Un troi­sième gou­ver­ne­ment peut-il réus­sir ?

Al Ahram Hebdo - - Opinion - Wa­hid Ab­del-mé­guid Po­li­to­logue

BEAU­COUP DE temps s’écou­le­ra avant que ceux qui s’in­ter­rogent sur l’uti­li­té de for­mer un gou­ver­ne­ment de coa­li­tion ne dé­couvrent que le pays a be­soin d’un se­cours ra­pide. Or, ce se­cours ne peut être ac­com­pli sans s’éle­ver au ni­veau de la res­pon­sa­bi­li­té et dé­pas­ser les in­té­rêts per­son­nels.

Pour s’éle­ver au ni­veau de la res­pon­sa­bi­li­té, il faut éga­le­ment ne pas dou­ter de la pos­si­bi­li­té qu’un nou­veau gou­ver­ne­ment de coa­li­tion puisse réus­sir à réa­li­ser ce que les gou­ver­ne­ments de Cha­raf et de Gan­zou­ri ont échoué à réa­li­ser. Un nou­veau gou­ver­ne­ment de coa­li­tion peut réus­sir s’il ar­rive au bon mo­ment et dans un cli­mat moins ten­du que ce­lui qui règne ac­tuel­le­ment.

Les deux gou­ver­ne­ments de Cha­raf et de Gan­zou­ri ont échoué parce qu’ils n’ont même pas po­sé les po­li­tiques gé­né­rales dont nous avons be­soin de­puis plus d’un an, et non parce qu’ils ont échoué à les exé­cu­ter. Un haut res­pon­sable du gou­ver­ne­ment de Cha­raf avait an­non­cé qu’il n’avait pas fixé des plans à ve­nir pour re­mé­dier à la si­tua­tion éco­no- mique, mais qu’il se concen­trait sur un nombre d’ob­jec­tifs à court terme. Ce­ci ex­prime la si­tua­tion de la per­for­mance gou­ver­ne­men­tale au­jourd’hui. Et dans une in­ter­view pu­bliée il y a quelques jours, ce même res­pon­sable a jus­ti­fié sa po­si­tion en di­sant qu’il n’avait pas po­sé des plans à ve­nir parce qu’il sa­vait de­puis le dé­but que c’était un gou­ver­ne­ment d’ex­tinc­tion d’in­cen­dies, bien qu’il pos­sède une vi­sion de 50 ans. Mais il voyait qu’il était in­juste de l’im­po­ser au peuple sans l’ex­po­ser au Par­le­ment pour être dis­cu­té, alors qu’ à cette date, il n’y avait même pas de Par­le­ment.

Ce qu’il dit convient par­fai­te­ment dans le cas d’une stra­té­gie com­plé­men­taire à long terme, mais il y a des po­li­tiques in­dis­pen­sables, pour ne pas dire élé­men­taires, aux­quelles ce prin­cipe n’est pas ap­pli­qué comme la ré­forme des sys­tèmes fi­nan­ciers et mo­né­taires, la lutte contre la cor­rup­tion et la re­struc­tu­ra­tion du mi­nis­tère de l’in­té­rieur pour ins­tau­rer la sé­cu­ri­té.

De plus, ce qui est va­lable pour le gou­ver­ne­ment de Cha­raf ne l’est pas pour ce­lui de Gan­zou­ri qui a été for­mé à la veille de la for­ma­tion du Par­le­ment. Et ce­pen­dant, ce gou­ver­ne­ment n’a for­mé ni de plan stra­té­gique, ni de pro­gramme de se­cours pour mé­ri­ter le nom de « gou­ver­ne­ment de se­cours na­tio­nal ». Ce gou­ver­ne­ment n’a pas non plus com­men­cé à fixer les po­li­tiques es­sen­tielles né­ces­saires à un plan futur, que ce soit au ni­veau de la ré­forme fi­nan­cière et mo­né­taire ou au ni­veau de la lutte contre la cor­rup­tion. Et quand ce gou­ver­ne­ment a pré­sen­té un pro­gramme au Par­le­ment, il s’est ré­vé­lé tout à fait ir­réa­liste et loin des ques­tions es­sen­tielles. A tel point de ne pas com­por­ter le pro­blème de la sé­cu­ri­té, en se conten­tant de le men­tion­ner sous un titre très vague qui est « Ins­tau­rer les pi­liers de l’etat de la loi ». Quant à la crise éco­no­mique énorme, le pro­gramme l’a trop contour­née sans l’exa­mi­ner en pro­fon­deur ou abor­der ses di­men­sions mo­né­taires ou fi­nan­cières ur­gentes.

