Des char­la­tans de poids

Pour ar­rê­ter de fu­mer ou comme al­ter­na­tive à l’anes­thé­sie, l’hyp­nose a fait ses preuves. Mais si le nombre de pra­ti­ciens aug­mente, les ar­naques aus­si. No­tam­ment celle de l’an­neau gas­trique vir­tuel.

20 Minutes (Toulouse) - - LA UNE - Laure Co­met­ti

«Min­cis­sez, je le veux… » L’hyp­nose a la cote. Elle a fait son en­trée et ses preuves dans les ser­vices d’anes­thé­sie des hô­pi­taux, mais aus­si dans les pro­grammes pour ar­rê­ter de fu­mer ou perdre du poids. Ces mé­thodes sé­duisent de plus en plus de per­sonnes en France, mais elles ne sont pas tou­jours sans dan­ger, comme le sou­ligne une note du Ser­vice cen­tral du ren­sei­gne­ment ter­ri­to­rial. Com­ment re­pé­rer les char­la­tans ? « L’hyp­nose spec­tacle, les avan­cées des neu­ros­ciences et le re­cours à l’hyp­nose en mi­lieu hos­pi­ta­lier » contri­buent à sa no­to­rié­té, ob­serve Ma­rie Ar­naud, hyp­no­thé­ra­peute de­puis trente ans et vice-pré­si­dente de l’Ins­ti­tut Mil­tonE­rick­son de Lyon. « Beau­coup d’écoles bi­don surfent sur cette ten­dance », et per­mettent à tout un cha­cun de se for­mer à l’hyp­nose en quelques jours, voire quelques heures. Ain­si, cet an­cien com­mer­cial au­to­mo­bile de Châ­teau­roux, ci­té dans la note des ser­vices de po­lice, re­con­ver­ti en spé­cia­liste de la pose d’an­neau gas­trique vir­tuel, l’une des « pra­tiques non conven­tion­nelles à visée thé­ra­peu­tique » dans le vi­seur des au­to­ri­tés. Ces der­nières se basent sur plu­sieurs si­gna­le­ments de « pseu­do-hyp­no­thé­ra­peutes » dont cer­tains, « no­mades », se dé­placent sur le ter­ri­toire afin d’évi­ter d’être re­pé­rés, pré­cisent les au­to­ri­tés contac­tées par 20 Mi­nutes. Mieux vaut se tour­ner vers des pro­fes­sion­nels mé­di­caux ou pa­ra­mé­di­caux ( mé­de­cins nu­tri­tion­nistes, in­fir­mières…) for­més à l’hyp­nose par des or­ga­nismes cer­ti­fiés comme l’Ins­ti­tut fran­çais d’hyp­nose (IFH) ou la Con­fé­dé­ra­tion fran­co­phone d’hyp­nose et de thé­ra­pies brèves (CFHTB). « Ces for­ma­tions durent au mi­ni­mum 300 heures, avec un mé­moire à rendre et des séances d’hyp­nose fil­mées et exa­mi­nées par un ju­ry », dé­taille Ma­rie Ar­naud. Elle met en garde contre les risques pour la san­té lorsque l’hyp­nose est mal uti­li­sée. « Une pa­tiente qui s’était dé­clen­chée d’épou­van­tables diar­rhées pour perdre du poids grâce un pro­to­cole d’au­to-hyp­nose ac­ces­sible sur In­ter­net a fi­ni à l’hô­pi­tal. »

Risques d’em­prise men­tale

« L’hyp­nose ne se sub­sti­tue pas à un trai­te­ment mé­di­cal », in­siste Sté­pha­nie Bo­den­rei­der, in­fir­mière anes­thé­siste à l’hô­pi­tal Ne­cker et di­plô­mée de l’IFH. Il faut donc se mé­fier des pra­ti­ciens qui vous conseillen­t d’ar­rê­ter tout autre trai­te­ment. « Chaque thé­ra­pie est per­son­na­li­sée et dé­bute obli­ga­toi­re­ment par une longue séance, sans hyp­nose, au cours de la­quelle l’hyp­no­thé­ra­peute et le pa­tient fixent en­semble des ob­jec­tifs réa­listes de perte de poids. » La po­lice s’in­quiète par ailleurs des risques d’em­prise men­tale. L’an­neau gas­trique hyp­no­tique re­lève pour elle d’« une manipulati­on qui ouvre la porte à toutes les dé­rives. Cer­tains pra­ti­ciens ex­pliquent le sur­poids par des an­té­cé­dents fa­mi­liaux, al­lant jus­qu’à créer de faux sou­ve­nirs chez le pa­tient pour l’en­traî­ner à cou­per les liens avec ses proches. » Se­lon la Mis­sion in­ter­mi­nis­té­rielle de vi­gi­lance et de lutte contre les dé­rives sec­taires (Mi­vi­ludes), en­vi­ron 40 % des si­gna­le­ments d’em­bri­ga­de­ment en France sont en re­la­tion di­recte avec le do­maine de la san­té.

« L’hyp­nose ne se sub­sti­tue pas à un trai­te­ment mé­di­cal. » Sté­pha­nie Bo­den­rei­der, in­fir­mière anes­thé­siste

Outre vi­der votre por­te­feuille, les pseu­do-thé­ra­peutes peuvent vous ma­ni­pu­ler.

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