Ré­ani­ma­tion des ra­cines à Alexan­drie

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية -

Le pré­sident Ab­del Fat­tah El Sis­si a lan­cé le lun­di 30 avril 2018 avec ses ho­mo­logues chy­priote Ni­cos Anas­ta­siades et grec Prokó­pis Pavló­pou­los les tra­vaux de la se­maine de l’ani­ma­tion des ra­cines à Alexan­drie.

Des com­mu­nau­tés chy­priotes et grecques ont ef­fec­tué des vi­sites dans plu­sieurs ré­gions tou­ris­tiques: la bi­blio­thèque d’Alexan­drie, les tombes grecques à la ré­gion d’El Chat­by, le mu­sée na­tio­nal d’Alexan­drie, l’aca­dé­mie arabe des sciences et de la tech­no­lo­gie…

Les com­mu­nau­tés ont ren­du vi­site à leurs an­ciennes écoles et mai­sons à Alexan­drie.

La mi­nistre de l’Im­mi­gra­tion Na­bi­la Ma­kram a lan­cé cette ini­tia­tive en ré­ponse aux di­rec­tives du pré­sident Ab­del Fat­tah El Sis­si. Il s’agit de la pre­mière ini­tia­tive de ce genre, qui vise à re­vi­ta­li­ser la bien­ve­nue des com­mu­nau­tés qui ont vé­cu en Egypte.

Les Grecs sont pré­sents en Egypte de­puis au moins le 7ème siècle avant JC. Hé­ro­dote a vi­si­té l'Egypte au 5ème siècle av. J. C et a dit que les Grecs étaient l'un des pre­miers groupes d'étran­gers qui aient ja­mais vé­cu en Egypte. Dio­do­rus Si­cu­lus in­di­quait que Rho­dian Ac­tis, l'un des Hé­liades, avait construit la ville d'Hé­lio­po­lis avant le ca­ta­clysme; de même les Athé­niens ont construit Saïs. Si­cu­lus rap­porte que toutes les villes grecques ont été dé­truites pen­dant le ca­ta­clysme, mais les villes égyp­tiennes com­pre­nant Hé­lio­po­lis et Sais ont sur­vé­cu.

Se­lon Hé­ro­dote, le roi Psam­mé­tique Ier (664-610 av. J.-C.) éta­blit une gar­ni­son de mer­ce­naires étran­gers à Daph­née, prin­ci­pa­le­ment des Ca­rians et des Grecs Io­niens.

Au VIIe siècle av. J.-C., après les Ages grecs de 1100 à 750 avant J.-C., la ville de Nau­cra­tis fut fon­dée dans l'Égypte an­cienne. Elle était si­tuée sur la branche Ca­no­pique du Nil, à 72 km de la mer ou­verte. C'était la pre­mière et, pour une grande par­tie de son his­toire, la seule co­lo­nie grecque per­ma­nente en Egypte; agis­sant comme un lien sym­bio­tique pour l'échange de l'art et de la culture grecque et égyp­tienne.

À peu près au même mo­ment, la ville d'Hé­ra­cleion, la plus proche de la mer, de­vint un port im­por­tant pour le com­merce grec. Il y avait un cé­lèbre temple d'Hé­ra­clès. La ville a en­suite som­bré dans la mer, pour être re­dé­cou­verte ré­cem­ment.

De­puis l'époque de Psam­mé­tique, les ar­mées mer­ce­naires grecques ont joué un rôle im­por­tant dans cer­taines guerres égyp­tiennes. Une de ces ar­mées était di­ri­gée par Men­tor de Rhodes. Un autre per­son­nage de ce genre était Pha­nès d'Ha­li­car­nasse.

