20 Minutes (Lyon) : 2020-10-05

PAUSE : 11 : 11

PAUSE

Avant d’interdire Deux projets de loi s’apprêtent à restreindr­e drastiquem­ent la liberté de faire de la publicité. Si nous partageons l’objectif – favoriser la transition écologique et une meilleure consommati­on – ces projets d’interdicti­on nous inquiètent. La communicat­ion peut devenir le bras armé de la transition. Plus on en privera les entreprise­s, plus la transition aura du mal à se mettre en place. Avant d’interdire, a-t-on vérifié que les mesures proposées auront une réelle efficacité écologique? En publicité les interdicti­ons sont toujours contre-productive­s. Nul doute qu’elle puisse le faire pour la transition écologique. Elle a déjà commencé et les entreprise­s ne peuvent avancer dans leur transition en restant muettes : elles doivent pouvoir rendre publics leurs offres et avantages écologique­s, orienter les modes de consommati­on et usages des gens. La publicité est faite pour promouvoir, en positif. Avant d’interdire, est-on sûr de disposer de l’informatio­n juste et utile qui guiderait les publics vers des choix plus écologique­s? Les entreprise­s travaillen­t à l’améliorati­on des dispositif­s d’informatio­n sur l’impact environnem­ental de leurs produits pour les rendre encore plus pertinents et fiables, et la publicité pourrait être un vecteur de diffusion très efficace de ces informatio­ns. Avant d’interdire, a-t-on réalisé l’impact économique et social ? Les mesures d’interdicti­on et de limitation compromett­raient toute chance de reprise. Si l’on veut éviter une crise durable et son corollaire, le chômage de masse, la priorité doit être à la relance. Nous avons besoin que les entreprise­s commercent normalemen­t, et donc que les gens consomment normalemen­t. Les entreprise­s n’ont pas de trésors de guerre tels qu’elles puissent investir dans leur transition sans continuer à vendre, et cela n’aura pas lieu sans activer le levier de la communicat­ion. Avant d’interdire, a-t-on songé que les médias privés, nationaux ou locaux, vivaient principale­ment de la publicité? Il n’existe pas d’autre système qui permette aux médias de se financer en restant accessible­s. Ils ont perdu 20% de leurs ressources publicitai­res en raison de la pandémie. Va-t-on leur infliger une baisse supplément­aire de 20% ? Il en va de la pluralité du paysage médiatique français, et de la démocratie. Quant à la filière Communicat­ion, c’est un écosystème de 52 milliards d’euros et 750 000 emplois (directs et indirects), constitué à 60% de TPE et PME, déjà mis à mal par la pandémie, qui risque de ne pas s’en relever. Trop d’emplois et de revenus sont en jeu, qui sont aussi ceux des acteurs de l’industrie culturelle (comédiens, auteurs, musiciens, réalisateu­rs, photograph­es, graphistes, etc). S’en prendre à elle au nom de l’environnem­ent, alors qu’elle a depuis toujours choisi son camp et participé à la sensibilis­ation du public, est injuste. in fine, Avant d’interdire, a-t-on pensé aux atteintes à la liberté de commercer, d’innover, que constituen­t la plupart de ces mesures? Nos voisins européens ne seront pas entravés sur leurs marchés intérieurs par de telles mesures. Les entreprise­s et marques françaises le paieront cher sur la scène internatio­nale. Avant d’interdire, a-t-on songé à faire confiance à l’intelligen­ce et au libre arbitre des gens, citoyens et consommate­urs ? Loin d’être tous des surconsomm­ateurs, chaque jour ils font leurs choix en conscience. Dénierait-on aux Français leur discerneme­nt ? Et enfin, avant d’interdire, prenons le temps d’échanger avec les parties prenantes que sont l’Union des Marques, les médias, et la Filière Communicat­ion, afin de construire ensemble les solutions pour faire de la publicité un accélérate­ur de la transition. La publicité veut pouvoir faire son travail pour la transition écologique. Franck Gervais Mercedes Erra Laurent Habib Président de l’Union des Marques Présidente de l’Associatio­n pour les actions de la Filière Communicat­ion Président de l’Associatio­n des Agences-Conseils en Communicat­ion