Ma­cron opte pour la té­lé­vi­sion face à la contes­ta­tion

Le pré­sident re­trouve les ca­mé­ras pour ex­pli­quer ses ré­formes

20 Minutes (Nice) - - La Une - Laure Co­met­ti

Chan­ge­ment de bra­quet pour Emmanuel Ma­cron. Le pré­sident de la Ré­pu­blique rompt avec ses ha­bi­tudes en choi­sis­sant de s’ex­pri­mer dans les mé­dias. Ain­si, ce­lui qui n’a don­né de­puis son élec­tion que deux in­ter­views à la té­lé­vi­sion fran­çaise s’ex­pri­me­ra sur TF1 jeu­di (lire ci-des­sous), puis sur BFMTV, RMC et Me­dia­part di­manche. Dans leur ton, leurs ob­jec­tifs et leur mise en scène, ces deux in­ter­views de­vraient être « to­ta­le­ment op­po­sées, es­time l’his­to­rien de la presse Alexis Lé­vrier. Il y a une vo­lon­té de contrô­ler sa com­mu­ni­ca­tion et de mon­trer qu’il est ca­pable de s’ex­po­ser à tous les pu­blics. »

Au « 13 Heures » de TF1, ré­gu­liè­re­ment truf­fé de su­jets sur la France des ter­roirs, le chef de l’Etat ten­te­ra de « re­nouer avec un pu­blic âgé, ru­ral », chez qui sa po­pu­la­ri­té a bais­sé après la hausse de la CSG pour les re­trai­tés, es­time Alexis Lé­vrier. En dé­lo­ca­li­sant l’émis­sion dans un vil­lage, il « joue sur le dé­ca­lage avec son image d’un pré­sident plu­tôt ur­bain, ci­ta­din, peu pré­sent dans la ru­ra­li­té ». Di­manche, il se­ra face cette fois à des in­ter­vie­weurs « ré­pu­tés pour mettre en dif­fi­cul­té les per­son­na­li­tés po­li­tiques, mon­trant ain­si qu’il est ca­pable de ré­pondre aux jour­na­listes, après avoir don­né l’im­pres­sion de les fuir de­puis son élec­tion », note Alexis Lé­vrier.

Un risque de sa­tu­ra­tion ?

En ins­tau­rant « une aryth­mie de la pa­role pré­si­den­tielle, Emmanuel Ma­cron montre que c’est lui qui maî­trise les hor­loges et l’es­pace mé­dia­tique », rap­pelle le spé­cia­liste des mé­dias. Les in­ter­views de jeu­di et di­manche lui don­ne­ront l’oc­ca­sion d’ex­pli­quer ses ré­formes face à la mul­ti­pli­ca­tion des foyers de mé­con­ten­te­ment. Au pre­mier rang des­quels la grève à la SNCF contre le nou­veau « pacte fer­ro­viaire » du gou­ver­ne­ment et le blo­cage de plu­sieurs uni­ver­si­tés par des étu­diants op­po­sés à la ré­forme de l’accès à la fac. Par ailleurs, la po­pu­la­ri­té du pré­sident a bais­sé au­près des re­trai­tés et des Fran­çais les plus mo­destes. D’après un autre son­dage, son par­ti La Ré­pu­blique en marche est dé­sor­mais per­çu comme un mou­ve­ment de droite par une ma­jo­ri­té de Fran­çais.

Pour re­dres­ser la barre, tout le gou­ver­ne­ment est mo­bi­li­sé : les mi­nistres mul­ti­plient les in­ter­views et le chef du gou­ver­ne­ment a an­nu­lé son dé­pla­ce­ment au Ma­li sa­me­di. Alors que l’exé­cu­tif manque de « poids lourds », c’est dé­sor­mais à Emmanuel Ma­cron de prendre la pa­role. Mais, « bien que tout le monde le pousse à par­ler, je ne suis pas sûr que ce qu’il dise soit au­dible », pré­vient Dominique Wol­ton, spé­cia­liste en com­mu­ni­ca­tion po­li­tique au CNRS, in­ter­ro­gé par l’AFP. Se­lon lui, le fait que le pré­sident mul­ti­plie les an­nonces de ré­formes de­puis son élec­tion, crée « un ef­fet de sa­tu­ra­tion ».

Emmanuel Ma­cron au Col­lège de France le 29 mars à Pa­ris.

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