20 Minutes (Paris)

La course touche len­te­ment, mais sû­re­ment à sa fin

Ven­dée Globe Le vain­queur au­ra une se­maine de re­tard sur le re­cord d’Ar­mel Le Cléac’h

- William Pe­rei­ra Sports

Du ja­mais-vu. A quelques heures de la fin du Ven­dée Globe 2020-2021, cinq ba­teaux peuvent en­core pré­tendre à la vic­toire (lire l’en­ca­dré). Mieux, ce­lui qui ar­ri­ve­ra aux Sables-d’Olonne en pre­mier ne se­ra pas né­ces­sai­re­ment dé­cla­ré vain­queur à cause des com­pen­sa­tions. Quel que soit le vain­queur, les écarts se­ront in­fimes. «Ce qu’on a vu sur l’eau tout au long de l’épreuve, c’est fou. Cette course a été ex­tra­or­di­naire», sou­rit le team ma­na­geur de Tho­mas Ruyant (Lin­kedOut), Mar­cus Hut­chin­son.

Au sens pre­mier du terme, cette édi­tion du Ven­dée Globe ne res­semble à au­cune autre en grande par­tie à cause d’une mé­téo ca­pri­cieuse, ja­mais dis­po­sée à lais­ser les lea­deurs de la flotte prendre leur en­vol. Les foi­lers sont res­tés scot­chés, les vieux comme Le Cam en ont pro­fi­té et, en fin de compte, Ar­mel Le Cléac’h va gar­der son re­cord. Faillite des foi­lers, vic­toire des pro­jets à échelle hu­maine, ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique… Toutes les hy­po­thèses ont été émises pour ex­pli­quer ce scé­na­rio ja­mais vu en trente ans de course. Jean-Yves Ber­not, spé­cia­liste mé­téo dans la course au large, les ba­laie toutes d’un re­vers de main : «Si on fait par­tir le Ven­dée Globe quinze jours plus tard, on n’a pas du tout la même course, car les sys­tèmes ne sont plus les mêmes. Ils se se­raient un peu mieux en­chaî­nés et des écarts se se­raient for­més.» Le sud de l’hé­mi­sphère Sud a beau­coup po­sé pro­blème. «Les an­ti­cy­clones des océans aus­traux étaient très au sud, pour­suit Jean-Yves Ber­not. Ça veut dire que les ba­teaux de­vaient des­cendre en­core plus au sud pour avoir du vent. Mais la zone des glaces leur bar­raient la route et ils ont donc couru dans des zones de tran­si­tion.» Tho­mas Ruyant a bien es­sayé d’al­ler voir au nord ce qu’il s’y pas­sait, en vain. Il s’est ré­so­lu à at­tendre que les molles viennent les cueillir, lui, Da­lin et Bes­ta­ven. «C’est comme quand tu joues aux pe­tits che­vaux. T’as at­ta­qué et paf, tu re­viens au point de dé­part. » Si l’im­pli­ca­tion de la mé­téo dans le scé­na­rio de ce Ven­dée ne fait guère de doute, elle n’em­pêche pas de ti­rer des conclu­sions sur les foi­lers de nou­velle gé­né­ra­tion, sans tou­te­fois tom­ber dans l’alar­misme. «Quand on conçoit les ba­teaux, on fait des sta­tis­tiques, ex­plique An­toine Mer­mod, pré­sident de la classe Imo­ca. Cette confi­gu­ra­tion mé­téo avec toutes les portes qui se ferment a très peu de chances de se re­pro­duire. Soit on fait un ba­teau qui, sta­tis­ti­que­ment, se­ra plus sou­vent de­vant, soit on fait un ba­teau qui ga­gne­ra moins sou­vent, mais se­ra meilleur dans certains do­maines [comme les ba­teaux à dé­rives cette an­née]. C’est dé­li­cat de se dire qu’on va faire ce ba­teau pour une mé­téo qui a 4% de chances d’ar­ri­ver. Si on voit un foi­ler al­ler 20% plus vite qu’un ba­teau à dé­rives, je ne vois pas un skip­peur re­ve­nir sur un mo­dèle an­té­rieur.»

Il n’em­pêche que l’Imo­ca a vo­té contre la fuite en avant du pro­grès et que la classe se re­fuse à adop­ter les fa­meux plans por­teurs ré­cla­més par certains, et qui per­met­traient aux foi­lers de pas­ser en mode vo­lant «dé­fi­ni­tif». L’heure est à l’op­ti­mi­sa­tion, car, conclut Mi­chel Des­joyeaux, « dans la confi­gu­ra­tion ac­tuelle, on a pu voir que les foi­lers ont un gain de per­for­mance si­gni­fi­ca­tif dans un cré­neau de vent beau­coup plus li­mi­té. Il fau­dra donc tra­vailler sur les foils, mais aus­si sur la struc­ture des ba­teaux. Mais, n’ou­blions pas que les deux qui ont fait le gros du che­min en tête sont des foi­lers. Si on avait eu la même mé­téo qu’il y a quatre ans, le vain­queur au­rait mis deux jours au re­cord de Le Cléac’h et peut-être qu’on n’en par­le­rait même pas. »

« Si on les fait par­tir quinze jours plus tard, on n’a pas du tout la même course. » Jean-Yves Ber­not, spé­cia­liste mé­téo

«Je ne vois pas un skip­peur re­ve­nir sur un mo­dèle an­té­rieur. » An­toine Mer­mod, pré­sident de la classe Imo­ca

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Cette édi­tion du Ven­dée Globe ne res­semble à au­cune autre en grande par­tie à cause d’une mé­téo ca­pri­cieuse qui a beau­coup frei­né les skip­peurs.

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