Les pro­tec­teurs de la fo­rêt font bloc contre la bé­ton­ni­sa­tion

Des voix s’élèvent contre l’amé­na­ge­ment d’une par­tie de la fo­rêt

20 Minutes (Paris) - - LA UNE - Ma­rie de Four­nas

Les fêtes n’ont pas été très se­reines pour plu­sieurs par­ti­cu­liers et as­so­cia­tions de Ro­main­ville (Seine-SaintDe­nis). Au centre de leurs pré­oc­cu­pa­tions, la fo­rêt de la Cor­niche des forts, un bois ur­bain d’en­vi­ron 27 ha qui se dé­ve­loppe spon­ta­né­ment de­puis les an­nées 1960 sur une an­cienne dé­charge et des car­rières de gypse. Le conseil ré­gio­nal, à ma­jo­ri­té LR, compte, sur en­vi­ron huit hec­tares de ce lieu sau­vage ché­ri des ri­ve­rains, construire une base de loi­sirs (avec un par­cours éco­lo­gique, un po­ney-club, un éco­pâ­tu­rage, des ba­lan­çoires, etc.). Com­men­cée en oc­tobre, la pre­mière phase du pro­jet, qui consis­tait en l’abat­tage des arbres pré­sents sur le site à amé­na­ger, était, dé­but jan­vier, qua­si­ment ache­vée. Au grand dam des pro­tec­teurs de la fo­rêt, qui dé­non­çaient une aber­ra­tion éco­lo­gique. «Cette fo­rêt, c’est un pou­mon vert au coeur de la ville, un re­fuge, un pa­ra­dis aux cou­leurs in­croyables, té­moi­gnait une ri­ve­raine au­près de 20 Mi­nutes fin dé­cembre. On a be­soin d’en­droits non amé­na­gés comme ce­lui-là.» Le Conseil na­tio­nal de la pro­tec­tion de la na­ture a im­po­sé à la ré­gion comme me­sure com­pen­sa­toire l’obli­ga­tion de « re­plan­ter plus de 7 000 arbres et ar­bustes et 30 000 vé­gé­taux grim­pants», in­siste Pa­trick Ka­ram, vi­ce­pré­sident du conseil ré­gio­nal. Mais ce­la ne ras­sure pas Ma­rine Lin­glart. Eco­logue au ca­bi­net Ur­ban Eco, man­da­tée par la ré­gion, elle pré­cise que seuls «1500 arbres et ar­bustes, prin­ci­pa­le­ment, se­ront re­plan­tés sur la Cor­niche. Les autres se­ront sur l’île de loi­sirs de Vaires-Tor­cy [en Sei­neet-Marne]. » Soit une ving­taine de ki­lo­mètres plus loin. Mais elle ad­met qu’ils «se­ront bien plus qua­li­ta­tifs : ils se­ront co­hé­rents avec l’éco­sys­tème et ac­cueille­ront plus d’es­pèces d’oi­seaux et d’in­sectes qu’à l’heure ac­tuelle.» Autre su­jet de cris­pa­tion, la pro­tec­tion des ani­maux, car la ré­gion a ob­te­nu une dé­ro­ga­tion pour l’at­teinte que porte le chan­tier aux es­pèces pro­té­gées, par­mi les­quelles des re­nards, des hé­ris­sons, des écu­reuils roux, des lé­zards des mu­railles, etc. Le seul de­voir im­po­sé à la col­lec­ti­vi­té est de réa­li­ser les tra­vaux «en de­hors de la pé­riode sen­sible pour les es­pèces» et de créer des re­fuges pour les ani­maux.

Car­rières bé­ton­nées

Mais ce qui in­quiète le plus les dé­fen­seurs de la fo­rêt, c’est la deuxième phase du pro­jet : le com­ble­ment des an­ciennes car­rières avec des in­jec­tions de bé­ton. « Cette fo­rêt est un vé­ri­table gruyère avec des risques d’ef­fon­dre­ment », jus­ti­fie Sté­phane Weis­sel­berg, pré­sident du syn­di­cat mixte en charge de la ges­tion de la Cor­niche des forts. Un com­ble­ment qui « em­pê­che­ra les arbres de re­pous­ser au-des­sus», alerte Syl­vie van den Brink, des Amis na­tu­ra­listes des co­teaux d’Avron. Au­jourd’hui, à Ro­main­ville, entre, d’un cô­té, la mai­rie, le syn­di­cat mixte et la ré­gion et, de l’autre, les as­so­cia­tions et des élus mo­bi­li­sés contre le pro­jet, le dia­logue est com­plè­te­ment rom­pu.

Une base de loi­sirs doit prendre place dans la fo­rêt de la Cor­niche des Forts.

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