Ques­tions de vie ou de mort

Un Gre­nelle s’ouvre, ce mardi, afin de lut­ter contre les vio­lences conju­gales, à l’ori­gine de 101 fé­mi­ni­cides de­puis le 1er janvier.

20 Minutes (Toulouse) - - LA UNE - Anis­sa Bou­me­diene

Faire re­cu­ler les vio­lences phy­siques ou sexuelles dont sont vic­times quelque 220000 femmes chaque an­née dans un cadre conju­gal, se­lon les don­nées of­fi­cielles : tel est l’en­jeu du Gre­nelle des vio­lences conju­gales, qui s’ouvre ce mardi à Ma­ti­gnon*. Pour me­ner à bien la réflexion et dé­ga­ger des so­lu­tions concrètes, la se­cré­taire d’etat char­gée de l’ega­li­té femmes-hommes, Marlène Schiap­pa, a convié en­vi­ron 80 ac­teurs : agents pu­blics, res­pon­sables as­so­cia­tifs, po­li­ciers, ma­gis­trats, proches de vic­times… Il y a ur­gence : de­puis le 1er janvier, en France, 101 femmes sont mortes, tuées par leur com­pa­gnon ou ex-com­pa­gnon. « Ce qui per­met­tra d’agir ef­fi­ca­ce­ment, c’est une ac­tion co­or­don­née, parce que les dif­fé­rents ac­teurs ne tra­vaillent pas en concer­ta­tion», a sou­li­gné la se­cré­taire d’etat. Et d’as­su­rer : «Chaque nou­velle po­li­tique pu­blique don­ne­ra lieu à un fi­nan­ce­ment dé­dié. »

For­ma­tions, re­cru­te­ments...

Avant ce­la, elle en­tend «faire en sorte que les dis­po­si­tifs exis­tants soient réel­le­ment uti­li­sés». Par­mi eux, le té­lé­phone grave dan­ger, peu at­tri­bué. Ou le dé­ploie­ment du «dis­po­si­tif élec­tro­nique de pro­tec­tion an­ti­rap­pro­che­ment» (De­par), pré­vu par la loi de­puis fé­vrier 2017, mais jamais tes­té en France. Le dé­ve­lop­pe­ment de l’hé­ber­ge­ment des vic­times ou en­core la for­ma­tion des po­li­ciers et gen­darmes – sou­vent ac­cu­sés de re­fu­ser d’en­re­gis­trer cer­taines plaintes – se­ront par­mi les prin­ci­paux points de réflexion. Par ailleurs, 73 psy­cho­logues de­vraient être re­cru­tés afin d’of­frir un ac­com­pa­gne­ment aux vic­times.

Pour l’heure, le bud­get consa­cré à la lutte contre les vio­lences conju­gales est es­ti­mé à 79 mil­lions d’eu­ros, se­lon un rap­port pu­blié fin 2018 par le Haut Conseil à l’éga­li­té (HCE). Mais, pour ce der­nier, c’est une en­ve­loppe an­nuelle de 506 mil­lions d’eu­ros qu’il fau­drait dé­blo­quer pour être ef­fi­cace. Le col­lec­tif #Noustoutes, qui ne par­ti­ci­pe­ra pas au Gre­nelle, ré­clame, lui, 1 mil­liard d’eu­ros. «Toute ins­tance de consul­ta­tion est utile et né­ces­saire», veut croire pour sa part Fran­çoise Brié, di­rec­trice gé­né­rale de la Fé­dé­ra­tion na­tio­nale Solidarité femmes (lire ci-contre). La pré­si­dente de la Fon­da­tion des femmes, Anne-cé­cile Mail­fert, elle, ap­pelle de ses voeux une jus­tice «plus ra­pide, co­or­don­née et ac­ces­sible, avec des ins­tances spé­cia­li­sées», dans une tri­bune pu­bliée par Le Pa­ri­sien. Des ap­pels en­ten­dus par Marlène Schiap­pa, qui pro­met que «ce Gre­nelle ne se­ra pas un coup d’épée dans l’eau ».

* Il doit s’ache­ver le 25 no­vembre et être dé­cli­né en « 91 Gre­nelles lo­caux ».

Lors d’une ma­ni­fes­ta­tion pour dé­non­cer les fé­mi­ni­cides à Pa­ris, di­manche.

Marlène Schiap­pa, se­cré­taire d’etat char­gée de l’ega­li­té femmes-hommes, au centre d’ap­pel 3919, fin 2017.

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