L’après-ENA à l’étude

Po­li­tique La pres­ti­gieuse Ecole na­tio­nale d’ad­mi­nis­tra­tion est sur la sel­lette

20 Minutes (Toulouse) - - LA UNE - Delphine Ban­caud

La sup­pres­sion de l’Ecole na­tio­nale d’ad­mi­nis­tra­tion de­vrait être an­non­cée par Em­ma­nuel Ma­cron.

L’Ecole na­tio­nale d’ad­mi­nis­tra­tion (ENA), qui a vu le jour il y a soixante-qua­torze ans, vit-elle ses der­nières an­nées ? Se­lon le texte de l’al­lo­cu­tion que de­vait pro­non­cer Em­ma­nuel Ma­cron lun­di soir et qui a fui­té dans la presse, le chef de l’Etat se di­sait fa­vo­rable à un chan­ge­ment de « la for­ma­tion, la sé­lec­tion, les car­rières, en sup­pri­mant l’ENA et plu­sieurs autres struc­tures ». Une pers­pec­tive qui a mis le feu aux poudres chez les dé­fen­seurs de l’école si­tuée à Stras­bourg (lire ci-contre). « L’ENA a été créée pour de bonnes rai­sons : of­frir une for­ma­tion pour les hauts fonc­tion­naires, re­po­sant sur le prin­cipe de la mé­ri­to­cra­tie. S’il est urgent de ré­vo­lu­tion­ner le conte­nu de la for­ma­tion, il se­rait dom­mage de jeter le bé­bé avec l’eau du bain », es­time ain­si Ade­line Bal­dac­chi­no, au­teur de La Ferme des énarques (éd. Mi­cha­lon).

Re­cru­te­ment et for­ma­tion

Pour amé­lio­rer la mixi­té so­ciale dans une école ju­gée éli­tiste – « les lau­réats du concours ex­terne sont à 70 % des en­fants de CSP + », sou­ligne Luc Rou­ban, di­rec­teur de re­cherches au CNRS –, les mo­da­li­tés de re­cru­te­ment et le conte­nu de la for­ma­tion doivent évo­luer. « On pour­rait mettre en place, à cô­té du concours classique, des épreuves spé­ci­fiques, moins dis­cri­mi­nantes pour les jeunes is­sus de mi­lieux plus mo­destes », avance Da­niel Kel­ler, pré­sident de l’As­so­cia­tion des an­ciens élèves de l’ENA. En s’ins­pi­rant de ce que Ri­chard Des­coings a mis en oeuvre à Sciences po, en créant un re­cru­te­ment spé­ci­fique pour les élèves de REP (ré­seaux d’édu­ca­tion prio­ri­taire). Pour ce qui est de la for­ma­tion, Ade­line Bal­dac­chi­no constate qu’elle « re­pose sur­tout sur des confé­rences me­nées par des in­ter­ve­nants ex­té­rieurs. D’où une im­pres­sion de sau­pou­drage du conte­nu, qui vient re­dou­bler ce que l’on a ap­pris à Sciences po. Il fau­drait étof­fer le corps enseignant di­rec­te­ment at­ta­ché à l’école, avec des en­sei­gnants-cher­cheurs dis­pen­sant des cours spé­cia­li­sés en fonc­tion des dif­fé­rentes fi­lières (ad­mi­nis­tra­tion ci­vile ju­ri­dique, éco­no­mique, di­plo­ma­tique…). » Ade­line Bal­dac­chi­no plaide aus­si pour que « les élèves soient en­voyés en stage, par exemple, au ser­vice des vi­sas d’une pré­fec­ture, plu­tôt que de de­voir ré­di­ger un rap­port pour un grand mi­nis­tère, afin d’être da­van­tage en prise avec le réel ». Der­nière idée, de Luc Rou­ban, au su­jet de la sor­tie de l’ENA : « Les fonc­tion­naires pour­raient faire quelques an­nées dans une ad­mi­nis­tra­tion classique avant de pou­voir ac­cé­der aux grands corps [de l’Etat]. » Charge à Em­ma­nuel Ma­cron de le­ver, ou non, les in­quié­tudes du per­son­nel et des élèves.

L’ENA, à Stras­bourg, en 2013.

Dans son al­lo­cu­tion, qui a fui­té dans la presse, Em­ma­nuel Ma­cron de­vait an­non­cer, lun­di, la sup­pres­sion de l’ENA.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.