20 Minutes (Lille)

«Bou­cler la boucle cette année»

Ski de bosses Cham­pionne olym­pique, vise le titre mon­dial au mois de mars au Ka­za­khs­tan

- Pro­pos re­cueillis par Ni­co­las Sti­val, à Tou­louse Sports · South Korea · China · Almaty

Le Covid-19 conti­nue de bou­le­ver­ser la pla­nète, et donc le pe­tit uni­vers du ski de bosses, au ca­len­drier très ré­duit par la pan­dé­mie. Vic­to­rieuse de quatre des cinq pre­mières étapes de la Coupe du monde, en pause de­puis le 5 fé­vrier, Per­rine Laf­font est dé­jà as­su­rée de rem­por­ter un qua­trième globe d’af­fi­lée. L’Arié­geoise de 22 ans s’en­traîne à L’Alpe d’Huez en at­ten­dant l’ul­time course, le 14 mars à Al­ma­ty. Le site ka­zakh ac­cueille­ra au­pa­ra­vant, les 8 et 9 mars, les Cham­pion­nats du monde en pa­ral­lèle comme en in­di­vi­duel, le seul titre qui manque à l’in­sa­tiable mé­daillée d’or olym­pique de 2018 à Pyeong­chang (Co­rée du Sud).

Avec cette qua­trième Coupe du monde de rang, vous écra­sez votre dis­ci­pline…

Je me dé­brouille bien, ça va (rires). Mais il y a un pa­quet de jeunes qui ar­rivent. Celle qui est der­rière moi au clas­se­ment gé­né­ral [la Ja­po­naise An­ri Ka­wa­mu­ra] n’a que 16 ans et elle est sur le po­dium à chaque course. Ça pousse der­rière, la ba­taille ne va pas être fa­cile. En Coupe du monde, je n’ai pas de marge d’er­reur. Je dois faire de gros runs, car, der­rière, elles en font aus­si.

Com­ment vi­vez-vous cette cu­rieuse sai­son, ra­bo­tée par la si­tua­tion sa­ni­taire ?

Nous avons la chance de pou­voir nous en­traî­ner, mais c’est long et c’est dur. D’ha­bi­tude, l’hi­ver, nous avons la tête dans le gui­don, les courses s’en­chaînent et on garde un cer­tain rythme jus­qu’à la fin de sai­son. Là, on a fait les trois pre­mières com­pé­ti­tions au mois de dé­cembre, avant deux mois de pause. On a le temps de se re­lâ­cher. Ce n’est pas fa­cile à gé­rer, mais il fau­dra être prêts quand les com­pé­ti­tions se­ront là.

Tout en gar­dant les Cham­pion­nats du monde en tête, et no­tam­ment la course in­di­vi­duelle…

Oui, ce se­rait chouette de bou­cler la boucle au ni­veau du pal­ma­rès cette année.

A 22 ans à peine, ne se­rait-ce pas un peu tôt pour gar­der de la mo­ti­va­tion en­suite ?

Je ne pense pas. Je sais que j’ai en­core une belle marge de pro­gres­sion. Comme je l’ai dit, il y a d’autres filles qui poussent der­rière et ça me pousse aus­si. J’ai dé­jà ga­gné la plus belle mé­daille, l’or aux Jeux olym­piques, mais, pour au­tant, ça ne m’a pas don­né en­vie de pas­ser à autre chose. Si je gagne les Cham­pion­nats du monde en simple, ça ne me don­ne­ra pas en­vie d’ar­rê­ter, sur­tout à un an des JO en Chine.

Vous avez pour­tant dé­jà connu un coup de mou il y a quelque temps.

Il y a un an et de­mi, oui. Ce n’était pas de la las­si­tude, mais plu­tôt de l’épui­se­ment. J’ai en­chaî­né des grosses sai­sons avec de gros ob­jec­tifs : les Cham­pion­nats du monde en 2017, les Jeux olym­piques en 2018, de nou­veau les Cham­pion­nats du monde en 2019.

Ma mé­daille aux Jeux a cham­bou­lé pas mal de choses dans ma vie, ça a rem­pli mon ca­len­drier. J’avais tou­jours des sol­li­ci­ta­tions, je n’avais plus le temps de me re­trou­ver, de me re­po­ser. J’ar­ri­vais fa­ti­guée en stage. Il y avait beau­coup d’at­tentes au­tour de moi et cette pres­sion com­men­çait à de­ve­nir pe­sante. J’ai chan­gé un peu les choses, j’ai pris du re­cul.

En tri­ant les sol­li­ci­ta­tions ?

Oui, j’ai dit non à beau­coup de choses. Mon but, c’était de conti­nuer dans le ski et de re­trou­ver du plai­sir. Il a fal­lu faire des choix. Men­ta­le­ment, j’ai aus­si beau­coup tra­vaillé sur l’ap­proche des com­pé­ti­tions. Je me suis li­bé­rée d’un cer­tain poids et ça m’a per­mis de mieux re­par­tir.

Sa­vez-vous dé­jà jus­qu’à quand vous skie­rez ?

Fran­che­ment, je n’en ai au­cune idée. Quand j’ai com­men­cé en Coupe du monde, je m’étais dit que je fe­rais du ski en com­pé­ti­tion jus­qu’à 30 ans. Lorsque j’ai connu mon année dif­fi­cile, en 2019, je me suis dit que je n’ar­ri­ve­rais ja­mais jus­qu’à cet âge-là. Tant que je me fais plai­sir, que j’aime ce que je fais, que je suis heu­reuse d’al­ler à l’en­traî­ne­ment pour pro­gres­ser, je conti­nue­rai. Quand je n’au­rai plus la même en­vie, ce se­ra le mo­ment d’ar­rê­ter.

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Per­rine Laf­font dans ses oeuvres.
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