800ème an­ni­ver­saire de la ren­contre de Saint Fran­çois d'As­sise avec le Sul­tan d'Egypte

L'an­née 2019 mar­que­ra 800 ans de la ren­contre his­to­rique entre Saint Fran­çois d'As­sise et le sul­tan d'Égypte, al- Ka­mel Mo­ha­mad al- Ayyou­bi, au mi­lieu du conflit de la cin­quième croi­sade du XIIIe siècle.

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية - Sa­naa Fa­rouk

De grandes célébrations se tien­draient au Caire pour ho­no­rer cette oc­ca­sion. Elles ont com­men­cé le 2 oc­tobre 2017 et du­re­ront tout au long d'un an et de­mi, jus­qu'en 2019. La cé­lé­bra­tion est des­ti­née à mettre en lu­mière les fi­gures les plus mar­quantes du dia­logue entre mu­sul­mans et chré­tiens au fil du temps, Saint Fran­çois étant le symbole épique de ce dia­logue.

La cé­lé­bra­tion a dé­mar­ré le 2 oc­tobre dans la salle du Nil du Centre ca­tho­lique du ci­né­ma de l'église Saint-Jo­seph du Caire. Un séminaire se­ra or­ga­ni­sé conjoin­te­ment par les moines fran­cis­cains du Caire et l'Uni­ver­si­té du Caire, avec une confé­rence de Mo­ha­mad al-Kha­chd, pré­sident de l'Uni­ver­si­té du Caire, et une autre par le car­di­nal fran­cis­cain Leo­nar­do San­dri, re­pré­sen­tant du Va­ti­can pour les Eglises orien­tales de l'ordre fran­cis­cain à Rome.

Une autre cé­lé­bra­tion est prévue pour mars 2018 à la mos­quée Amr Ibn al-As à Da­miette. C'est la ville où a eu lieu la ren­contre de saint Fran­çois et du sul­tan al-Ka­mel. Cette cé­lé­bra­tion in­clu­ra des in­vi­tés de l'ex­té­rieur de l'Egypte. On y a fil­mé un do­cu­men­taire, en col­la­bo­ra­tion avec le mi­nis­tère des An­ti­qui­tés.

Des livres qui dé­taillent la ren­contre et le dia­logue qui ont eu lieu entre Saint Fran­çois et le sul­tan al-Ka­mel se­ront tra­duits éga­le­ment en arabe, pour dif­fu­ser le mes­sage de la paix par­mi les lo­cu­teurs et lec­teurs de langue arabe.

Les par­ti­ci­pants au ré­cent évé­ne­ment du Caire étaient An­ba Ibra­him Ishaq, pa­triarche de l'Église ca­tho­lique copte; le nou­vel am­bas­sa­deur d'Ita­lie en Egypte, Giam­pao­lo Can­ti­ni; le Nonce apos­to­lique en Egypte Mgr Bru­no Mo­za­ro; L'évêque ca­tho­lique copte You­han­na Qol­ta; l'Evêque ca­tho­lique du rite la­tin en Egypte, Adel Za­ki; le Père Ibra­him Fal­tas de la Cus­to­die de Terre Sainte; An­ba An­to­nios Aziz évêque de l'est de Gui­zeh; et An­ba Ma­ka­ry évêque du sud de Chou­bra en tant que re­pré­sen­tant de l'Église copte or­tho­doxe. Par­mi les as­sis­tants, il y avait aus­si le gé­né­ral Mo­ha­mad Ay­man, vice-gou­ver­neur du Caire; Mo­ha­mad Ah­med Ab­del-La­tif as­sis­tant du mi­nistre des An­ti­qui­tés; un cer­tain nombre de dé­pu­tés; Dr Lo'ai Mah­moud, chef de l'Ins­ti­tut d'études coptes à Ab­bas­siya; ain­si qu'un cer­tain nombre de moines fran­cis­cains.

Dans son dis­cours, le nou­vel am­bas­sa­deur d'Ita­lie a ex­pri­mé son bonheur que son man­dat au Caire coïn­cide avec cet évé­ne­ment re­mar­quable. "Je suis ve­nu en Égypte en sui­vant les traces de Saint Fran­çois; trans­met­tant un mes­sage de paix ", a-t-il no­té, ajou­tant qu'une telle cé­lé­bra­tion" met sur nos épaules la res­pon­sa­bi­li­té d'ap­pe­ler à la paix comme l'a fait le Pape Fran­çois qui a adop­té le nom de Saint Fran­çois lors de sa vi­site en Egypte en avril der­nier 2017. "

Dr Ab­del-La­tif a dé­crit l'Egypte comme la terre des re­li­gions cé­lestes, la terre qui a ac­cueilli Moïse dans son en­fance et a été bé­nie avec le re­fuge de la Sainte Fa­mille.

Les dis­cours ont été sui­vis par un cer­tain nombre d'hymnes dans dif­fé­rentes langues par le choeur de Saint Jo­seph. En­suite, a été pré­sen­té un do­cu­men­taire de 30 mi­nutes sur l'his­toire de l'Ordre fran­cis­cain en Egypte.

