20 Minutes (Nantes)

En pleine conquête, la ques­tion de l’ar­gent pu­blic re­fait sur­face

Le dé­bat sur l’uti­li­sa­tion de l’ar­gent pu­blic pour l’ex­plo­ra­tion spa­tiale re­fait sur­face

- Ni­co­las Raf­fin

Per­se­ve­rance est bien ar­ri­vé. Sept mois après avoir quit­té la Terre, le vé­hi­cule de la Na­sa s’est po­sé jeu­di sur la pla­nète Mars. Il au­ra no­tam­ment pour mis­sion de re­cher­cher d’éven­tuelles traces de vie et de dé­ter­mi­ner si une ex­plo­ra­tion hu­maine de la pla­nète rouge est pos­sible. Évi­dem­ment, un pro­gramme aus­si so­phis­ti­qué coûte cher : 2,2 mil­liards d’eu­ros, in­cluant le dé­ve­lop­pe­ment, la construc­tion, le lan­ce­ment, et la mis­sion sur Mars.

Mais, si l’on com­pare aux mis­sions in­cluant l’en­voi d’équi­pages dans l’es­pace, Per­se­ve­rance ap­pa­raît comme un pro­jet «low-cost». Ain­si, le pro­gramme «Space Tran­spor­ta­tion Sys­tem» (STS), qui condui­ra au dé­ve­lop­pe­ment de la na­vette spa­tiale, a né­ces­si­té 41 mil­liards d’eu­ros. Quant au pro­gramme Apol­lo, qui a per­mis à plu­sieurs hommes de mar­cher sur la Lune, il a coû­té 170 mil­liards d’eu­ros, qua­si­ment 70 fois le prix de Per­se­ve­rance. Ces chiffres rap­pellent une réa­li­té : al­ler dans l’es­pace coûte cher, car ce­la né­ces­site énor­mé­ment de com­pé­tences hu­maines et tech­no­lo­giques. Or, dans une pé­riode où la dette se creuse et avec un pré­sident de la Ré­pu­blique qui af­firme qu’il n’y a pas «d’ar­gent ma­gique», ces dé­penses peuvent po­ser ques­tion. L’es­pace doit-il, et peut-il, être ren­table, comme s’il était une ac­ti­vi­té éco­no­mique clas­sique ? «Quand on parle d’es­pace, on parle sur­tout d’ar­gent pu­blic, pré­cise Pierre Lion­net, éco­no­miste et di­rec­teur de re­cherche à Eu­ros­pace, une as­so­cia­tion qui dé­fend les in­té­rêts des in­dus­triels du sec­teur spa­tial. Par exemple, 80% des sa­tel­lites et des lan­ce­ments cor­res­pon­dants sont ache­tés par des gou­ver­ne­ments pour des pro­grammes d’Etat. Il s’agit d’un mar­ché pu­blic, donc la no­tion de ren­ta­bi­li­té ne va pas être la même que celle d’une en­tre­prise pri­vée.» L’éco­no­miste illustre son propos par une mé­ta­phore : « Quand la Mai­rie de Pa­ris change l’am­poule d’un ré­ver­bère, on ne de­mande pas au ré­ver­bère d’être ren­table, mais de bien éclai­rer. Le ser­vice spa­tial, c’est pa­reil. Quand vous uti­li­sez Ga­li­leo (l’équi­valent eu­ro­péen du GPS), c’est gra­tuit, alors qu’il a fal­lu dé­pen­ser énor­mé­ment d’ar­gent pour dé­ployer les sa­tel­lites. »

Une forme de ser­vice pu­blic de l’es­pace, donc. Ce qui ne veut pas dire pour au­tant que l’ar­gent uti­li­sé est dé­pen­sé sans au­cun contrôle. « Même si nous n’avons pas d’ob­jec­tif de ren­ta­bi­li­té comme pour­rait l’avoir une en­tre­prise pri­vée, il nous est de­man­dé, pour chaque mis­sion, d’avoir le meilleur rap­port qua­li­té-prix en termes de pro­po­si­tions com­mer­ciales, ex­plique Mu­rielle La­faye, res­pon­sable du pôle ‘‘In­tel­li­gence éco­no­mique’’ au Centre na­tio­nal d’études spa­tiales. D’autre part, les mis­sions doivent maxi­mi­ser les re­tom­bées so­cioé­co­no­miques et les ré­ponses à des en­jeux so­cié­taux.»

Dans une pé­riode où la dette se creuse et alors qu’il n’y a pas « d’ar­gent ma­gique », ces dé­penses in­ter­rogent.

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Les nou­velles mis­sions sur Mars, comme Per­se­ve­rance, né­ces­sitent des mil­liards d’eu­ros de dé­penses.

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