L’in­tes­tin n’est plus un su­jet ta­bou et de­vient même un tube en li­brai­rie

Avan­cées de la re­cherche, prise de conscience et mar­ke­ting ont bri­sé un ta­bou au­tour de l’or­gane

20 Minutes (Toulouse) - - LA UNE - Ro­main Scot­to

La san­té com­mence par les in­tes­tins, Les Secrets de l’in­tes­tin, filtre de notre corps ou en­core L’in­tes­tin au se­cours du cer­veau. De­puis près de deux ans, la thé­ma­tique in­tes­ti­nale s’est im­plan­tée en li­brai­rie. Le ca­ca fait vendre et les livres s’écoulent « parce que ce­la in­té­resse beau­coup les lec­teurs », as­sure Anne Bon­voi­sin des édi­tions Ma­ra­bout. Tout a com­men­cé avec Giu­lia En­ders. Cette gas­tro-en­té­ro­logue a bri­sé un ta­bou en pu­bliant Le Charme dis­cret de l’in­tes­tin, un best-sel­ler ven­du à des mil­lions d’exem­plaires. En dis­ser­tant sur « l’art du bien chier », elle a su mettre des mots simples sur ce dont per­sonne n’osait par­ler. Pour Har­ry So­kol, gas­troen­té­ro­logue à l’hô­pi­tal Saint-An­toine à Pa­ris, cette pu­bli­ca­tion a per­mis à Mon­sieur Tout-le-monde de s’in­for­mer sur le su­jet : « Il y a eu des avan­cées en ce qui concerne le mi­cro­biote – an­cien­ne­ment ap­pe­lées flore in­tes­ti­nale. On a dé­cou­vert son rôle ma­jeur dans notre phy­sio­lo­gie et sur cer­taines ma­la­dies. » L’in­tes­tin, consi­dé­ré comme un « deuxième cer­veau », au­rait ain­si un lien di­rect avec le dé­ve­lop­pe­ment de cer­taines ma­la­dies neu­ro-dé­gé­né­ra­tives comme Alz­hei­mer, Par­kin­son, mais aus­si les troubles de l’hu­meur, l’au­tisme, la dé­pres­sion, le dia­bète ou l’obé­si­té. Le ventre contient pas moins de deux cents mil­lions de neu­rones qui veillent à la di­ges­tion et com­mu­niquent di­rec­te­ment avec le cer­veau. Pour le pro­fes­seur Jean-Marc Sa­ba­té, gas­tro-en­té­ro­logue à l’hô­pi­tal Mou­rier de Colombes (Hauts-de-Seine) et cher­cheur à l’In­serm, le dé­cryp­tage de ces mé­ca­nismes a aus­si per­mis d’amé­lio­rer la com­pré­hen­sion d’autres pa­tho­lo­gies, comme le syn­drome de l’in­tes­tin ir­ri­table. « Jus­que­là, on di­sait que ce genre de ma­la­dies était psy­cho­so­ma­tique, lié au stress. On di­sait aux pa­tients : ‘‘C’est dans votre tête’’, parce que leurs exa­mens et leurs prises de sang étaient nor­maux. » Dé­sor­mais, de nou­veaux trai­te­ments ap­pa­raissent. Cer­tains mé­de­cins uti­lisent l’hyp­nose, pré­co­nisent des ré­gimes et in­vitent les pa­tients à bou­le­ver­ser leur mode de vie. « Les gens savent main­te­nant qu’ils peuvent avoir un cer­tain contrôle sur leur san­té en soi­gnant leur ventre, em­braie la pro­fes­seure Fran­cis­ca Jo­ly, au­teure de L’In­tes­tin, notre deuxième cer­veau. Le grand pu­blic com­mence à se rendre compte de l’im­por­tance de cet or­gane, non pas pour di­gé­rer, mais pour res­ter en bonne san­té. On peut chan­ger les choses par l’ali­men­ta­tion, ce qui est à la por­tée de tout le monde. »

Le ventre contient deux cents mil­lions de neu­rones qui veillent à la di­ges­tion.

Les livres sur l’or­gane di­ges­tif se mul­ti­plient ces der­niers mois en li­brai­rie et dans les grandes en­seignes.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.