La pri­va­ti­sa­tion de la Fran­çaise des Jeux, un pa­ri ga­gnant ?

Lo­te­ries L’etat compte ré­duire sa part dans le ca­pi­tal de la so­cié­té, qui lui a pour­tant ap­por­té 90 mil­lions d’eu­ros de di­vi­dendes en 2017

20 Minutes (Toulouse) - - LA UNE - Catherine Abou El Khair

La pri­va­ti­sa­tion de la Fran­çaise des Jeux (FDJ) est en marche. Di­manche, le mi­nistre de l’eco­no­mie, Bru­no Le Maire, a an­non­cé qu’elle pour­rait dé­bu­ter «d’ici à la fin de l’an­née, sans doute avant la fois du mois de no­vembre». L’etat, qui dé­tient au­jourd’hui 72% du ca­pi­tal de la FDJ, compte en ef­fet ré­duire sa par­ti­ci­pa­tion à 20% au sein de l’or­ga­ni­sa­tion de lo­te­ries. Un re­trait qui va ré­duire à pro­por­tion les di­vi­dendes qu’il en per­çoit en tant qu’ac­tion­naire, et qui ont at­teint 90 mil­lions d’eu­ros en 2017.

Les ac­tions qui se­ront cé­dées à des in­ves­tis­seurs, mais aus­si à des par­ti­cu­liers, pour­raient rap­por­ter à l’etat jus­qu’à 1,5 mil­liard d’eu­ros. Une somme qui doit ali­men­ter le fonds consa­cré à l’in­no­va­tion et l’in­dus­trie lan­cé par le mi­nis­tère de l’eco­no­mie en 2018, do­té de 10 mil­liards d’eu­ros. Mais, à l’image d’aé­ro­ports de Pa­ris, dont la pri­va­ti­sa­tion an­non­cée fait po­lé­mique au point d’avoir sus­ci­té un pro­jet de ré­fé­ren­dum d’ini­tia­tive par­ta­gée, le re­trait par­tiel de l’etat de la FDJ peut in­tri­guer. En­core en 2019, le groupe an­non­çait un chiffre d’af­faires en pro­gres­sion, à 1,8 mil­liard d’eu­ros. Pour Ré­gis Jua­ni­co, dé­pu­té so­cia­liste de la Loire, dom­mage, donc, de «bra­der un pa­tri­moine na­tio­nal» au pro­fit d’in­ves­tis­seurs pri­vés.

Une va­leur sûre

L’etat, lui, met en avant la né­ces­si­té de se désen­det­ter et rap­pelle que la taxe sur les jeux d’ar­gent, qui conti­nue (et de­vrait conti­nuer) de s’ap­pli­quer à la FDJ, rap­porte bien da­van­tage que les di­vi­dendes (3,3 mil­liards d’eu­ros l’an pas­sé). Se­lon Ma­thieu Plane, éco­no­miste à l’ob­ser­va­toire fran­çais des conjonc­tures éco­no­miques, au lieu de conser­ver son ca­pi­tal dans une va­leur sûre telle que la FDJ, l’etat dé­cide de l’in­ves­tir dans un fonds pour l’in­no­va­tion dont les ren­de­ments – 200 à 300 mil­lions d’eu­ros, se­lon le gou­ver­ne­ment – de­vront être dé­mon­trés. Alors que l’etat sou­ligne que les pri­va­ti­sa­tions aident au désen­det­te­ment, Ma­thieu Plane es­time qu’il «au­rait mieux va­lu le­ver les 10 mil­liards d’eu­ros sur les mar­chés» plu­tôt que de cé­der son ca­pi­tal à la FDJ, pour at­teindre le même ob­jec­tif. Grâce aux taux d’in­té­rêt ac­tuel­le­ment né­ga­tifs, «ce­la lui coû­te­rait moins cher». Autre risque mis en avant : la dé­ré­gu­la­tion d’une ac­ti­vi­té jus­qu’ici en­ca­drée par l’etat pour sur­veiller, no­tam­ment, les phé­no­mènes d’ad­dic­tion au jeu. Un faux pro­cès, d’après le gou­ver­ne­ment, qui rap­pelle que la FDJ se­ra ré­gu­lée par l’au­to­ri­té des jeux en ligne. Mais pour l’éco­no­miste Ch­ris­tian Cha­va­gneux, la loi du mar­ché pour­rait re­prendre le des­sus. Les nou­veaux in­ves­tis­seurs «ne se­ront in­té­res­sés que si les pers­pec­tives de pro­fits sont crois­santes», sou­ligne-t-il sur le site Xer­fi. A terme, pour­suit-il, «deux voies sont of­fertes au gou­ver­ne­ment pour les ras­su­rer : aug­men­ter le taux de re­tour aux joueurs pour les in­ci­ter à mi­ser plus, avec des risques ac­crus d’ad­dic­tion. Ou bien ré­duire les pré­lè­ve­ments fis­caux sur les mises, ac­crois­sant les bé­né­fices et pous­sant à la hausse le cours de l’ac­tion, mais au prix de re­cettes fis­cales moindres pour l’etat.» L’etat pour­rait perdre sur les deux ta­bleaux.

La pri­va­ti­sa­tion, qui pour­rait in­ter­ve­nir en no­vembre, est vi­ve­ment cri­ti­quée.

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