Etre soi-même en jouant un autre

La pra­tique du théâtre en ama­teur est un bon moyen de s’ou­vrir au monde

20 Minutes (Rennes) - - MAGAZINE - Pierre Brun

« Vous vous au­to­ri­se­riez à sau­ter à pieds joints dans une flaque d’eau dans la rue ? » Peu pro­bable. Pour­tant, vous en avez peut-être en­vie. Mais comme le fait re­mar­quer Bas­tien Car­pen­tier, co­mé­dien et pro­fes­seur de théâtre d’im­pro­vi­sa­tion, vous ne le faites pas. « Plus on gran­dit, plus la so­cié­té passe du ver­nis sur notre spon­ta­néi­té », pour­suit-il. Heu­reu­se­ment, pour at­teindre cette pré­cieuse sen­sa­tion de lâ­cher prise, le théâtre ama­teur pro­pose de se trans­por­ter dans un en­droit un peu ma­gique : la scène. « Que ce soit pour du théâtre clas­sique ou pour de l’im­pro, ex­plique Bas­tien Car­pen­tier, ce que je de­mande à mes élèves lors de leur pre­mier cours, c’est de re­trou­ver l’en­fant qui est en eux. » Et se­lon lui, ça marche : « Je ne connais au­cun élève qui, grâce au théâtre, n’ait au fi­nal pas réus­si à lâ­cher prise. » Une ma­gie tou­jours opé­rante. Pour Ju­lien Mal­let-Cos­son, psy­cho­logue et co­mé­dien, les ate­liers et la scène « mettent en place un cadre dif­fé­rent, qui per­met de se bous­cu­ler soi-même, dans un cli­mat de confiance les uns en­vers les autres ».

Les autres, jus­te­ment, par­lons-en ! « Sou­vent, les gens que je vois ar­ri­ver aux cours sont très cen­trés sur eux­mêmes lors des ate­liers, ex­plique Bas­tien Car­pen­tier. Ils ont peur de ne pas as­su­rer, et prennent tout sur leurs épaules, en gar­dant leur stress. Et puis, c’est en réus­sis­sant à s’ou­vrir aux autres qu’ils se re­lâchent. Quand ils jouent un re­gard amou­reux lors d’un ate­lier, par exemple. Lâ­cher prise, c’est être avec les autres dans le temps pré­sent. »

Et que se passe-t-il quand un(e) élève adresse un re­gard amou­reux à un(e) autre ? « Il de­vient un per­son­nage. Quand on joue, on n’est plus soi-même, et c’est es­sen­tiel, dans n’im­porte quel genre de théâtre. En­suite, on pro­gresse en com­men­çant à tra­vailler sur la ma­nière de pro­non­cer son texte, etc. Il existe plein d’exer­cices, par­fois un peu lou­foques. »

Et tant pis si, au cours de cette pro­gres­sion, tout n’est pas par­fait. D’ailleurs, se­lon Ju­lien Mal­let-Cos­son, si le cadre théâ­tral a été cor­rec­te­ment mis en place, « une er­reur n’est plus une er­reur, mais un évé­ne­ment sur le­quel re­bon­dir. Les va­leurs im­por­tantes d’un ate­lier de théâtre, no­tam­ment d’im­pro­vi­sa­tion, ce sont la bien­veillance, l’ac­cep­ta­tion, l’écoute et la confiance. »

At­ten­tion ce­pen­dant à ne pas être trop im­pa­tient. « Se dé­voi­ler de­vant les autres, re­prend Bas­tien Car­pen­tier peut prendre du temps. Un dé­clic est né­ces­saire. » Pour sau­ter dans une flaque, il faut être prêt à se je­ter à l’eau.

«Lâ­cher prise, c’est être avec les autres dans le pré­sent.» Bas­tien Car­pen­tier, co­mé­dien

Un ate­lier de théâtre ou d’im­pro­vi­sa­tion per­met de mon­ter sur scène.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.