Des fiches de ren­sei­gne­ments... et de men­songes

Une cher­cheuse tou­lou­saine a pas­sé au crible les fiches de ren­sei­gne­ments que les pro­fes­seurs de­mandent aux élèves de rem­plir

20 Minutes (Toulouse) - - LA UNE - Hé­lène Mé­nal

« Pro­fes­sion des pa­rents, loisirs… » C’est LE ri­tuel de la ren­trée. Pour nouer le contact avec leurs élèves, beau­coup de pro­fes­seurs leur de­mandent – en­core – de rem­plir une fiche de ren­sei­gne­ments. Et la pra­tique n’est pas ano­dine, d’après Au­drey Mu­rillo, maî­tresse de confé­rences en sciences de l’edu­ca­tion. « Les pro­fes­seurs ont sou­vent conscience que les élèves peuvent être em­bar­ras­sés de ré­pondre à des ques­tions sur le contexte fa­mi­lial », ex­plique la cher­cheuse tou­lou­saine qui a dé­piau­té 758 ques­tion­naires ano­nymes qu’elle a fait pas­ser à des ly­céens puis me­né des en­tre­tiens avec cer­tains d’entre eux.

Son tra­vail pose sur­tout la ques­tion de la vé­ri­table uti­li­té des fiches de ren­sei­gne­ments. Car conscients qu’on a ja­mais deux fois l’oc­ca­sion de faire une bonne pre­mière im­pres­sion, 74 % de ses « confi­dents » lui ont avoué avoir pris des li­ber­tés avec la vérité sur au moins une ré­ponse au ques­tion­naire. « Ils n’ont pas for­cé­ment en­vie de men­tir mais pas for­cé­ment non plus en­vie de se li­vrer et de dire toute la vérité », sou­ligne Au­drey Mu­rillo.

Une vérité em­bel­lie

Les élèves sentent bien que la pro­fes­sion des pa­rents pèse lourd sur le ju­ge­ment que le pro­fes­seur va por­ter sur eux, alors ils dé­ploient des stra­té­gies. Comme cette jeune fille dont le père est agent d’en­tre­tien chez Air­bus. Elle a écrit : « em­ployé chez Air­bus ». Les loisirs aus­si donnent lieu à des ar­ran­ge­ments. Cette autre élève qui ve­nait de lire Cin­quante nuances de Grey a pré­fé­ré bien en­ten­du in­di­quer à sa prof de fran­çais le titre de son avant-der­nière lec­ture, plus conve­nable. Evi­dem­ment, tous les pro­fes­seurs ne sont pas dupes. Dans une étude pré- cé­dente, me­née avec des col­lègues de l’uni­ver­si­té de Tou­louse, Au­drey Mu­rillo a illus­tré le tact dont cer­tains font preuve : par exemple en se conten­tant de l’âge et d’un bref cal­cul mental pour sa­voir si l’élève a re­dou­blé plu­tôt qu’en l’obli­geant à l’écrire noir sur blanc. Elle est aus­si tom­bée, « une fois » sur « la tra­hi­son » par ex­cel­lence : « Un pro­fes­seur qui, sans avoir pré­ve­nu au préa­lable, s’est mis à lire et com­men­ter les fiches à haute voix »…

Les élèves savent qu’il est im­por­tant de faire bonne im­pres­sion.

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