20 Minutes (Paris)

Tra­vail au ber­cail, aïe, aïe, aïe

De nom­breux sa­la­riés souffrent d’être cloi­son­nés chez eux, no­tam­ment à cause du manque de contacts hu­mains

- Ni­co­las Raf­fin From Today Until Tomorrow · University of Paris

De­puis mars 2020, à cause de la crise sa­ni­taire liée au Co­vid-19, le té­lé­tra­vail s’est im­po­sé de force dans la vie des en­tre­prises et des sa­la­riés. Du jour au len­de­main, des per­sonnes ha­bi­tuées à la vie de bu­reau se sont re­trou­vées seules (ou avec leurs en­fants) de­vant leur écran d’or­di­na­teur. Mal­heu­reu­se­ment, cer­tains n’en peuvent plus. Jeunes, se­niors, hommes, femmes… De nom­breux pro­fils, très va­riés, ont ré­pon­du à l’ap­pel à té­moins lan­cé par 20 Mi­nutes sur l’over­dose de té­lé­tra­vail.

Pour eux, res­ter à la mai­son est de­ve­nu un vrai cau­che­mar. «De­puis le pre­mier confi­ne­ment, je ne suis re­tour­née sur site qu’au cours de l’été, nous ex­plique Ma­rion, 36 ans, res­pon­sable d’un site Web. Je res­sens un phé­no­mène d’usure, bien que mon bou­lot me pas­sionne. J’ai pour­tant des temps d’équipe : par­tage, sé­mi­naires à dis­tance, for­ma­tion, en­tre­tien. Mais ça ne rem­place pas le contact hu­main. » « Je ne sup­porte plus le té­lé­tra­vail, je manque de mo­ti­va­tion, se dé­sole pour sa part Ma­rie-Ch­ris­tine, ju­riste de 61 ans. Je ne sais plus quel jour on est. »

Des consé­quences qui n’étonnent pas Mi­chel Le­joyeux, pro­fes­seur de psy­chia­trie à l’uni­ver­si­té de Pa­ris. « Le té­lé­tra­vail à haute dose peut créer une vraie souf­france, sur­tout lors­qu’on n’ar­rive plus à bien sé­pa­rer les temps de vie : tra­vail, loi­sirs, re­pas. Il faut des vraies cou­pures. »

Le té­lé­tra­vail en­traîne des souf­frances psy­chiques, mais aus­si des dif­fi­cul­tés d’or­ga­ni­sa­tion. «Nous avons par­fois at­teint les li­mites de ce qui est fai­sable en té­lé­tra­vail, écrit Di­dier, res­pon­sable de la­bo­ra­toire. Qui n’a pas ren­con­tré des dif­fi­cul­tés dans la ges­tion des équipes sur le ter­rain ? Loin du quo­ti­dien des per­son­nels, com­bien d’in­for­ma­tions “ano­dines” ne sont plus dé­li­vrées et en­traînent des blo­cages ou des dif­fi­cul­tés ? »

Face à toutes ces li­mites, cer­tains ont dé­ci­dé d’en fi­nir, au moins par­tiel­le­ment, avec le 100% té­lé­tra­vail. « J’ai ob­te­nu l’au­to­ri­sa­tion de re­ve­nir au bu­reau, car je suis au bord de la dé­pres­sion, té­moigne Erwan, âgé de 49 ans. Tra­vailler toute la jour­née dans sa chambre avec un casque n’est pas sain. Avec le couvre-feu, je ne sor­tais même plus de la jour­née. » « C’est ex­trê­me­ment im­por­tant de gar­der de vraies re­la­tions en de­hors des vi­sio­con­fé­rences, in­siste Mi­chel Le­joyeux. Il faut vrai­ment pas­ser du temps, chaque jour, avec une ou deux per­sonnes, au moins au té­lé­phone. Ce­la peut être un col­lègue qu’on aime bien, un ami. Il faut re­trou­ver cette so­cia­bi­li­té. »

«J’ai ob­te­nu l’au­to­ri­sa­tion de re­ve­nir au bu­reau, car je suis au bord de la dé­pres­sion.» Erwan, 49 ans

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Le té­lé­tra­vail peut en­traî­ner des dif­fi­cul­tés d’or­ga­ni­sa­tion im­por­tantes.

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