Rap­peurs et po­li­tiques ne font pas bon mé­nage

Alors que Mé­dine est au coeur d’une po­lé­mique lan­cée par l’ex­trême droite, re­tour sur les bat­tles qui ont op­po­sé po­li­tiques et rap­peurs

20 Minutes (Lyon) - - LA UNE - Anne De­mou­lin

A-t-il sa place au Ba­ta­clan ? L’ex­trême droite et la droite ap­pellent à l’an­nu­la­tion des concerts de Mé­dine au Ba­ta­clan les 19 et 20 oc­tobre. Sa pré­sence dans cette salle, où 90 per­sonnes ont pé­ri le 13 no­vembre 2015 dans l’attentat d’un com­man­do dji­ha­diste, choque cer­tains, alors qu’il rap­pait « Cru­ci­fions les laï­cards comme à Gol­go­tha » dé­but 2015 dans «Don’t Laïk». Entre la classe po­li­tique et le rap, c’est la bat­tle de­puis plus de vingt ans.

1995 : Jean-Louis De­bré vs Mi­nis­tère A.M.E.R. « Sa­cri­fions le pou­let ! Pas de paix sans que le pou­let re­pose en paix, est-ce que tu le sais ? », scande le Mi­nis­tère A.M.E.R. en 1995 dans « Sa­cri­fice de pou­lets», sur la bande ori­gi­nale du film La Haine de Ma­thieu Kas­so­vitz. Les syn­di­cats po­li­ciers de­mandent au mi­nistre de l’In­té­rieur de l’époque, Jean-Louis De­bré, de por­ter plainte pour « in­ci­ta­tion au meurtre ». Le groupe, re­con­nu cou­pable, est condam­né à ver­ser une amende de 250 000 F (51 000 €) et se sé­pare.

2003 : Ni­co­las Sar­ko­zy vs Sni­per. « La France est une garce et on s’est fait tra­hir / Le sys­tème voi­là ce qui nous pousse à les haïr / La haine c’est ce qui rend nos pro­pos vul­gaires / On nique la France sous une ten­dance de mu­sique po­pu­laire », scande le groupe Sni­per en 2003 dans sa chan­son « La France ». Des grou­pus­cules d’ex­trême droite comme le Bloc iden­ti­taire lancent une cam­pagne contre ces rap­peurs, de­man­dant aux élus lo­caux de les em­pê­cher de se pro­duire sur scène. Le mi­nistre de l’In­té­rieur Ni­co­las Sar­ko­zy condamne ces « voyous qui désho­norent la France » et porte plainte. Le groupe est re­laxé à la de­mande du pro­cu­reur.

2016 : L’ex­trême droite vs Black M. Une autre po­lé­mique lan­cée par l’ex­trême droite. Le 10 mai 2016, le site iden­ti­taire Fde­souche ex­plique « pour­quoi le rap­peur Black M n’a pas sa place » aux cé­ré­mo­nies de Ver­dun, met­tant en avant des pro­pos pé­jo­ra­tifs à l’égard de la France. La pré­si­dente du FN, Ma­rine Le Pen, juge les mêmes pro­pos du rap­peur « ex­trê­me­ment in­ju­rieux à l’égard des Fran­çais ». Ni­co­las Sar­ko­zy, alors pré­sident des Ré­pu­bli­cains, juge dans un en­tre­tien au Monde qu’« à l’évi­dence, ce n’était pas une bonne idée » d’in­vi­ter Black M, « un chan­teur qui a in­sul­té la France» et « te­nu des pro­pos ho­mo­phobes et an­ti­sé­mites ». Le se­cré­taire d’Etat au­près du mi­nistre de la Dé­fense, Jean-Marc To­des­chi­ni, évoque car­ré­ment « un pre­mier pas vers le fas­cisme ». Au bout du compte, il n’y a pas eu de concert de Black M à Ver­dun le 29 mai. Le rap se heurte en­core à l’in­com­pré­hen­sion d’une classe po­li­tique dé­ran­gée par la pro­vo­ca­tion.

Le rap­peur fran­çais Mé­dine en mai 2017 en concert à la Ci­gale, à Pa­ris.

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