« On m’a dit : “C’est une fille, mais elle est in­tel­li­gente” »

In­éga­li­tés Lau­réate de la bourse L’OréalU­nes­co, la cher­cheuse So­phie d’Am­brio­so dé­nonce la mi­so­gy­nie d’un mi­lieu mas­cu­lin

20 Minutes (Marseille) - - GRAND MARSEILLE - Pro­pos re­cueillis par Ma­thilde Ceilles

Voi­là vingt ans que le pro­gramme L’Oréal-Unes­co Pour les femmes et la science ré­com­pense des cher­cheuses. Et pour­tant, seuls 28 % des cher­cheurs sont des femmes, se­lon un rap­port de l’Unes­co sur la science pu­blié en 2015. So­phie d’Am­bro­sio, une cher­cheuse mar­seillaise de 32 ans lau­réate de cette bourse, es­père ou­vrir la voie à d’autres femmes dans ce mi­lieu.

Res­sen­tez-vous une dif­fé­rence de trai­te­ment en tant que cher­cheuse ? Du­rant ma sco­la­ri­té, non. J’ai pas­sé un bac S à Mar­seille, et j’ai fait toutes mes études à l’uni­ver­si­té d’Aix-Mar­seille en phy­sique des ma­té­riaux. Et je men­ti­rais si je di­sais avoir sen­ti un biais. Après, en re­vanche, dans le monde du tra­vail, dès que je suis ar­ri­vée dans les la­bo­ra­toires, fran­che­ment, je l’ai res­sen­ti.

Com­ment ce­la s’est-il tra­duit ?

Je suis en­tou­rée d’hommes. Ça biaise les com­por­te­ments. Par exemple, mon di­rec­teur de thèse était un pro­fes­seur russe de l’an­cienne époque, très brillant. Quand je suis ar­ri­vée au la­bo­ra­toire, pour me pré­sen­ter, la pre­mière chose qu’il a dite, c’est : « C’est une fille, mais elle est in­tel­li­gente ». Il m’ai­mait beau­coup, ce n’était pas mal­veillant, mais il l’a dit. Idem, lors de la ve­nue d’un co­mi­té scien­ti­fique na­tio­nal, mon di­rec­teur de thèse m’a dé­si­gné res­pon­sable du ca­fé et des gâ­teaux ! J’étais tel­le­ment éton­née que je n’ai pas ré­agi. J’ai dis­tri­bué le ca­fé, les gâ­teaux, et fait en plus une pré­sen­ta­tion scien­ti­fique. Il avait l’air im­pres­sion­né !

Pour­quoi se­lon vous les cher­cheuses res­tent-elles mi­no­ri­taires ?

Je pense qu’il y a un biais cultu­rel. On offre plus na­tu­rel­le­ment aux jeunes filles des pou­pées et aux gar­çons des Le­go. En consé­quence, les filles vont se ra­con­ter des his­toires. Dans le fu­tur, sta­tis­ti­que­ment, une grande par­tie s’oriente vers les lettres. Les gar­çons, en re­vanche, sont plus na­tu­rel­le­ment en­clins à faire de l’in­for­ma­tique et de l’in­gé­nie­rie.

De plus, entre 30 et 40 ans, les femmes ont en­vie d’avoir des en­fants, bio­lo­gi­que­ment, c’est le mo­ment. Or, pour une femme, et no­tam­ment dans la re­cherche, cette pé­riode est un pas­sage clé dans la construc­tion de sa car­rière. Aus­si, elle perd en com­pé­ti­ti­vi­té, par rap­port par exemple à son col­lègue mas­cu­lin.

La cher­cheuse a fait toutes ses études dans la ré­gion mar­seillaise.

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