Alexandre le Grand a conquis l'Egypte à un stade pré­coce de ses conquêtes. Il a res­pec­té les re­li­gions et les cou­tumes pha­rao­niques et il a été pro­cla­mé pha­raon d'Egypte. Il a éta­bli la ville d'Alexan­drie. Après sa mort, en 323 av. J.-C., son empire fut di­vi­sé entre ses gé­né­raux. L'Egypte a été don­née à Pto­lé­mée I So­ter, dont les des­cen­dants don­ne­raient à l'Egypte sa der­nière dy­nas­tie royale - une dy­nas­tie brillante, en grande par­tie de sa­veur grecque. Sa ca­pi­tale était Alexan­drie. Pto­lé­mée a ajou­té la lé­gi­ti­mi­té à son règne en Egypte en ac­qué­rant le corps d'Alexandre. Il a in­ter­cep­té le ca­davre em­bau­mé sur son che­min d'en­ter­re­ment, l'a ap­por­té en Egypte, et l'a pla­cé dans un cer­cueil en or à Alexan­drie. Il res­te­ra l'un des sites cé­lèbres de la ville pen­dant de nom­breuses an­nées, jus­qu'à ce qu’il fut pro­ba­ble­ment dé­truit dans les émeutes au 3ème siècle après JC.

L'ob­jec­tif ini­tial du règne de Pto­lé­mée était d'éta­blir des li­mites fermes et larges à son royaume nou­vel­le­ment ac­quis. Ce­la a conduit à la guerre presque conti­nue contre d'autres membres im­por­tants du cercle d'Alexandre. Par­fois, il te­nait Chypre et même des par­ties de la Grèce con­ti­nen­tale. Quand ces conflits étaient ter­mi­nés, il contrô­lait fer­me­ment l'Egypte et avait de fortes re­ven­di­ca­tions (contes­tées par la dy­nas­tie sé­leu­cide) en Pa­les­tine. Il s'est ap­pe­lé roi d'Egypte à par­tir de 306 av. J. C. Au mo­ment où il a ab­di­qué en 285 avant JC, en fa­veur de l'un de ses fils, la dy­nas­tie pto­lé­maïque était en sé­cu­ri­té. Pto­lé­mée et ses de- scen­dants ont mon­tré du res­pect pour les tra­di­tions les plus chères de l'Egypte - celles de la re­li­gion - et les ont tour­nées à leur avan­tage. Alexan­drie de­vint le centre du monde grec et hel­lé­nis­tique et le centre du com­merce in­ter­na­tio­nal, de l'art et de la science. Le phare d'Alexan­drie était l'une des sept mer­veilles du monde an­tique alors que pen­dant le règne de Pto­lé­mée II Phi­la­del­phus, la bi­blio­thèque d'Alexan­drie était la plus grande bi­blio­thèque du monde jus­qu'à ce qu'elle fut dé­truite. Le der­nier pha­raon était une prin­cesse grecque, Cléo­pâtre VII, qui s'est sui­ci­dée en 30 av. J.-C., un an après la ba­taille d'Ac­tium.

Sous la do­mi­na­tion gré­co-ro­maine, l'Égypte a ac­cueilli plu­sieurs co­lo­nies grecques, prin­ci­pa­le­ment concen­trées à Alexan­drie, mais aus­si dans quelques autres villes, où les co­lons grecs vi­vaient aux cô­tés de sept à dix mil­lions d'Égyp­tiens. Les pre­miers ha­bi­tants grecs de Fayoum étaient des vé­té­rans sol­dats et des clercs (of­fi­ciers mi­li­taires d'élite) qui étaient ins­tal­lés par les rois pto­lé­maïques sur les terres ré­cu­pé­rées. On es­time que jus­qu'à 30% de la po­pu­la­tion de Fayoum était grecque pen­dant la pé­riode pto­lé­maïque, le reste étant d'ori­gine égyp­tienne. À l'époque ro­maine, une grande par­tie de la po­pu­la­tion grecque de Fayoum était com­po­sée d'Égyp­tiens hel­lé­ni­sés ou de per­sonnes d'ori­gine mixte égyp­to-grecque. À l'époque de l'em­pe­reur ro­main Ca­ra­cal­la au IIe siècle de notre ère, les Égyp­tiens «au­then­tiques» pou­vaient fa­ci­le­ment se dif­fé­ren­cier des Grecs d'Alexan­drie «par leur dia­lecte».

Alexan­drie était la «ville bien-ai­mée» du grand poète grec Kons­tan­ti­nos Pie­tro Ka­va­vis, où l'en­droit et l'époque hel­lé­nis­tique virent beau­coup de ses poèmes his­to­riques. Dans les quar­tiers de la même ville, la conspi­ra­tion des chauves-sou­ris se dé­roule, à par­tir du troi­sième livre de la Tri­lo­gie « États sans gou­ver­ne­ment » de Strates Tsir­kas. "Quel est le ré­su­mé dans ce mot: Alexan­drie? .... Cinq races, cinq langues, douze re­li­gions, cinq flottes ma­ri­times... La langue grecque cou­rante semble seule dis­tin­guer entre tous ceux-ci, se­lon l'écri­vain "La­wrence Da­ryl".

