Po­pu­la­ri­té à tra­vers les siècles de Saint Ni­co­las de Myre

Fê­té en dé­cembre, saint Ni­co­las de Myre est un des saints les plus po­pu­laires au monde. Re­tour sur les étapes his­to­riques qui ont conduit ce “na­tif” de l’ac­tuelle Tur­quie à une no­to­rié­té qui dé­passe les confes­sions re­li­gieuses.

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Al’ins­tar de saint Ni­co­las de Myre, peu de saints peuvent se van­ter d’une telle po­pu­la­ri­té éta­blie dans toute l’Eu­rope, le Moyen-Orient, la Rus­sie et les Amé­riques. Il y a une grande dis­pro­por­tion entre ce que nous sa­vons de sa vie – c’est-à-dire, rien – et son culte lar­ge­ment dé­ve­lop­pé.

Ce que l’on peut avan­cer: saint Ni­co­las de Myre, né vers l’an 270 à Pa­tare, en Ly­cie, dans l’ac­tuelle Tur­quie, est d’abord orien­tal. Il est un des saints les plus po­pu­laires de l’or­tho­doxie. En Orient, Ni­co­las est in­con­tes­ta­ble­ment un thau­ma­turge [fai­seur de mi­racles]. Mais son culte est vé­cu d’une per­cep­tion moins lé­gen­daire qu’en Oc­ci­dent. Pour les or­tho­doxes, il est avant tout un doc­teur de l’Eglise. En tant qu’évêque de Myre, saint Ni­co­las as­sis­ta sans doute au Concile de Ni­cée, en 325. Il au­rait même com­bat­tu les er­reurs théo­lo­giques d’Arius – prêtre d’Alexan­drie à l’ori­gine de l’aria­nisme, une hé­ré­sie chré­tienne condam­née du­rant le Concile.

Les pre­mières pa­roles du ‘ tro­paire’ [chant li­tur­gique or­tho­doxe] qui lui sont adres­sées s’ex­priment ain­si: “La jus­tice de tes oeuvres a fait de toi pour ton trou­peau une règle de foi, un mo­dèle de dou­ceur, un maître de tem­pé­rance”.

Un mo­dèle dès son plus jeune âge. Quand ses pa­rents meurent de la peste et lui laissent un riche hé­ri­tage, Ni­co­las dé­cide de consa­crer sa for­tune aux bonnes oeuvres. Comme évêque, on dit qu’il était un mo­dèle pour les fi­dèles de son dio­cèse, ne man­geant pas plus qu’une fois par jour, priant et tra­vaillant sans re­lâche. A tel point que lors­qu’il est je­té dans un ca­chot et sou­mis à la tor­ture, pen­dant la per­sé­cu­tion de l’em­pe­reur ro­main Dio­clé­tien, entre 303-313, per­sonne n’ose le faire mou­rir, par peur de la ven­geance de son peuple.

Dès sa mort, es­ti­mée en 343, son tom­beau à Myre – l’ac­tuelle Demre – de­vient un lieu de pè­le­ri­nage. Se­lon la tra­di­tion, une huile mi­ra­cu­leuse s’écou­la du tom­beau, lorsque ses re­liques sont en­le­vées en 1087 par des mar­chands de Ba­ri pour les rap­por­ter dans leur ville des Pouilles.

Les lé­gendes ne laissent pas par ha­sard, elles sont sou­vent le fruit d’une vie exem­plaire. L’his­toire la plus cé­lèbre étant la ré­sur­rec­tion par saint Ni­co­las de 3 en­fants, qui avaient été dé­cou­pés par un bou­cher et pla­cés dans un sa­loir.

Une lé­gende qui s’est pro­ba­ble­ment ré­pan­due d’abord en France, au 12e siècle, alors que Ni­co­las, en ver­tu de sa jeu­nesse studieuse, est consi­dé­ré comme le saint pa­tron des éco­liers. Ce mi­racle va faire de lui le pa­tron des en­fants pour le monde oc­ci­den­tal.

