Le pa­ri mé­tis de Mi­chel Oce­lot

Avec «Di­li­li à Pa­ris», le réa­li­sa­teur des «Ki­ri­kou» met en scène une hé­roïne ka­nake dans la ca­pi­tale fran­çaise de la Belle Epoque

20 Minutes (Paris) - - CINÉMA - Sté­phane Le­blanc

Avec Di­li­li à Pa­ris, Mi­chel Oce­lot in­vente une dé­cli­nai­son fé­mi­nine du vaillant Ki­ri­kou, qu’il plonge dans les fastes de la Belle Epoque. « Au dé­part, Di­li­li de­vait être un gar­çon, ra­conte Mi­chel Oce­lot. Et puis j’ai pen­sé qu’il se­rait pré­fé­rable d’en faire une pe­tite fille, car la ré­sis­tance à l’édu­ca­tion des filles était très ac­tive à l’époque. »

Par manque de temps et de moyens pour des­si­ner Pa­ris, Mi­chel Oce­lot a pho­to­gra­phié tous les dé­cors du film, ef­fa­cé les voi­tures des rues de Pa­ris ain­si que les af­fiches et le mo­bi­lier ur­bain, puis re­peint le tout dans les cou­leurs de la Belle Epoque. Et le ré­sul­tat est su­perbe. Trop beau pour être vrai ? Peut-être, mais cette exa­gé­ra­tion est à l’image de l’in­vrai­sem­blable dé­fi­lé de per­son­na­li­tés que ren­contre la jeune hé­roïne mé­tisse ka­nake dans le film : Claude Mo­net, Pa­blo Pi­cas­so, Sa­rah Bern­hardt, Louis Pas­teur, Ma­rie Cu­rie, Mar­cel Proust… Mi­chel Oce­lot se ré­gale. Les plus éru­dits des pa­rents fe­ront de même. Mais les plus jeunes ? « Je ne suis pas un réa­li­sa­teur de films pour en­fants », mar­tèle Mi­chel Oce­lot.

Un hu­mour qui fait mouche

Au moins, les mar­mots qui ont re­çu la même bonne édu­ca­tion que Di­li­li ap­pré­cie­ront sa belle robe blanche, ses bonnes ma­nières et son sens de la re­par­tie. Quand un per­son­nage de­mande à Di­li­li : « Toi y en a par­ler fran­çais?», la pe­tite fille a cette ré­ponse op­por­tune : « Ap­pa­rem­ment mieux que vous, Mon­sieur ». Pour fus­ti­ger les cli­chés ra­cistes et co­lo­nia­listes, Mi­chel Oce­lot, qui a gran­di en Afrique et ac­quis sa po­pu­la­ri­té avec le per­son­nage de Ki­ri­kou, fait preuve d’un hu­mour qui fait mouche.

Très vite, le dé­fi­lé féé­ri­co-exo­tique bas­cule dans une in­trigue qui se noue au­tour d’un en­lè­ve­ment de fillettes que Di­li­li, avec l’aide de ses nou­veaux et illustres amis, n’au­ra de cesse de vou­loir dé­li­vrer. Les mé­chants sont re­grou­pés au sein d’une so­cié­té se­crète, les « Mâles-Maîtres », qui meublent leur in­té­rieur avec des femmes mises à quatre pattes et re­cou­vertes d’un voile noir pour ser­vir de tables basses. « Je sa­vais qu’on pen­se­rait aux mu­sul­mans, as­sure Mi­chel Oce­lot. Mais je ne vise pas une secte ou une re­li­gion en par­ti­cu­lier. Des hommes qui pié­tinent les femmes, il y en a par­tout, hé­las. Ce film est une pa­ra­bole. » Il n’em­pêche que la charge n’est pas très fine. « Une femme meurt tous les trois jours des coups por­tés par son com­pa­gnon, rap­pelle le réa­li­sa­teur, et des ex­ci­sions sont tou­jours pra­ti­quées sur des fillettes en France. » Cette ac­tua­li­té a in­ci­té Mi­chel Oce­lot à ac­cep­ter la pro­po­si­tion de l’Uni­cef de faire de Di­li­li la mes­sa­gère de l’or­ga­ni­sa­tion.

Le film mêle dé­cors pho­to­gra­phiés et des­sins ani­més.

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