L’école s’at­taque aux théo­ries du com­plot

Les en­sei­gnants sont de plus en plus confron­tés aux théo­ries fumeuses

20 Minutes (Toulouse) - - LA UNE - Del­phine Ban­caud

Les at­ten­tats du 13 no­vembre 2015 ? Or­ches­trés par le gou­ver­ne­ment. Le 11 Sep­tembre ? Or­ga­ni­sé par les Etats-Unis pour en­va­hir l’Af­gha­nis­tan. JFK ? Tué par les ser­vices secrets amé­ri­cains. Les « chem­trails » (traî­nées blanches) des avions ? Ré­pan­dues pour contrô­ler les po­pu­la­tions. Voi­là des exemples de théo­ries du com­plot qui cir­culent dans les cours d’école. Pour ten­ter d’en­di­guer ce phé­no­mène gran­dis­sant, Na­jat Val­laud-Bel­ka­cem or­ga­ni­sait mar­di une jour­née d’étude avec des en­sei­gnants, des jour­na­listes et des cher­cheurs. Le but : créer des ou­tils pé­da­go­giques des­ti­nés aux en­sei­gnants pour les ai­der à ré­pondre aux élèves vé­hi­cu­lant des contre­vé­ri­tés. « Les en­sei­gnants doivent être ac­com­pa­gnés et sou­te­nus. Ils doivent être for­més car ces dis­cours ont un pu­blic de plus en plus nom­breux », af­firme la mi­nistre de l’Edu­ca­tion. Un phé­no­mène dont est té­moin Lio­nel Vi­ghier, pro­fes­seur dans un col­lège de l’aca­dé­mie de Ver­sailles : « Les théo­ries du com­plot ont tou­jours exis­té. Mais de­puis les at­ten­tats de jan­vier 2015, elles se sont mul­ti­pliées, car les ré­seaux so­ciaux font caisse de ré­so­nance. Et le fait que cer­tains élèves ne suivent sur Fa­ce­book que des jeunes qui pensent comme eux conforte en­core plus leurs croyances er­ro­nées, constate-t-il. Les morts de cé­lé­bri­tés sont sou­vent re­mises en cause par les élèves. »

Ren­for­cer l’es­prit cri­tique

Se­lon lui, il n’existe pas de pro­fils plus sus­cep­tibles de tom­ber dans le pan­neau : « Cer­tains de mes élèves éprouvent une cer­taine fier­té lors­qu’ils ont l’im­pres­sion de connaître une pseu­do-vé­ri­té que les autres ne connaissen­t pas. Etre bon élève ne pro­tège pas de la mau­vaise in­ter­pré­ta­tion de l’ac­tua­li­té, car il faut des com­pé- tences spé­ci­fiques pour éva­luer la fia­bi­li­té d’une in­for­ma­tion. » D’où l’in­té­rêt pour les en­sei­gnants de plan­cher avec leurs élèves sur le su­jet, et d’éveiller leur es­prit cri­tique. L’en­sei­gne­ment mo­ral et ci­vique, dis­pen­sé de­puis sep­tembre du CP à la ter­mi­nale, aborde d’ailleurs l’édu­ca­tion aux mé­dias. Cer­tains en­sei­gnants, à l’ins­tar de Lio­nel Vi­ghier, font aus­si un tra­vail spé­ci­fique de dé­cryp­tage des théo­ries du com­plot : « Avec une classe de troi­sième, nous avons tra­vaillé sur la rhé­to­rique des théo­ries com­plo­tistes pour leur dé­mon­trer qu’il y avait une ré­cur­rence de cer­tains pro­cé­dés. » Une ini­tia­tive qui pour­ra être re­prise par d’autres en­sei­gnants après cette jour­née d’étude.

Cer­tains élèves pensent que les at­ten­tats de no­vembre ont été fo­men­tés par le gou­ver­ne­ment pour ap­pli­quer une po­li­tique sé­cu­ri­taire.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.