Le culte à saint Ni­co­las, dé­jà pra­ti­qué à Rome au 7e siècle par des moines orien­taux, s’est vé­ri­ta­ble­ment im­po­sé en Oc­ci­dent à par­tir de 1087. De ma­nière cons­tante du­rant le deuxième mil­lé­naire, des ap­pa­ri­tions de Ni­co­las et des de­mandes d’in­ter­ces­sion vont se mul­ti­plier. Cinq papes, deux tsars et un roi portent son nom. Un nombre éle­vé d’églises lui sont dé­diées, dans l’est de la France (Lor­raine, Al­sace), en Bel­gique, au Luxem­bourg, en An­gle­terre, en Suède, au Da­ne­mark, en Is­lande, en Suisse, en Al­le­magne. Une église an­tique dé­diée éga­le­ment à saint Ni­co­las se trouve dans le quar­tier d’elI­bra­hi­miya à Alexan­drie. Elle ap­par­tient à l’an­cienne com­mu­nau­té grecque or­tho­doxe.

Une autre église ap­par­te­nant aux coptes or­tho­doxes se trouve à Ben­ha. L'église a été fon­dée par la secte grecque or­tho­doxe en 1910. Lorsque le nombre des Grecs a di­mi­nué à Ben­ha, l'évêque Maxi­mos, évêque de Qa­liou­biya, l'a ache­tée en 1980 et y a cé­lé­bré sa pre­mière messe le 27 juillet 1980.

Même après la Ré­forme, des pro­tes­tants hol­lan­dais conti­nuent de fê­ter la ‘Sin­ter Klaas’ (tra­duc­tion fla­mande de Saint-Ni­co­las) le 6 dé­cembre et l’ex­portent, à par­tir de 1614, à la Nou­velle Am­ster­dam, qui de­vien­dra New York en 1667.

Dans l'église or­tho­doxe orien­tale, la mé­moire de Saint-Ni­co­las est cé­lé­brée presque tous les jeu­dis de l'an­née (avec les apôtres), avec des hymnes spé­ciaux qui se trouvent dans le livre li­tur­gique ap­pe­lé Oc­toe­chos. Peu de temps après le trans­fert des re­liques de Saint-Ni­co­las de Myre à Ba­ri, une ver­sion russe de sa vie et un compte-ren­du du trans­fert de ses re­liques ont été écrits par un contem­po­rain à cet évé­ne­ment. Aca­thistes de dé­vo­tion et cha­noines ont été com­po­sés en son hon­neur et sont fré­quem­ment scan­dés par les fi­dèles lors­qu'ils de­mandent son in­ter­ces­sion. Il est men­tion­né dans la li­tur­gie de pré­pa­ra­tion au cours de la Di­vine Li­tur­gie (Eu­cha­ris­tie Or­tho­doxe Orien­tale) et au cours de la veillée noc­turne. Son icône est ap­po­sée dans de nom­breuses églises or­tho­doxes, même si elles ne portent pas son nom. Dans l’Or­tho­doxie Orien­tale, l’Église copte ob­serve le dé­part de Saint-Ni­co­las le 10 Kiahk, ce qui cor­res­pond au 6 dé­cembre du ca­len­drier ju­lien et au 19 dé­cembre du ca­len­drier gré­go­rien.

Au 13e siècle, la Lé­gende do­rée, de Jacques de Vo­ra­gine va com­pi­ler toutes les belles his­toires qui se ra­content sur le saint, par­mi les­quelles: le sau­ve­tage des ma­rins grecs, le sau­ve­tage des 3 of­fi­ciers ro­mains et le sau­ve­tage de 3 jeunes filles de la pros­ti­tu­tion. Sur les icônes, saint Ni­co­las est sou­vent re­pré­sen­té avec un livre et trois boules d’or. Ces 3 boules sym­bo­li­sant les dots que Ni­co­las a se­crè­te­ment don­nées aux 3 jeunes filles, afin que leur père puisse les ma­rier et leur évi­ter la pros­ti­tu­tion. Le chiffre 3 rap­pelle cer­tai­ne­ment aus­si la Tri­ni­té, que Ni­co­las a dé­fen­due, face à l’aria­nisme, du­rant le Concile de Ni­cée.