Alors que l'on croit com­mu­né­ment qu'ils re­pré­sentent les co­lons grecs en Egypte, les por­traits de Fayoum re­flètent plu­tôt la syn­thèse com­plexe de la culture égyp­tienne pré­do­mi­nante et celle de la mi­no­ri­té grecque d'élite de la ville. Se­lon Wal­ker, les pre­miers co­lons grecs pto­lé­maïques ont épou­sé des femmes lo­cales et adop­té des croyances re­li­gieuses égyp­tiennes, et à l'époque ro­maine, leurs des­cen­dants étaient consi­dé­rés comme égyp­tiens par les di­ri­geants ro­mains, en dé­pit de leur propre per­cep­tion d'être grec. La mor­pho­lo­gie den­taire des mo­mies Fayoum de l'époque ro­maine a éga­le­ment été com­pa­rée à celle des po­pu­la­tions égyp­tiennes an­té­rieures, et a été trou­vée beau­coup plus proche de celle des an­ciens Égyp­tiens que des Grecs ou d'autres po­pu­la­tions eu­ro­péennes. Vic­tor J. Katz note que la re­cherche sur les pa­py­rus da­tant des pre­miers siècles de l'ère com­mune dé­montre qu'un nombre im­por­tant de ma­riages entre les com­mu­nau­tés grecque et égyp­tienne ont eu lieu.

Au­jourd'hui, la com­mu­nau­té grecque compte of­fi­ciel­le­ment en­vi­ron 5.000 per­sonnes, bien que beau­coup d'ori­gine grecque soient dé­sor­mais consi­dé­rées comme égyp­tiennes, ayant chan­gé de na­tio­na­li­té. À Alexan­drie, à part le Pa­triar­cat, il y a une école de théo­lo­gie pa­triar­cale qui a ou­vert ses portes ré­cem­ment après 480 ans de fer­me­ture. L'église Saint-Ni­co­las au Caire et plu­sieurs autres bâ­ti­ments à Alexan­drie ont été ré­cem­ment ré­no­vés par le gou­ver­ne­ment grec et la Fon­da­tion Alexan­der S. Onas­sis. L'église Saint George du Vieux Caire a fait l’ob­jet de res­tau­ra­tion ter­mi­née en 2014. Au cours de la der­nière dé­cen­nie, le gou­ver­ne­ment égyp­tien a ma­ni­fes­té un nou­vel in­té­rêt pour un rap­pro­che­ment di­plo­ma­tique avec la Grèce, ce qui a eu un im­pact po­si­tif sur la dia­spo­ra grecque. La dia­spo­ra a re­çu des vi­sites of­fi­cielles de nom­breux po­li­ti­ciens grecs. Les re­la­tions éco­no­miques entre la Grèce et l'Égypte se sont élar­gies. Par ailleurs, les liens égyp­to-chy­priotes datent du mi­lieu du troi­sième mil­lé­naire avant Jé­sus-Christ. à l'An­ti­qui­té tar­dive et en­globe toutes sortes d'in­ter­con­nexions, y com­pris l'union po­li­tique. Leur nou­veau­té ré­side dans les di­ver­si­tés mar­quées entre les an­ciennes ci­vi­li­sa­tions chy­priotes et égyp­tiennes, la dis­tance qui les sé­pare géo­gra­phi­que­ment, qui ne peut être fran­chie que par ba­teau, et les ma­nières in­ha­bi­tuelles d'in­fluen­cer les cultures ma­té­rielles et spi­ri­tuelles de l'autre. Les com­mu­ni­ca­tions com­portent les preuves tan­gibles de la cir­cu­la­tion des biens, des per­sonnes et des idées entre les deux pays pen­dant une pé­riode de 3 000 ans.

Les di­ri­geants égyp­tien, grec et chy­priote et leurs épouses à l’As­so­ciaion grecque à Alexan­drie

Newspapers in French

Newspapers from Egypt

© PressReader. All rights reserved.