Il est im­pos­sible de re­mé­dier à la crise éco­no­mique égyp­tienne sans ré­for­mer la po­li­tique fi­nan­cière qui étrangle cette éco­no­mie parce qu’elle la prive de res­sources dis­po­nibles qui peuvent di­mi­nuer cet étran­gle­ment. Ce­ci né­ces­site de com­men­cer à mettre fin au désordre qui règne dans le sys­tème mo­né­taire et à ap­pli­quer un prin­cipe élé­men­taire dans l’etat mo­derne qui est l’uni­té du bien pu­blic et l’exis­tence d’une seule as­siette pour ce bien. En plus d’une ré­vi­sion gra­duelle de la po­li­tique de sub­ven­tion pour com­plé­ter l’unique pro­cé­dure en­tre­prise par le gou­ver­ne­ment de Cha­raf qui est d’éli­mi­ner la sub­ven­tion sur les in­dus­tries grosses consom­ma­trices d’éner­gie.

Cette ré­forme mo­né­taire est étroi­te­ment liée à une autre in­dis­pen­sable qui est celle du ré­gime mo­né­taire et du fait de lui im­po­ser un contrôle. Il est in­ac­cep­table que le ré­gime mo­né­taire ne soit pas sou­mis à un contrôle in­dé­pen­dant ex­té­rieur. Il faut donc fon­der un co­mi­té in­dé­pen­dant de contrôle mo­né­taire qui se­rait char­gé de la Banque Cen­trale et de toutes les banques. Ef­fec­ti­ve­ment, le sys­tème ac­tuel qui fait qu’une banque contrôle l’autre est l’une des causes du dés­équi­libre ac­tuel dans le sys­tème mo­né­taire.

Il faut éga­le­ment que ce contrôle com­prenne les po­li­tiques mo­né­taires qui ont cau­sé la dis­pa­ri­tion d’une grande par­tie des ré­serves en de­vises étran­gères, soit de 36 mil­liards de dol­lars à 15 mil­liards. Avec l’ab­sence de ce contrôle, per­sonne n’a dis­cu­té de la po­li­tique de l’em­ploi d’une par­tie de la ré­serve mo­né­taire pour ten­ter de fixer le cours de la L.E. ou em­pê­cher sa baisse. Et ce, au lieu de re­cou­rir à d’autres so­lu­tions comme aug­men­ter le taux d’in­té­rêt par exemple. C’est ain­si que le ré­sul­tat ca­tas­tro­phique de la po­li­tique qui a été sui­vie pen­dant un an est la perte d’une grande par­tie des ré­serves en de­vises étran­gères sans sau­ve­gar­der la de­vise lo­cale.

Le pro­chain gou­ver­ne­ment peut com­men­cer le dé­but de la voie de la réus­site en en­ta­mant, le jour de sa for­ma­tion, une ré­forme des deux sys­tèmes mo­né­taire et fi­nan­cier. Et ce, pa­ral­lè­le­ment à l’adop­tion de pro­cé­dures im­mé­diates pour la lutte contre la cor­rup­tion et la re­struc­tu­ra­tion du mi­nis­tère de l’in­té­rieur pour réa­li­ser la sé­cu­ri­té ab­sente dans la rue, et ce de fa­çon à faire ré­gner l’ordre et la dis­ci­pline sans por­ter at­teinte à l’hon­neur du ci­toyen ou à ses li­ber­tés gé­né­rales.

L’ob­jec­tif de ces ré­formes ur­gentes est d’en­cou­ra­ger l’éco­no­mie après sa li­bé­ra­tion de l’étran­gle­ment ac­tuel en réa­li­sant le cli­mat fa­vo­rable à at­ti­rer les in­ves­tis­se­ments étran­gers, y com­pris les in­ves­tis­se­ments arabes. Et ce, au lieu de la po­li­tique de de­mande des aides qui nuit à notre hon­neur.

Or, le plus im­por­tant est d’adres­ser un mes­sage au monde pour dire que la ges­tion des af­faires du pays se­ra liée à la vo­lon­té po­pu­laire. Ce qui si­gni­fie an­crer des règles et des normes aptes à ras­su­rer les in­ves­tis­seurs qui, d’ha­bi­tude, pré­fèrent se di­ri­ger vers les Etats gé­rés de cette fa­çon

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