L'Egypte in­ter­vient après l'at­taque is­raé­lienne contre des moines coptes à Jé­ru­sa­lem

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية -

Le pré­sident égyp­tien Ab­del Fat­tah al-Sis­si, le mi­nistre des Af­faires étran­gères, Sa­meh Chou­kri, et l'am­bas­sade d'Égypte à Tel-Aviv ont sui­vi l'évolution de la si­tua­tion à Deir el-Sul­tan. Le moine Ma­ka­rios de Jé­ru­sa­lem a été li­bé­ré après son ar­res­ta­tion et l’as­saut sur les moines et le reste des ma­ni­fes­tants.

Le Pape Ta­wa­dros II, Pape d’Alexan­drie et pa­triarche de la Pré­di­ca­tion de Saint Marc, a af­fir­mé que les au­to­ri­tés égyp­tiennes s'in­té­res­saient à la ques­tion de Deir el-Sul­tan à Jé­ru­sa­lem en tant que ques­tion na­tio­nale égyp­tienne et pas seule­ment un pro­blème d'église. Le mi­nis­tère égyp­tien des Af­faires étran­gères et l'am­bas­sa­deur égyp­tien à Tel Aviv ont te­nu plu­sieurs réunions pour dis­cu­ter des moyens de ré­ta­blir la pro­prié­té du mo­nas­tère pour l'église égyp­tienne.

Dans son ser­mon heb­do­ma­daire mer­cre­di soir à la ca­thé­drale de l'ar­change Mi­chel, en pré­sence des évêques du Saint-Sy­node, ain­si que des prêtres et du ras­sem­ble­ment des fi­dèles, le Pape Ta­wa­dros II a re­mer­cié le mi­nistre des Af­faires étran­gères, Sa­meh Chou­kri, et l'am­bas­sade d'Égypte à Tel Aviv. Il a ex­pli­qué qu'il était en contact di­rect avec l'évêque et l'église de Jé­ru­sa­lem, sou­li­gnant que l'église éthio­pienne était une église soeur et que nous ne vou­lions pas per­tur­ber les re­la­tions, et que tous les do­cu­ments sont en fa­veur de l'église égyp­tienne ain­si qu'une dé­ci­sion ju­di­ciaire en notre fa­veur, ajou­tant que le pro­blème avec la po­li­tique change beau­coup de choses.

Le Pape a lan­cé un ap­pel à toutes les par­ties concer­nées pour qu'elles ré­solvent cette ques­tion de ma­nière ra­tion­nelle sans au­cun pro­blème pour au­cune des par­ties.

Le mi­nis­tère égyp­tien des Af­faires étran­gères a condam­né mer­cre­di, dans un com­mu­ni­qué, les actes de la po­lice is­raé­lienne à l’en­contre des moines coptes, et ap­pe­lé au "res­pect né­ces­saire des lieux sa­crés", tout en pré­ci­sant être en contact avec les res­pon­sables de l’église et les au­to­ri­tés is­raé­liennes.

La po­lice is­raé­lienne a dé­lo­gé mer­cre­di un sit-in de moines ch­ré­tiens coptes qui pro­tes­taient sur le par­vis du Saint- Sé­pulcre à Jé­ru­sa­lem contre des tra­vaux ef­fec­tués dans un mo­nas­tère ad­ja­cent dont ils re­ven­diquent la pro­prié­té.

Des images dif­fu­sées sur les ré­seaux so­ciaux montrent des po­li­ciers is­raé­liens pla­quer au sol un moine copte puis l'em­me­ner, me­not­té, en le trans­por­tant par les bras et les jambes, sur le par­vis du lieu le plus saint du chris­tia­nisme.

De­puis mar­di, une tren­taine de moines coptes or­tho­doxes or­ga­ni­saient un sit-in pour em­pê­cher l'ac­cès des ou­vriers à un chan­tier de ré­no­va­tion de Deir el-Sul­tan, un mo­nas­tère se trou­vant sur le toit du Saint-Sé­pulcre. Ils re­ven­diquent la pro­prié­té de ce bâ­ti­ment qu'Is­raël a cé­dé aux Ethio­piens en 1970.

Dé­but oc­tobre, le gou­ver­ne­ment is­raé­lien a in­for­mé l'Eglise copte qu'il al­lait me­ner des tra­vaux de res­tau­ra­tion dans le bâ­ti­ment sans que les moines or­tho­doxes ne puissent les su­per­vi­ser..

L'in­ter­ven­tion des po­li­ciers is­raé­liens re­vêt une sen­si­bi­li­té par­ti­cu­lière à Jé­ru­sa­lem et dans la Vieille ville où se trouvent les lieux les plus saints des ch­ré­tiens, des mu­sul­mans et des juifs, à quelques cen­taines de mètres les uns des autres.

Le nu­mé­ro deux de l'Or­ga­ni­sa­tion de li­bé­ra­tion de la Pa­les­tine (OLP), Saëb Era­kat, a condam­né dans un com­mu­ni­qué l'in­ter­ven­tion de la po­lice is­raé­lienne, dé­non­çant "la pour­suite de l'in­gé­rence is­raé­lienne dans le sta­tu quo sur les lieux saints", ain­si qu'une "agres­sion contre les peuples d'Egypte et de Pa­les­tine".

