La clé des sols in­cultes

Des fruits et des lé­gumes poussent sur des ter­rains au­tre­fois pol­lués

20 Minutes (Paris) - - GRAND PARIS - Flo­réal Her­nan­dez

Et si la ville per­dait du ter­rain au pro­fit de l’agri­cul­ture en Ile-de-France? On ne parle pas ici de po­ta­gers sur les toits ou d’une cham­pi­gnon­nière dans la cave d’un Mo­no­prix, mais de cul­ture de fraises ou de to­mates sur des sols pol­lués ou in­cultes. «Au­jourd’hui, avec de nou­velles formes d’agri­cul­ture, on a la ca­pa­ci­té de re­prendre des ter­rains en friche ou pol­lués», af­firme Xa­vier Lau­reau. L’agri­cul­teur et di­rec­teur des Fermes de Gal­ly, à Saint-Cyr-l’Ecole, sait de quoi il parle. Avec trois autres en­tre­prises, il a trans­for­mé une an­cienne dé­charge de cette com­mune des Yve­lines en une zone agri­cole de 3,5 ha. Une cen­taine de po­ta­gers à louer y trouvent place, ain­si qu’une ac­ti­vi­té agri­cole tra­di­tion­nelle. Huit tonnes de fraises, 1,5 tonne de fram­boises et 1 tonne de to­mates ain­si que des au­ber­gines et des pi­ments y sont pro­duits. Le tout hors sol, car, pré­cise Xa­vier Lau­reau, « on ne pou­vait pas culti­ver sur un ter­rain conte­nant de lé­gères tra­ces d’hy­dro­car­bure », hé­ri­tage des car­casses de voi­tures qui avaient été en­tre­po­sées des­sus.

Une « plante zé­ro pol­lu­tion »

Plus au nord, sur la com­mu­nau­té de com­munes Seine-Aval, à Chan­te­louples-Vignes, des mis­can­thus (ap­pe­lés aus­si ro­seaux de Chine) ont été plan­tés sur une tren­taine des trois cents hec­tares pol­lués aux mé­taux lourds. Leur in­té­rêt ? « Ils ne dé­pol­luent pas le sol, mais per­mettent une agri­cul­ture, ex­plique Adèle Maistre, ani­ma­trice du pro­gramme lea­der Seine-Aval. C’est une plante qui s’ins­talle sur quinze ans et qui n’a pas be­soin d’en­grais, de pes­ti­cide, de la­bou­rage, etc.» Ce n’est qu’après avoir été cou­pée que cette « plante zé­ro pol­lu­tion » peut être va­lo­ri­sée, en éner­gie ou pour du paillage. Et d’autres dé­bou­chés sont en­vi­sa­gés, as­sure Ber­nard Cour­tin, dé­lé­gué gé­né­ral de Bio­mis G3, une as­so­cia­tion qui fait le lien entre in­dus­triels, agri­cul­teurs et ter­ri­toires et qui gère l’éla­bo­ra­tion des nou­veaux pro­duits à par­tir de la plante. Le mis­can­thus peut en ef­fet être trans­for­mé en «par­paing de struc­ture pour faire des murs» ou en­core être uti­li­sé par «Peu­geot pour des pièces d’ha­bi­tacle, de struc­ture », voire pour «le pa­cka­ging cos­mé­tique». Xa­vier Lau­reau est confiant : « Il y a plein de lieux pol­lués ou in­cultes où on peut faire des choses.» Se­lon le der­nier re­cen­se­ment de la di­rec­tion ré­gio­nale et in­ter­dé­par­te­men­tale de l’en­vi­ron­ne­ment et de l’éner­gie (Driee), ci­té dans l’ex­po­si­tion du Pa­villon de l’Ar­se­nal « Ca­pi­tal agri­cole », l’Ile-deF­rance comp­tait, en 2011, 421 sites pol­lués ap­pe­lant une ac­tion des pou­voirs pu­blics et 35 432 sites in­ven­to­riés d’an­ciennes ac­ti­vi­tés in­dus­trielles.

Ces fraises s’épa­nouissent au-des­sus d’une an­cienne dé­charge des Yve­lines.

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