La ci­té d’Alexandre Dumas au coeur de la fran­co­pho­nie dans le monde

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Le pré­sident fran­çais Em­ma­nuel Ma­cron a an­non­cé dans son dis­cours pour la Jour­née de la Fran­co­pho­nie que le châ­teau de Villers- Cot­te­rêts, pe­tite ville de l'Aisne à la riche his­toire, va de­ve­nir un la­bo­ra­toire de la fran­co­pho­nie. "Je sou­hai­te­rais qu'on fasse de ce châ­teau un la­bo­ra­toire de la fran­co­pho­nie", a- t- il dé­cla­ré en dé­taillant une tren­taine de me­sures pour ren­for­cer la place du fran­çais dans le monde.

Le pré­sident a dé­taillé le pro­jet, qu'il avait an­non­cé en sep­tembre, de res­tau­rer ce châ­teau où Fran­çois Ier a si­gné en 1539 les or­don­nances ayant fait de la langue fran­çaise la langue of­fi­cielle.

Ce châ­teau du XVIe siècle, pro­prié­té de l'État et clas­sé Mo­nu­ment his­to­rique, de­vien­dra un "lieu d'ex­po­si­tion, de ren­contres, de re­cherches, de pé­da­go­gie, de ré­si­dences d'ar­tistes ou de cher­cheurs, de tra­vail, de créa­tion, d'écri­ture et de spec­tacle", a dit le pré­sident de la Ré­pu­blique.

C'est "une tâche ti­ta­nesque" en rai­son des im­por­tants tra­vaux à réa­li­ser pour ré­ha­bi­li­ter ce vaste châ­teau, ac­tuel­le­ment fer­mé au pu­blic après avoir été un hos­pice puis une mai­son de re­traite jus­qu'en 2014. Si­tuée à 80 km de Pa­ris, Villers-Cot­te­rêts est aus­si la ville où le ro­man­cier Alexandre Dumas "est né d'un père mu­lâtre, es­clave éman­ci­pé de­ve­nu sol­dat de la France", a pré­ci­sé Em­ma­nuel Ma­cron.

Ac­tuel­le­ment di­ri­gé par une mu­ni­ci­pa­li­té Front na­tio­nal, c'est "une ville qui doute", qui "a été bous­cu­lée par les grands bou­le­ver­se­ments du monde et a par­fois pu cé­der à quelques si­rènes de re­pli", a pré­ci­sé le pré­sident. Le pro­jet pour­ra "lui don­ner un élan nou­veau", se­lon lui.

A no­ter que le do­maine royal de Villers-Cot­te­rêts est le té­moin de 13 siècles d’his­toire!

Le châ­teau ac­tuel, joyau de la Re­nais­sance, fut édi­fié par Fran­çois Ier, qui l’ai­mait tant qu’il l’ap­pe­lait: «Mon plai­sir». C’est dans ce châ­teau que Fran­çois 1er signe l’or­don­nance de Villers-Cot­te­rêts.

Alexandre Dumas, né à Villers-Cot­te­rêts en 1802, évoque le châ­teau à quelques re­prises dans ses Mé­moires...

" Le châ­teau de Villers-Cot­te­rêts était, avec Sainte-As­sise, la ré­si­dence de M. le duc d’Or­léans. Com­men­cé par Fran­çois Ier, le châ­teau a été ache­vé par son fils Hen­ri II.

Le père et le fils y ont ap­po­sé leur ca­chet.

Fran­çois Ier y a sculp­té ses sa­la­mandres ; Hen­ri II, son chiffre et ce­lui de sa femme, Ca­the­rine de Mé­di­cis. Les deux chiffres sont ren­fer­més dans les trois crois­sants de Diane de Poi­tiers.

Etrange réunion des chiffres des époux et des armes de la maî­tresse, et qui est en­core vi­sible au­jourd’hui à l’angle de la pri­son don­nant sur la pe­tite rue qui conduit à l’abreu­voir. ." (Alexandre Dumas, Mé­moires, chap.1).

Fran­çois 1er, de re­tour de Ma­drid, où il était cap­tif, dé­cide de ré­si­der en Ile de France, et sur­tout au coeur du Va­lois : il est le neu­vième roi de cette dy­nas­tie. Le site de Villers-Cot­te­rêts le sé­duit, no­tam­ment par sa forêt gi­boyeuse.

C’est ain­si que la construc­tion d’un ’lo­gis’ royal est dé­ci­dée, sur le site du châ­teau mé­dié­val, dé­truit pen­dant la guerre de Cent ans, et dont les quelques élé­ments sub­sis­tants sont in­té­grés aux nou­veaux bâ­ti­ments. Les tra­vaux vont s’éta­ler sur les règnes de Fran­çois 1er et d’Hen­ri II.

En 1539, les bâ­ti­ments prin­ci­paux sont ache­vés, et c’est là que, alors qu’il y fait un long sé­jour, Fran­çois 1er­signe l’or­don­nance de Villers-Cot­te­rêts.

