Un beau crime de lèse-ma­jes­té

Ma­thieu, un Fran­çais sans at­tache par­ti­cu­lière avec l’île, est sup­por­ter des An­glais, op­po­sés aux Belges ce jeu­di, de­puis des an­nées

20 Minutes (Strasbourg) - - COUPE DU MONDE 2018 - William Pe­rei­ra

Ma­thieu a la tren­taine et est fran­çais. Il de­vrait, en toute lo­gique, vi­brer et souf­frir pour les Bleus lors de ce Mondial en Rus­sie. Mais c’est pa­ré d’un maillot de la sé­lec­tion an­glaise que le jeune homme s’est pré­sen­té à nous. Pré­fé­rant l’en­so­leille­ment d’une ter­rasse à l’ombre du bar, le ca­fé au thé, il n’a pour­tant pas grand-chose de Bri­tish. Et il l’as­sume en­tiè­re­ment : «Je n’ai pas vrai­ment d’at­tache avec l’An­gle­terre ou sa culture. » En­core plus co­casse, ce fan de rug­by ne peut pas pif­fer le XV de la Rose. «Au rug­by, je les trouve tri­cheurs et mau­vais joueurs, ex­plique Ma­thieu. Au foot, je les trouve vi­cieux, mais dans le bon sens du terme. J’ai­mais bien la rou­blar­dise de Gas­coigne, qui jouait avec les li­mites des règles. »

Avec ce bon dé­but de Mondial des An­glais, Ma­thieu re­vit. Heu­reux, mais un peu seul. «Le pro­blème de sou­te­nir l’An­gle­terre en étant fran­çais, c’est que tu es tout seul dans la dé­faite et dans la vic­toire. Même si, la vic­toire, je ne connais pas trop », se marre-t-il. Car tom­ber amou­reux de la sé­lec­tion an­glaise n’était pas vrai­ment le bon plan pour em­pi­ler les titres. Mais,

Ma­thieu, fan des An­glais

en amour, on ne choi­sit pas. « Ça a com­men­cé avec l’Eu­ro 1996, j’avais 9 ans. J’étais com­plè­te­ment fou de cette équipe d’An­gle­terre», ra­conte le tren­te­naire. A l’époque, il est vrai, l’équipe était par­ti­cu­liè­re­ment sexy. « Il y avait Shea­rer, Gas­coigne, Sea­man et son maillot fla­shy », égrè­net-il. Du cool, des cou­leurs et un pe­tit com­plexe d’OE­dipe en fi­li­grane, aus­si. «En 1998, j’étais pour les Trois Lions pour em­mer­der mon père. Je ne pen­sais pas que ma pas­sion pour eux irait aus­si loin. » Vou­loir cham­brer le pa­ter­nel est ra­re­ment une bonne idée et la sen­tence est cruelle : l’An­gle­terre est sor­tie en hui­tième de fi­nale par l’Ar­gen­tine aux tirs au but. «C’était la pre­mière fois que je chia­lais de­vant un match de foot », avoue Ma­thieu. S’il avait choi­si le bon camp, il au­rait re­pous­sé ce mo­ment au 12 juillet et au­rait tro­qué les larmes de cha­grin pour des larmes de joie. La suite, on la connaît. Une his­toire de lose in­fi­nie pour les Trois Lions… jus­qu’à cette Coupe du monde ? Notre faux Bri­tish a re­trou­vé de l’al­lant avec les pre­miers ré­sul­tats des su­jets de la reine, qui ten­te­ront de fi­nir pre­miers de leur poule ce jeu­di face à la Bel­gique. «Non seule­ment on a de bons joueurs, mais on a aus­si un en­traî­neur an­glais [Sou­th­gate]. Les Eriks­son, Ca­pel­lo, ils n’ont pas la culture an­glaise. J’ai l’im­pres­sion qu’on veut pro­duire du jeu, qu’on est plus tech­nique. Si je m’en­flamme, je peux com­pa­rer cette équipe à celle de 1998.» L’An­gle­terre, pas la France.

« En 1998, j’étais pour les Trois Lions pour em­mer­der mon père. »

Ma­thieu est toom­bé amou­reux de l’équipe an­glaise lors de l’Eu­ro 1996.

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