noyau du pa­villon égyp­tien du Louvre par­mi les­quelles cer­taines ont été prises de ma­nière illé­gale.

Com­bler les la­cunes

L’au­teur du livre est l’homme qui avait pré­pa­ré la der­nière loi sur la pré­ser­va­tion des an­ti­qui­tés égyp­tiennes en 2010. Cette loi avait sou­le­vé un tol­lé im­por­tant, pro­vo­quant l’op­po­si­tion d’hommes d’af­faires qui sou­hai­taient lé­ga­li­ser le com­merce d’an­ti­qui­tés à l’in­té­rieur de l’egypte. Avec cette nou­velle loi, Al-ach­maoui a sou­hai­té com­bler les la­cunes des lois de 1951 et de 1983, qu’il es­time tou­jours comme étant celles qui ont les plus fa­ci­li­té l’ex­por­ta­tion du patrimoine égyp­tien dans le monde. « Même la nou­velle loi a des la­cunes. Mais elle est sû­re­ment meilleure que les an­ciennes », avoue-t-il dans son ou­vrage.

Loin du style his­to­rique et ju­ri­dique qui ca­rac­té­rise la pre­mière moi­tié de l’ou­vrage, la se­conde moi­tié ra­conte de ma­nière at­trayante les ex­pé­riences vé­cues lors la ré­cu­pé­ra­tion des an­ti­qui­tés. L’au­teur, en tant que membre du CSA, a en ef­fet par­ti­ci­pé de près à la ré­cu­pé­ra­tion de cer­taines pièces et livre dans son ou­vrage nombre de dé­tails crous­tillants.

L’au­teur n’a pas vou­lu être loin de l’ac­tua­li­té, il a ain­si consa­cré une par­tie du der­nier cha­pitre aux vols qui ont eu lieu au Mu­sée du Caire le 28 jan­vier 2011, en pleine ré­vo­lu­tion.

Illus­tré de pho­to­gra­phies rares, l’ou­vrage fait aus­si le point sur le dos­sier du buste de Né­fer­ti­ti. Al-ach­maoui s’est en ef­fet long­temps im­pli­qué per­son­nel­le­ment pour ten­ter de ré­cu­pé­rer ce chef-d’oeuvre, au­jourd’hui pro­prié­té du Mu­sée de Ber­lin. Ce buste est consi­dé­ré comme l’une des plus belles pièces se trou­vant ac­tuel­le­ment hors du pays.

L’ou­vrage, à de nom­breux égards, lève le voile sur des dos­siers troubles et sur des in­com­pré­hen­sions re­la­tives à la pro­prié­té de cer­taines an­ti­qui­tés égyp­tiennes. Un su­jet qui pas­sionne les foules

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