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Di­rec­trice de l’ins­ti­tut de re­cherche d’études su­pé­rieures du tou­risme fran­çais, re­vient sur les ob­jec­tifs de la confé­rence « Tou­risme et patrimoine en Egypte : pers­pec­tives de dé­ve­lop­pe­ment ».

Al Ahram Hebdo - - Voyages - Propos recueillis par D. E.

: Quel est l’ob­jec­tif de ce col­loque ?

Al-ah­ram Heb­do

Ma­ria Gra­va­ri Bar­bas : Il est double : d’une part, faire avan­cer la ré­flexion sur les rap­ports entre patrimoine et tou­risme, dans le contexte égyp­tien ac­tuel qui sou­lève de nou­velles in­ter­ro­ga­tions, et de l’autre part, pré­sen­ter le di­plôme su­pé­rieur en ges­tion de l’hé­ri­tage cultu­rel, que nous avons lan­cé en 2012 en par­te­na­riat avec l’uni­ver­si­té française d’egypte. Ces deux ob­jec­tifs sont pa­ral­lèles, car ce di­plôme aborde pré­ci­sé­ment les grandes ques­tions concer­nant les rap­ports entre culture, patrimoine et tou­risme, dans leur sy­ner­gie, leurs conflits et op­po­si­tions. Toutes les ques­tions abor­dées lors de la confé­rence concernent des pro­blèmes que le tou­risme ren­contre au­jourd’hui en Egypte. Nos étu­diants sont ame­nés à ré­flé­chir et à tra­vailler sur ces ques­tions afin de per­mettre de mieux as­so­cier patrimoine et tou­risme, sou­vent consi­dé­rés an­ti­no­miques alors qu’il s’agit de pratiques com­plé­men­taires et étroi­te­ment as­so­ciées.

— Vu la si­tua­tion dé­li­cate en Egypte, pour­quoi avez-vous dé­ci­dé d’or­ga­ni­ser cette confé­rence à ce mo­ment pré­cis ?

— L’egypte doit trans­mettre un mes­sage au monde en­tier : le patrimoine, au sens large du terme, est le meilleur atout pour le pays que ce soit pour son éco­no­mie, sa culture ou, de ma­nière plus gé­né­rale, pour la pros­pé­ri­té de son image. Ce mes­sage s’adresse no­tam­ment aux étu­diants que nous re­cru­te­rons l’an­née pro­chaine (2012-2013), afin de for­mer de jeunes pro­fes­sion­nels in­té­res­sés par les mé­tiers du patrimoine et du tou­risme.

— Comment conce­vez-vous la ré­ci­pro­ci­té entre tou­risme et patrimoine ?

— Il est évident que le tou­risme s’ap­puie sur la culture et le patrimoine, et ce de­puis sa nais­sance aux XVIIIE et XIXE siècles. Même s’il y a d’autres al­ter­na­tives au tou­risme cultu­rel, plus lu­diques, le patrimoine et la culture conti­nuent à « tra­vailler » l’ima­gi­naire tou­ris­tique et contri­buent à l’iden­ti­fi­ca­tion et à la for­ma­tion des grandes des­ti­na­tions. L’egypte pro­fite de cet ima­gi­naire ex­tra­or­di­naire, ca­pi­ta­li­sé de­puis long­temps, très étroi­te­ment as­so­cié aux grands sites pa­tri­mo­niaux. Même les tou­ristes, qui viennent pour une ac­ti­vi­té beau­coup plus spor­tive ou lu­dique (plon­gée, mer, plage), sont sen­sibles au patrimoine égyp­tien.

— Etes-vous pour ou contre le tou­risme de masse ?

— Ni pour ni contre. Il y a des sites qui peuvent to­lé­rer un tou­risme de masse et d’autres non. Ce­la dé­pend en gé­né­ral de la po­li­tique adop­tée par le pays. Si l’egypte a oeu­vré pen­dant long­temps à pri­vi­lé­gier un cer­tain tou­risme, elle ne peut que ré­col­ter les fruits de cette po­li­tique. Peut-être que le pays n’était pas en­core prêt à un autre genre de tou­risme. Le tou­risme de masse peut n’être qu’une étape dans la tra­jec­toire tou­ris­tique d’un pays qui, plus il de­vient ma­ture sur le plan tou­ris­tique, plus il a les moyens de des­si­ner réel­le­ment sa po­li­tique tou­ris­tique. Peut-être qu’ac­tuel­le­ment l’egypte ne peut pas se pas­ser de la masse.

Condam­ner le tou­risme de masse sans être prêt à of­frir une autre al­ter­na­tive éco­no­mi­que­ment viable pour­rait être tout à fait pré­ju­di­ciable pour le pays. Ce pas­sage du tou­risme plu­tôt bon mar­ché à un tou­risme haut de gamme se fait en gé­né­ral après une cer­taine ma­tu­ri­té. Ma­tu­ri­té à la fois du sec­teur tou­ris­tique lo­cal, mais aus­si de la « pro­duc­tion » na­tio­nale du tou­risme.

— Le tou­risme haut de gamme pour­rait oc­cu­per en Egypte une place im­por­tante en ou­vrant de nou­velles des­ti­na­tions tou­ris­tiques ...

— Les ex­perts tou­ris­tiques pré­fèrent que dix tou­ristes for­tu­nés laissent la même somme que cent tou­ristes aux re­ve­nus plus mo­destes. Mais les tou­ristes se di­rigent vers les lieux qui cor­res­pondent à la fois à leurs moyens et à leurs at­tentes. Pour ar­ri­ver à ou­vrir de nou­velles des­ti­na­tions, il faut être ca­pable de pro­po­ser de nou­veaux pro­duits tou­ris­tiques. Le di­plôme, qui est d’une du­rée d’un an, ac­cepte des étu­diants dé­jà post-li­cence. Cette an­née est des­ti­née à don­ner des élé­ments concer­nant la connais­sance du patrimoine, du tou­risme et de la ma­nière dont on peut faire tra­vailler ces deux do­maines en sy­ner­gie. Outre les cours, la for­ma­tion com­porte un stage de trois mois au mi­ni­mum pour per­mettre aux étu­diants d’ap­pli­quer leur sa­voir-faire sur le ter­rain

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