L’UE peut-elle se re­faire une san­té?

Co­ro­na­vi­rus Les ré­ponses na­tio­nales à la crise sa­ni­taire ont mon­tré que l’uni­té de l’Eu­rope en la ma­tière est qua­si-in­exis­tante

20 Minutes (Lyon) - - ACTUALITÉ - Oi­ha­na Ga­briel

L’Eu­rope au temps du co­ro­na­vi­rus s’est mon­trée dis­per­sée, peu so­li­daire, chaque Etat choi­sis­sant sa ver­sion d’un confi­ne­ment plus ou moins strict, d’un dé­con­fi­ne­ment plus ou moins ra­pide. «La crise a mis l’ac­cent sur des dé­faillances des sys­tèmes de san­té na­tio­naux et sur le manque de com­pé­tence de l’UE pour ré­pondre à ces dé­faillances», ré­sume Claire Dhé­ret, res­pon­sable d’un pro­gramme de re­cherche sur l’Eu­rope so­ciale et bie­nêtre au Eu­ro­pean Po­li­cy Cen­ter. Pour cer­tains, cette ges­tion éta­tique a mon­tré l’in­uti­li­té de l’Union eu­ro­péenne. Pour d’autres, au contraire, une vé­ri­table Eu­rope de la san­té n’a ja­mais été aus­si ur­gente. «On a pris conscience que l’UE a des com­pé­tences en san­té fra­giles et que, dans ces cir­cons­tances, ça ne suf­fit pas, in­siste Vé­ro­nique Trillet-Le­noir, eu­ro­dé­pu­tée de Re­new Eu­rope et can­cé­ro­logue. Nous de­vons ap­prendre de cette crise, pour mettre en place des me­sures ra­pides et opé­ra­tion­nelles et se pré­pa­rer aux pro­chaines. Car il y au­ra d’autres crises, qu’elles soient in­fec­tieuses, en­vi­ron­ne­men­tales, chi­miques, ali­men­taires. C’est main­te­nant qu’il faut ré­flé­chir à mettre en place des dis­po­si­tifs à ac­ti­ver.» Autre prise de conscience : l’ur­gence de re­lo­ca­li­ser en Eu­rope la pro­duc­tion de mé­di­ca­ments, alors que nous sommes to­ta­le­ment dé­pen­dants de la Chine et que les pé­nu­ries se mul­ti­plient. «C’est à l’agen­da de la Com­mis­sion et du Par­le­ment, re­prend Vé­ro­nique TrilletLe­noir. Il faudra voir comment on éva­lue les mé­di­ca­ments, comment on fixe le prix, comment on les fa­brique. Les ci­toyens com­men­ce­raient à voir l’in­té­rêt de l’Eu­rope s’ils avaient un ac­cès plus sûr à des mé­di­ca­ments moins chers. »

Des moyens très li­mi­tés

L’Union eu­ro­péenne n’a au­jourd’hui qu’une com­pé­tence d’ap­pui sur les ques­tions de san­té, et ne peut donc rien im­po­ser aux Etats. «L’UE n’a pas vo­ca­tion à har­mo­ni­ser les sys­tèmes de san­té, ré­sume Gaël Co­ron, so­cio­logue et en­sei­gnant à l’Ecole des hautes études en san­té pu­blique (EHESP). C’est une in­ter­dic­tion édic­tée par les trai­tés qui a été contour­née. Cer­taines po­li­tiques de san­té sont “eu­ro­péa­ni­sées”. Par exemple, l’au­to­ri­sa­tion de mise sur le mar­ché d’un mé­di­ca­ment se dé­cide au ni­veau eu­ro­péen, parce que le mé­di­ca­ment est une mar­chan­dise et qu’il y a un mar­ché eu­ro­péen. » Pe­tit à pe­tit, l’UE s’est certes do­tée d’ac­teurs en san­té : une di­rec­tion gé­né­rale de la san­té de la Com­mis­sion eu­ro­péenne, équi­valent d’un mi­nis­tère de la San­té, des agences, no­tam­ment sur la sé­cu­ri­té et la san­té au tra­vail, ou en­core sur la sé­cu­ri­té des ali­ments. Mais tous ces ou­tils sont do­tés de moyens hu­mains et fi­nan­ciers très li­mi­tés. L’Eu­rope de la san­té s’est souvent ap­puyée sur des crises pour se construire. L’ECDC (Centre eu­ro­péen de pré­ven­tion et de contrôle des ma­la­dies) a en ef­fet été une ré­ponse à la crise du Sras, l’Agence pour la sé­cu­ri­té des ali­ments a été dé­ci­dée après la crise de la vache folle… « On peut ima­gi­ner qu’il y au­ra de nou­velles agences re­la­tives à la san­té qui vont voir le jour, avance Claire Dhé­ret. Même si ce n’est pas for­cé­ment le fait de créer de nou­velles en­ti­tés qui chan­ge­ra les choses, mais plu­tôt une vo­lon­té d’ap­pro­prier les bonnes com­pé­tences à ces agences. »

Re­lo­ca­li­ser la pro­duc­tion de mé­di­ca­ments est à l’agen­da de la Com­mis­sion et de sa pré­si­dente, Ur­su­la von der Leyen.

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