La cé­lé­bra­tion s'est ter­mi­née avec l'hymne na­tio­nal et la re­mise des écus­sons d'hon­neur aux in­vi­tés. Le pa­triarche Ibra­him Ishaq a consa­cré une icône peinte par Na­bil Yous­sef Boush­ra, de Saint Fran­çois par­lant au sul­tan al-Ka­mel.

Saint Fran­çois d'As­sise (1181-1226) était un homme de paix. Il était le fils pri­vi­lé­gié d'un riche mar­chand ita­lien, mais aban­don­na ses pos­ses­sions et adop­ta une vie de paix, de pau­vre­té, de com­pas­sion et de non-vio­lence.

Dans un mo­ment de conversion, en priant à ge­noux de­vant un cru­ci­fix en 1205, Jé­sus lui par­la de l'image sur la croix: «Fran­çois! Va, ré­pare ma mai­son qui tombe com­plè­te­ment en ruine. "Fran­çois a vu ce­la comme une de­mande de trans­for­mer toute l'Eglise chré­tienne. Il re­nais­sait en tant que pa­ci­fi­ca­teur et était convain­cu que Dieu vou­lait qu'il ap­porte au monde un mes­sage de paix.

Il a adop­té les voeux de sa­lu­ta­tion "Que le Sei­gneur vous donne la paix" et s'est constam­ment op­po­sé à la guerre, l'ar­ro­gance et la culture vio­lente de son époque.

En 1217, des ar­mées de toute l'Eu­rope se sont réunies pour la cin­quième croi­sade et se sont di­ri­gées vers l'Egypte. Les ar­mées mu­sul­manes et chré­tiennes ont cam­pé à tra­vers le Nil. La guerre a fait rage du­rant plus de deux ans et des mil­liers de per­sonnes ont été tuées des deux cô­tés.

Le Sul­tan al-Ka­mel, sou­ve­rain d'Égypte et ne­veu du grand guer­rier Sa­la­din, a ten­té à plu­sieurs re­prises de né­go­cier la paix en ren­dant Jé­ru­sa­lem aux croisés, mais l'offre a été re­je­tée à chaque fois.

En Ita­lie, Fran­çois a ras­sem­blé sa com­mu­nau­té de frères. Il a en­ten­du par­ler de la ter­rible guerre et, dé­si­reux d'être un pa­ci­fi­ca­teur au nom du Ch­rist, il a pris quelques frères avec lui en Juin 1219 et a na­vi­gué vers la zone de guerre. En at­tei­gnant les rives du Nil, Fran­çois était pro­fon­dé­ment at­tris­té de voir l'hor­rible vue des vic­times de la guerre des deux cô­tés. Il se re­ti­ra dans de pro­fondes prières et contem­pla­tions et com­men­ça à prê­cher vi­gou­reu­se­ment contre la guerre, mais per­sonne ne l'écou­ta. Fi­na­le­ment, Fran­çois dé­ci­da qu'il agi­rait, et lui et son frère Il­lu­mi­na­to s'aven­tu­re­raient à ren­con­trer les mu­sul­mans dans leur propre camp. Fran­çois com­pre­nait les risques; la mort ou l'em­pri­son­ne­ment étaient les ré­sul­tats pro­bables de son plan de fran­chir les lignes en­ne­mies en temps de guerre. Mais ce­la ne l'a pas dis­sua­dé. A Da­miette, au plus fort de la guerre de la Croi­sade, Fran­çois et un de ses com­pa­gnons tra­ver­sèrent la terre entre les deux ar­mées op­po­sées, du camp chré­tien au camp du Sul­tan. Il a pas­sé des jours-là à ren­con­trer et à dis­cu­ter avec le Sul­tan et sa cour. Le sul­tan al-Ka­mel Mo­ha­mad al-Ayyou­bi était en­clin à un sou­fisme is­la­mique mo­dé­ré, alors quand un moine en­tra en par­lant de paix, d'amour, de fin de guerre, de co­exis­tence et de rap­pro­che­ment, il écou­ta at­ten­ti­ve­ment. Cette ren­contre re­mar­quable et l'en­ga­ge­ment pour la paix des deux per­sonnes im­pli­quées ont chan­gé la re­la­tion entre les mu­sul­mans et les chré­tiens pour le mieux. Et même si la guerre ne s'est pas ter­mi­née, les mots de Fran­çois ont trou­vé des oreilles sym­pa­thi­santes. La vi­site de saint Fran­çois en Egypte et sa ten­ta­tive de rap­pro­che­ment avec le monde mu­sul­man ont eu des consé­quences pro­fondes, bien au­de­là de sa propre mort. Après la chute du Royaume de Jé­ru­sa­lem, ce sont les Fran­cis­cains de tous les ca­tho­liques qui, au dé­but du XIVe siècle, res­te­ront en Terre-Sainte et se­ront plus tard re­con­nus comme Cus­to­dies de la Ter­reSainte, au nom de l'Église ca­tho­lique.

"Saint Fran­çois et le Sul­tan", icône du frère Ro­bert Lentz

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