Sous les comtes de Va­lois il de­vien­dra le «Chas­tel Ma­le­mai­son» que Fran­çois 1er en­tre­prit de trans­for­mer en une au­then­tique de­meure royale. C’est dans ce châ­teau qu’il si­gna en 1539 l’Or­don­nance de Villers-Cot­te­rêts qui ins­taure la langue fran­çaise comme langue of­fi­cielle.

Le châ­teau a conser­vé son plan d’ori­gine. La cour est en­ca­drée de deux longues ailes, les an­ciens com­muns. Au fond se si­tue le lo­gis royal.

Sur la fa­çade, des pi­liers sur­mon­tés de co­lonnes co­rin­thiennes sou­tiennent une suite de consoles feuilla­gées et une log­gia dal­lée, dont les niches de­vaient, à l’ori­gine, abri­ter des sta­tues. Au-des­sus de cette log­gia se trouve un por­trait de Fran­çois Ier por­tant le grand col­lier de l’Ordre de Saint-Michel. De longues et étroites fe­nêtres, cou­ron­nées de co­quilles sou­te­nues par des fi­gu­rines d’Amour com­plètent l’ar­chi­tec­ture de cette fa­çade de pur style Re­nais­sance.

Un pas­sage voû­té, à cais­sons sculp- tés, donne ac­cès à la cour du Jeu de Paume qu’en­cadrent les ap­par­te­ments royaux.

Le grand es­ca­lier, sem­blable à l’es­ca­lier Hen­ri II du Louvre, est cou­vert d’une voûte in­cli­née, en anse de pa­nier, or­née de trois ran­gées de cais­sons sculp­tés de sa­la­mandres, de feuillages, de fleurs de lys, de têtes d’an­ge­lots …

Cent quatre-vingt-douze ar­ticles ré­forment la ju­ri­dic­tion ec­clé­sias­tique, ré­duisent cer­taines pré­ro­ga­tives des villes, et rendent obli­ga­toire la te­nue des re­gistres des bap­têmes. Mais c’est sur­tout l’acte fon­da­teur de la pri­mau­té et de l’ex­clu­si­vi­té du fran­çais dans les do­cu­ments re­la­tifs à la vie pu­blique du royaume de France ; en ef­fet, pour fa­ci­li­ter la bonne com­pré­hen­sion des actes de l’ad­mi­nis­tra­tion et de la jus­tice, l’or­don­nance leur im­pose d’être ré­di­gés dans cette langue. Le fran­çais de­vient ain­si la langue of­fi­cielle du droit et de l’ad­mi­nis­tra­tion, en lieu et place du la­tin.

La forêt de Villers-Cot­te­rêts (Retz) jouxte le parc du châ­teau, des­si­né par Le Nôtre, qui a pré­ser­vé les grandes lignes de sa com­po­si­tion XVIIe.

Les des­truc­tions des deux guerres ont im­pac­té le parc. C’est de Villers-Cot­te­rêts que part en juillet 1918 la contre-of­fen­sive des Al­liés...

"Beaux arbres ! à l’ombre des­quels s’étaient cou­chés Fran­çois Ier et ma­dame d’Etampes, Hen­ri II et Diane de Poi­tiers, Hen­ri IV et Ga­brielle...

Car, poète que je suis, il y a une chose que je pré­fé­re­rais à tout l’or de la terre, c’est le mur­mure du vent dans vos feuilles ; c’est l’ombre que vous fai­siez trem­bler sous mes pieds ; ce sont les douces vi­sions, les char­mants fan­tômes qui, le soir, entre le jour et la nuit, à l’heure dou­teuse du cré­pus­cule, glis­saient entre vos troncs sé­cu­laires" … (Alexandre Dumas, Mé­moires, chap. 21).

En 1808, le châ­teau de­vient le «dé­pôt de men­di­ci­té» du dé­par­te­ment de la Seine et ac­cueille à ce titre un mil­lier de re­clus pa­ri­siens. Il est en­suite trans­for­mé en mai­son de re­traite, qui fer­me­ra ses portes en 2014.

Rap­pe­lons que la Se­cré­taire gé­né­rale de la Fran­co­pho­nie Mi­chaëlle Jean, avait adres­sé un mes­sage de cir­cons­tance dans le­quel elle a ap­pe­lé les fran­co­phones à sai­sir l’oc­ca­sion de cette Jour­née in­ter­na­tio­nale de la Fran­co­pho­nie pour ré­af­fir­mer avec vi­gueur et dé­ter­mi­na­tion leur vo­lon­té d’agir tou­jours plus et tou­jours mieux en­semble, au nom de l’idéal qui les unit.

Em­ma­nuel Ma­cron lors de son dis­cours pour la Jour­née de la Fran­co­pho­nie á Pa­ris

Vue ex­té­rieure du châ­teau

Châ­teau de Villers-Cot­te­rêts, vue de la cha­pelle

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