Des clics, du cash et de vieilles pierres.

Amou­reux de châ­teaux ou pas­sion­nés d’his­toire, de plus en plus d’in­ter­nautes veulent pré­ser­ver notre pa­tri­moine grâce au fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif. Ren­contre avec cette nou­velle race de châ­te­lains.

01net - - SOMMAIRE - Par Va­lé­rie Qué­lier

Son his­toire a un pe­tit goût de conte de fées. À 14 ans, Guillaume Garbe tombe amou­reux non pas d’une prin­cesse, mais d’un châ­teau. Ce­lui de Car­ne­ville, bâ­ti en 1755 et si­tué dans la Manche, à une di­zaine de ki­lo­mètres de Cherbourg, là où il ré­side avec sa fa­mille. L’ado­les­cent le dé­couvre par ha­sard, un beau ma­tin, en se ren­dant à la pêche avec son père. Cet an­ti­quaire lui a trans­mis sa pas­sion des belles de­meures. Coup de foudre. Six ans plus tard, le voi­ci de­ve­nu sei­gneur des lieux. Nous sommes en 2012. Du haut de ses 20 ans, il en­tend ré­veiller « ce co­con en­dor­mi de­puis deux siècles et de­mi ». Pour ce­la, il va re­mettre en route le four de la bou­lan­ge­rie, y créer un gîte pour 15 per­sonnes…

Mais à l’été 2016, c’est la tuile. Les poutres et les boi­se­ries sont at­ta­quées par la pour­ri­ture. Mon­tant des tra­vaux : 1 mil­lion d’eu­ros. Dé­jà bien en­det­té, le jeune homme, qui ne peut faire face, dé­cide de faire ap­pel au crowd­fun­ding sur la pla­te­forme Dar­ta­gnans. Une idée qui se ré­vèle fruc­tueuse ! Puis­qu’il réus­sit à ré­col­ter 23 000 eu­ros. Les ré­pa­ra­tions peuvent com­men­cer. Dans la fou­lée, il tente sa chance au­près de la mission de sau­ve­garde du pa­tri­moine de Sté­phane Bern. Après tout, son bâ­ti­ment, clas­sé mo­nu­ment his­to­rique, n’est-il pas en dan­ger ? En­core une fois, la chance lui sou­rit. Car­ne­ville est re­te­nu, et même choi­si comme « porte-dra­peau » de la Ré­gion Nor­man­die. Al va donc bé­né­fi­cier de dons sup­plé­men­taires et d’une par­tie des gains is­sus de la vente des ti­ckets à grat­ter et des grilles du lo­to de la Mission Sté­phane Bern. Soit 490 000 eu­ros !

Un mé­cé­nat cultu­rel de­ve­nu po­pu­laire

L’aven­ture est belle. Et même si la plu­part des pro­jets re­te­nus par Sté­phane Bern n’ont pas ren­con­tré le même suc­cès, cette ini­tia­tive dé­montre néan­moins l’at­ta­che­ment de nom­breux Fran­çais à ces bâ­tisses his­to­riques. Pour autre preuve les 5 mil­lions d’eu­ros en­gran­gés par Dar­ta­gnans, au bout de seule­ment trois an­nées d’exis­tence. Des dons d’in­ter­nautes ex­clu­si­ve­ment consa­crés à en­tre­te­nir le rayon­ne­ment de l’hé­ri­tage ar­chi­tec­tu­ral de notre pays. Ils contri­bue­ront, entre autres, à la res­tau­ra­tion du Grand Sa­lon du châ­teau de Vaux-le-Vi­comte, en Seine-et-Marne, à la res­ti­tu­tion du porche du ma­noir de la Pillar­dière et à la res­tau­ra­tion des jar­dins du Mont­per­thuis, à Che­mil­li, dans l’Orne, ou en­core à l’amé­na­ge­ment des abords de la cha­pelle Saint-Bar­thé­le­my de Ro­che­co­lombe, en Ar­dèche.

