Alain Jup­pé

« Je suis très in­quiet pour la mo­bi­li­sa­tion de sa­me­di »

20 Minutes (Bordeaux) - - GRAND BORDEAUX - Pro­pos re­cueillis par Mi­ckael Bos­re­don et El­sa Pro­ven­za­no

Dans une in­ter­view ex­clu­sive pour 20 Mi­nutes, Alain Jup­pé re­vient sur le conflit des « gi­lets jaunes » et les pro­po­si­tions du gou­ver­ne­ment.

On se di­rige vers de nou­velles ma­ni­fes­ta­tions ce sa­me­di. Crai­gnez­vous de nou­veaux dé­bor­de­ments ?

La si­tua­tion est ex­trê­me­ment pré­oc­cu­pante, et je crains que cet ap­pel à ma­ni­fes­ter n’abou­tisse en­core une fois à des vio­lences. Le gou­ver­ne­ment vient de faire des avan­cées, en pro­po­sant des me­sures d’apai­se­ment, c’est un ap­pel à dis­cu­ter. Face au mo­ra­toire des taxes, les gi­lets jaunes se­raient bien ins­pi­rés de dé­ci­der un mo­ra­toire des ma­ni­fes­ta­tions. Je suis très in­quiet pour sa­me­di, puis­qu’en plus, main­te­nant, on ap­pelle à la res­cousse les agri­cul­teurs avec leurs trac­teurs, et à Bor­deaux, ré­pu­tée pour sa tran­quilli­té, nous ris­quons d’avoir beau­coup de dé­bor­de­ments.

Es­ti­mez-vous que ce mo­ra­toire an­non­cé est à la hau­teur de l’am­pleur des ma­ni­fes­ta­tions ?

Non, c’est un pre­mier pas. C’est un ap­pel au dia­logue qui de­vrait sus­ci­ter une ré­ponse moins né­ga­tive des « gi­lets jaunes », qui sont d’ailleurs par­ta­gés. Il y a une ab­sence to­tale d’or­ga­ni­sa­tion et de sens des res­pon­sa­bi­li­tés, qui est une vraie dif­fé­rence avec ce que j’ai vé­cu en 1995, où il y avait un mil­lion de per­sonnes dans la rue ! Mais à cette époque, j’avais en face des lea­ders syn­di­caux res­pon­sables. Ils ne me fai­saient pas de ca­deaux, mais au moins il y avait des ser­vices d’ordre qui en­ca­draient les ma­ni­fes­ta­tions, il y avait une pos­si­bi­li­té de dis­cu­ter…

Pen­sez-vous qu’Em­ma­nuel Ma­cron a stig­ma­ti­sé les corps in­ter­mé­diaires ?

Je ne sais pas s’il les a stig­ma­ti­sés, en tout cas, au­jourd’hui, il faut qu’il s’ap­puie da­van­tage sur eux. On voit bien que dans cer­taines cir­cons­tances, c’est vers les maires que se tournent les ha­bi­tants. Que ce soit les inon­da­tions dans l’Aude, ou ici quand on a fait éva­cuer deux im­meubles rue Sain­teCa­the­rine. Alors c’est bien gen­til de vi­li­pen­der les élus d’une ma­nière gé­né­rale, mais ils sont là, à l’écoute des po­pu­la­tions. Et je suis moi-même prêt à re­ce­voir une dé­lé­ga­tion de «gi­lets jaunes», s’ils le sou­haitent.

Alain Jup­pé es­time que la si­tua­tion est très dif­fé­rente par rap­port à 1995.

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