Di­dier Des­champs et la dé­li­cate épreuve des ré­ser­vistes

Foot­ball Le sé­lec­tion­neur don­ne­ra, ce jeu­di, la liste des 23 joueurs qui se­ront au Mon­dial. Sept ré­ser­vistes de­vraient aus­si être dé­si­gnés

20 Minutes (Strasbourg) - - LA UNE - Ju­lien La­loye

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Une liste de 23 et tou­jours les mêmes dé­bats : onze ti­tu­laires qu’on connaît à peu près, cinq ou six rem­pla­çants prêts à bon­dir et cinq potes de cham­brée char­gés de choi­sir entre Boo­ba et Ma­gic Sys­tem pour la bande-son de l’aven­ture. Ce jeu­di, Di­dier Des­champs choi­si­ra les élus qui pren­dront un vol Pa­ris-Mos­cou dé­but juin pour le Mon­dial. Sept autres, les ré­ser­vistes, res­te­ront à l’aé­ro­port à sa­luer les pe­tits co­pains, après avoir pas­sé dix jours à Clai­re­fon­taine avec le groupe. A cinq jours près, Des­champs li­vre­ra le nom des fa­meux ré­ser­vistes vingt ans après la fu­neste nuit des taxis du 22 mai 1998, où Dje­tou, Anel­ka, Le­ti­zi, La­mou­chi, Laigle, Ba avaient été mis de cô­té par Ai­mé Jac­quet. Cette nuit tra­gique a fa­çon­né le Des­champs sé­lec­tion­neur. « Il a vé­cu de l’in­té­rieur le trau­ma­tisme vé­cu par le groupe lors de l’an­nonce de Jac­quet, ex­plique le jour­na­liste Ka­rim Ned­ja­ri, au­teur de

La Nuit des mau­dits (Fayard). De­puis 2014, il a donc construit ses listes en par­tant d’un prin­cipe simple : mieux vaut une ad­di­tion qu’une sous­trac­tion. Il est pré­fé­rable de don­ner du bon­heur à ce­lui qui rentre que d’ajou­ter du mal­heur à ce­lui qui sort.» Des­champs voit la place de ré­ser­viste comme une ré­com­pense plus qu’une pu­ni­tion. Et c’est dans ce sens qu’il ne fait pas des listes de 30 noms mais des 23+7. Par­mi ses ré­ser­vistes lors du Mon­dial 2014 et de l’Eu­ro 2016, DD avait pris des pe­tits jeunes ou des joueurs de de­voir : Ca­bel­la, Ra­biot, Um­ti­ti, Ga­mei­ro, La­ca­zette… Pour 2018, l’at­ta­quant d’Ar­se­nal fait par­tie des « pro­bables », comme il l’a dit dans

L’Equipe. Pro­bable dans les 23, et à peu près sûr dans les 30. Un rai­son­ne­ment qui s’ap­plique aus­si à Thau­vin ou Payet, sans qu’il y ait de la place pour tout le monde. « Des­champs a re­pous­sé sa liste au 17 mai, après la fi­nale de l’OM, pour ne pas ap­pa­raître comme un DRH ca­la­mi­teux, as­sure Ned­ja­ri. Il ne veut sur­tout pas être te­nu res­pon­sable si les deux meilleurs Mar­seillais ont le mo­ral dans les chaus­settes avant une fi­nale de Coupe d’Eu­rope. Son ob­ses­sion, c’est d’évi­ter la tra­gé­die hu­maine. » Des­champs fait en­core mieux que ça : il y a deux ans, il a in­ven­té, sans le vou­loir, le concept du gars qui passe de même pas ré­ser­viste à ti­tu­laire, en convo­quant Ra­mi après le for­fait de Va­rane, alors qu’Um­ti­ti fi­gu­rait par­mi les sept de ré­serve. Le Bar­ce­lo­nais a fi­ni par se faire sa place et le mes­sage en­voyé de­ve­nait double : « Vous êtes ré­ser­viste? Vous pou­vez être ti­tu­laire en fi­nale.Vous n’êtes pas ré­ser­viste ? Vous pou­vez dis­pu­ter le match d’ou­ver­ture. » Une fa­çon de concer­ner toute monde.

« L’ob­ses­sion de Des­champs, c’est d’évi­ter la tra­gé­die hu­maine. » L’au­teur Ka­rim Ned­ja­ri

Pour Di­dier Des­champs, le sta­tut de ré­ser­viste est une ré­com­pense.

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