Chaque mé­cène s’y re­trouve, re­ce­vant une contre­par­tie pro­por­tion­nelle à sa par­ti­ci­pa­tion : un marque-page, une aqua­relle, un dî­ner aux chan­delles, un concert pri­vé… Mieux en­core, de­puis l’an­née der­nière, n’im­porte qui peut ain­si de­ve­nir châ­te­lain. Grâce au par­te­na­riat noué avec l’as­so­cia­tion Adopte un châ­teau. Car ce­lui-ci ouvre à tout un cha­cun la pos­si­bi­li­té de par­ti­ci­per au pro­jet de ra­chat

d’un châ­teau, et donc d’en de­ve­nir co­pro­prié­taire sans pour au­tant se rui­ner. Ce­lui de la Mothe-Chan­de­niers, aux Trois-Mou­tiers, dans la Vienne, a inau­gu­ré ce dis­po­si­tif ori­gi­nal, qui n’au­rait ja­mais vu le jour sans In­ter­net. Grâce à lui, et à 18 544 bien­fai­teurs ve­nus du monde en­tier, l’édi­fice da­tant d` C444e siècle, ra­va­gé par un in­cen­die en 1932, va re­naître de ses cendres.

Des coac­tion­naires qui ont leur mot à dire

Chaque don de 50 eu­ros dé­po­sé en ligne a été trans­for­mé en ac­tion à 1 eu­ro, le mo­nu­ment ayant été ac­quis sous forme de

so­cié­té par ac­tions sim­pli­fiées >,> .

L’opé­ra­tion a ain­si gé­né­ré un bud­get de 1,6 mil­lion d’eu­ros pour la ré­ha­bi­li­ta­tion

d` bª­ti­ment. 7a >,> est dé­ten`e ¨ Sa` te`r de 2 par /ar­ta­gnans et ,dopte `n cSª­tea` ɧ afin de gar­der la main s`r

sa ges­tion – et à 80 % par ses do­na­teurs.

« Les coac­tion­naires votent sur l’en­semble des pro­jets de tra­vaux, de réuti­li­sa­tion, d’amé­na­ge­ments et d’ex­ploi­ta­tion com­mer­ciale du bâ­ti­ment et de son do­maine », ex

pliq`e 5`lien 8arq`is, fon­date`r d’,dopte

un châ­teau. À dé­faut de pou­voir ha­bi­ter leur nou­velle de­meure, ces par­ti­cu­liers ont un droit de vi­site illi­mi­té et gra­tuit du­rant les heures d’ou­ver­ture du lieu.

,` mo­ment oÁ no`s écri­vons ces lignes,

c’est au tour du châ­teau fort de l’Ébau­pi

nad, ¨ ,rgen­ton­nad, dans les /e`x >°vres, de faire l’obUet d’`ne :;, offre p`bliq`e d’acSat ami­cale. .ar l’impres

sion­nante bâ­tisse mé­dié­vale, brû­lée pen­dant les guerres de Ven­dée en 1796, né­ces­site de nom­breux tra­vaux. De­puis le 31 août, un peu moins de 2 000 con­tri­bu­teurs ont dé­jà per­mis de ras­sem­bler

2 e`ros. >oit de la somme

né­ces­saire à son ra­chat. Cette fois, l’af­faire ne semble pas ga­gnée. Mais les pas­sion­nés de vieilles pierres et tous ceux qui courent après leurs rêves d’en­fant, dis­posent de quelques jours en­core pour chan­ger le cours de l’his­toire. Comme Cé­ci­lia, Do­mi­nique et Jean-Ch­ris­tophe, qui té­moignent dans ces pages, et tant d’autres. Nul be­soin d’al­ler cher­cher bien

loin `ne bonne rai­son. :n a to`s dans le

coeur un châ­teau ou­blié.

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