Ama­teurs d’en­quêtes

Les par­ti­cu­liers jouant les dé­tec­tives sur In­ter­net aident-ils réel­le­ment la po­lice?

20 Minutes (Toulouse) - - LA UNE - Flo­rence Floux

Avec la mé­dia­ti­sa­tion d’af­faires cri­mi­nelles hors norme, ils sont de plus en plus nom­breux à se prendre pour des po­li­ciers. Le Web est leur ter­rain de jeu.

C’est l’une des af­faires cri­mi­nelles les plus énig­ma­tiques de ces der­nières an­nées. Xa­vier Du­pont de Li­gon­nès, sus­pect nu­mé­ro 1 du meurtre de sa fa­mille, au­rait été aper­çu cette se­maine dans l’Al­lier, d’après France 3 Au­vergne. Il y a cinq ans, ce fait di­vers lan­çait le phé­no­mène contro­ver­sé des en­quê­teurs ama­teurs en France. « J’ai eu le dé­clic lorsque j’ai vu l’in­ter­view d’un des ex-col­lègues de Du­pont de Li­gon­nès. Il tra­vaillait sur In­ter­net », se sou­vient Ch­ris­tophe. Il en­tre­prend alors de re­tra­cer la vie nu­mé­rique du père de fa­mille et de sa femme. Une page Fa­ce­book est créée : Xa­vier Du­pont de Li­gon­nès, en­quête et dé­bat. « Le but était de sor­tir les choses et de pro­fi­ter de la mul­ti­pli­ca­tion des cer­veaux », pour­suit Ch­ris­tophe.

Risque de condam­na­tion

Aux Etats-Unis, les en­quê­teurs ano­nymes sur In­ter­net (ou « web sleuths ») sont lé­gion. Fa­ce­book, Twit­ter, Red­dit, 4Chan et bien sûr Webs­leuth.com… Presque chaque ré­seau so­cial pos­sède un groupe d’en­quêtes et/ou de dé­bats. « Tout reste confi­den­tiel », note Ma­ri­na Ty­men, qui a créé le groupe Fa­ce­book se­cret des #Av­geeks (avia­tion geeks), le­quel cherche à com­prendre les in­ci­dents aé­riens. La dif­fu­sion de cer­taines in­for­ma­tions peut en ef­fet « in­ter­fé­rer avec l’en­quête of­fi­cielle », sou­ligne le com­mis­saire Sté­phane Blin, chef de la sû­re­té dé­par­te­men­tale de Seine-etMarne. Et d’in­sis­ter : « Quand on prend connais­sance d’un élé­ment, il faut en in­for­mer les forces de l’ordre. » Ch­ris­tophe, lui, a tout ren­du pu­blic. « Lorsque j’ai dé­cou­vert le mes­sage d’Agnès Du­pont de Li­gon­nès sur le fait que son ma­ri avait par­lé de “tous mou­rir de­main”, ça m’a fait un choc. Je me suis po­sé la ques­tion d’en par­ler à la po­lice. Je ne l’ai fi­na­le­ment pas fait car je pen­sais qu’elle était dé­jà au cou­rant. » Ce qui n’était pas le cas. « On a par­fois af­faire à des per­sonnes qui ont une connais­sance très poin­tue des ou­tils in­for­ma­tiques, avec toute la ma­ni­pu­la­tion qui peut en dé­cou­ler », aver­tit le com­mis­saire Blin. En 2013, le double at­ten­tat de Bos­ton a don­né lieu à une chasse à l’homme vir­tuelle. L’homme dont le nom et la pho­to ont cir­cu­lé n’était en rien lié aux ter­ro­ristes. Mal­gré un mes­sage d’ex­cuses, sa fa­mille a craint pour sa sé­cu­ri­té jus­qu’à l’iden­ti­fi­ca­tion des deux frères Tsar­naev. Les risques existent donc. Condam­né à 1000 € avec sur­sis en jan­vier pour « re­cel de vio­la­tion du se­cret de l’ins­truc­tion », Ch­ris­tophe af­firme ne plus me­ner d’en­quête.

Les in­ter­nautes peuvent par­fois se faire ma­ni­pu­ler, au risque d’in­ter­fé­rer avec les en­quêtes de la po­lice.

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