Le Wa­qf jor­da­nien, qui ad­mi­nistre l'Es­pla­nade des Mos­quées, a ex­pri­mé sa so­li­da­ri­té avec les Eglises de Jé­ru­sa­lem et condam­né dans un com­mu­ni­qué "l'in­gé­rence" is­raé­lienne dans les af­faires des églises, qui vise se­lon lui "à ju­daï­ser la ville et à chan­ger son ca­rac­tère arabe is­la­mique et ch­ré­tien".

Le mo­nas­tère re­monte à l'em­pe­reur ro­main Cons­tan­tin le Grand qui l'a construit en 335. Il est si­tué dans l'en­ceinte de la vieille ville de Jé­ru­sa­lem, sur le toit de l'église du Saint-Sé­pulcre. Au 7ème siècle, il fut ac­cor­dé à l'église copte par le sul­tan omeyade Ab­del-Ma­lek Ben Ma­ra­wan (684 - 705); d'où son nom de Deir el-Sul­tan. Au XIIe siècle, Sa­lah al-Din al-Ayyou­bi, connu sous le nom de Sa­la­din, a confir­mé son ap­par­te­nance à l'Église copte, un fait res­té in­con­tes­té jus­qu'à l'époque mo­derne, lorsque des moines éthio­piens ten­tèrent de s'en em­pa­rer.

Le mo­nas­tère s'étend sur en­vi­ron 1800 mètres car­rés sur le toit de l'église du Saint-Sé­pulcre. Il fait par­tie du pa­triar­cat copte or­tho­doxe de Jé­ru­sa­lem et com­prend un pas­sage qui mène di­rec­te­ment à l'église du SaintSé­pulcre. Le centre de la cour du mo­nas­tère est do­mi­né par le dôme de l’église de Sainte-Hé­lène; sur le coin su­dest se trouvent deux vieilles églises: une consa­crée au nom de l'ar­change Mi­chel et l'autre au nom des quatre créa­tures in­cor­po­relles. La par­tie orien­tale abrite des cel­lules de moines et une salle pour le di­rec­teur du mo­nas­tère, un moine copte.

Le mo­nas­tère fait l'ob­jet de conflits de­puis avril 1970, lorsque des moines in­vi­tés éthio­piens ac­cueillis par les coptes au mo­nas­tère pro­fi­tèrent du fait que les coptes étaient ab­sents pour cé­lé­brer la messe à la fête de la Ré­sur­rec­tion, chan­gèrent les ser­rures des es­ca­liers re­liant le mo­nas­tère. à l'église en-des­sous, et pra­ti­que­ment sai­sirent le mo­nas­tère. Ce­la a été fait avec l'ap­pro­ba­tion du gou­ver­ne­ment is­raé­lien et sous la pro­tec­tion de l'ar­mée is­raé­lienne. A cette époque, l'Egypte et Is­raël étaient en guerre.

Le mé­tro­po­lite copte de Jé­ru­sa­lem a di­rec­te­ment por­té l'af­faire de­vant les tri­bu­naux. Le 16 mars 1971, la Cour su­prême d'Is­raël s'est pro­non­cée en fa­veur de l'Église copte. Elle a dé­ci­dé à l'una­ni­mi­té que les clés du pas­sage et les deux églises du mo­nas­tère se­raient re­mises aux coptes. À ce jour, tou­te­fois, et mal­gré les nom­breuses plaintes of­fi­cielles et les rap­ports des coptes, le gou­ver­ne­ment is­raé­lien s'est abs­te­nu d'exé­cu­ter la dé­ci­sion de jus­tice.

L'his­toire des moines éthio­piens re­monte à 1654, lors­qu'un groupe d'entre eux cher­cha tem­po­rai­re­ment re­fuge au­près de l'Église copte, car leurs lo­caux avaient été trans­fé­rés sous la garde des églises grecques et ar­mé­niennes de Jé­ru­sa­lem, vu que l'église éthio­pienne n'était pas ca­pable de payer ses im­pôts dus. Les coptes ac­ce­ptèrent les Éthio­piens et les hé­ber­gèrent à Deir el Sul­tan d'où ils ne furent ja­mais chas­sés mais res­tèrent en tant qu'in­vi­tés. Même lorsque l'église copte a dû ré­no­ver le mo­nas­tère en 1820 et ain­si ex­pul­ser ses ha­bi­tants, les Éthio­piens ont de nou­veau été ad­mis comme hôtes lorsque l'en­droit a été ren­du ha­bi­table en 1840. À cette époque, l'église éthio­pienne fai­sait par­tie de l'église copte.

L'an­née 1850 marque le dé­but de ce qui al­lait de­ve­nir une ba­taille in­ter­mi­nable des moines éthio­piens pour s'em­pa­rer du mo­nas­tère. Ce­pen­dant, dans cha­cune de ces nom­breuses ten­ta­tives, les coptes ont prou­vé de ma­nière ir­ré­fu­table qu'ils re­ven­di­quaient le mo­nas­tère et y ont donc été ha­bi­li­tés par les au­to­ri­tés de Jé­ru­sa­lem. C’est-à-dire jus­qu’en avril 1970. De­puis lors, les au­to­ri­tés is­raé­liennes ont pris une po­si­tion hos­tile à l’égard des droits de l’Église copte au mo­nas­tère, au point de re­fu­ser d’exé­cu­ter la dé­ci­sion du tri­bu­nal de 1971 en fa­veur des Coptes.

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