Le ‘Sin­ter Klaas’ fla­mand de­vient pro­gres­si­ve­ment ‘San­ta Claus’ en an­glais. La proxi­mi­té entre la SaintNi­co­las et la fête de Noël conduisent pe­tit à pe­tit saint Ni­co­las de Myre, mon­té sur son âne, à se trans­for­mer en Père Noël du Pôle Nord, ti­ré par ses rennes, au 19e siècle. Et cette nou­velle mas­cotte – im­mor­ta­li­sée au 20e siècle par une cé­lèbre marque de so­da – est rap­por­tée en Eu­rope par les sol­dats amé­ri­cains à l’is­sue de la Se­conde guerre mon­diale.

Les his­to­riens savent que SaintNi­co­las a une ré­pu­ta­tion de gé­né­ro­si­té, qui re­monte à plu­sieurs siècles. Par exemple, le livre «La Lé­gende do­rée», pu­blié par un ec­clé­sias­tique gé­nois vers 1260, af­fir­mait que Saint-Ni­co­las avait gar­dé trois sacs d'or à tra­vers la fe­nêtre d'un pauvre sei­gneur chez lui afin que ce- lui-ci puisse four­nir une dot à ses en­fants pour qu'ils puissent s'en pro­cu­rer afin de ne pas être ven­dus à la pros­ti­tu­tion.

Au fur et à me­sure que la lé­gende de Saint-Ni­co­las se dé­ve­lop­pait, cette ré­pu­ta­tion per­du­ra. Dans cer­taines par­ties de l'Eu­rope des XVIe et XVIIe siècles, Saint-Ni­co­las était dé­crit comme quel­qu'un qui dis­tri­buait des pommes, des noix et des pro­duits de bou­lan­ge­rie, sym­boles d'une ré­colte abon­dante. En France et en An­gle­terre, les livres sont de­ve­nus le ca­deau de choix au fur et à me­sure que de plus en plus de gens ap­pre­naient à lire et à écrire. Peu à peu, les pe­tits bi­joux, le vin et les mets de luxe sont éga­le­ment de­ve­nus des ca­deaux de choix.

Re­tour à Ba­ri, dans les Pouilles ita­liennes, où se trouvent en­core au­jourd’hui le tom­beau et les re­liques de saint Ni­co­las : Ces der­nières at­tirent chaque an­née de nom­breux pè­le­rins or­tho­doxes et ca­tho­liques. La ville, consi­dé­rée de longue date comme un ‘ pont’ entre l’Oc­ci­dent et l’Orient, est un lieu de dé­ve­lop­pe­ment oe­cu­mé­nique.

Ain­si, le 12 mars 2001, une dé­lé­ga­tion du dio­cèse de Ba­ri a re­mis a pa­triarche or­tho­doxe russe, Alexis II, des re­liques de saint Ni­co­las. L’Eglise la­tine re­met­tant à une Eglise d’Orient des re­liques, qui lui ont été confiées lors des conquêtes des Sar­ra­sins, fut per­çu par le pa­triarche russe de l’époque comme un signe “de bonne vo­lon­té oe­cu­mé­nique” de la part du Saint-Siège. A for­tio­ri si Ni­co­las est un des saints pa­trons de la Rus­sie, fê­té le 19 dé­cembre par l’Eglise or­tho­doxe.

Une ex­pé­rience re­nou­ve­lée en 2017, entre le Pape Fran­çois et le pa­triarche de Mos­cou Cy­rille 1er. La châsse conte­nant les re­liques de saint Ni­co­las à Ba­ri, quitte la ba­si­lique pour la pre­mière fois de­puis 930 ans, pour être vé­né­ré en Rus­sie, du 21 au 28 mai 2017. En guise de re­mer­cie­ment, Cy­rille 1er offre au Pape Fran­çois une icône du saint.

Ce grand saint Ni­co­las ou Père Noël res­te­ra l'ami des en­fants du monde qui at­ten­dront ses mer­veilleux ca­deaux lorsque l'hor­loge an­non­ce­ra le dé­part d'une an­née et la nais­sance d'une nou­velle.

Icône russe de saint Ni­co­las de Myre, da­tant de 1294

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