Jus­tice

Le « pro­cès po­li­tique » pour­rait se re­tour­ner contre Mé­len­chon

20 Minutes (Toulouse) - - LA UNE - Laure Co­met­ti et Thi­baut Le Gal

La stra­té­gie a été dé­ci­dée il y a plu­sieurs mois par Jean-luc Mé­len­chon, pa­tron de La France in­sou­mise, et ses proches. Mon­trer que l’au­dience qui s’ouvre ce jeu­di à Bo­bi­gny (Seine-saint-de­nis) pour les in­ci­dents ayant émaillé la per­qui­si­tion du siège du par­ti en oc­tobre est «un pro­cès po­li­tique».

Le dé­pu­té des Bouches-du-rhône a lan­cé cette contre-at­taque lors de son voyage en Amé­rique la­tine cet été. Il a no­tam­ment ren­du vi­site à Lu­la, in­car­cé­ré pour cor­rup­tion de­puis avril 2018. L’ancien pré­sident bré­si­lien se dit vic­time d’un com­plot pour l’em­pê­cher de re­ve­nir au pou­voir. Des échanges de mes­sages, pu­bliés sur le site The In­ter­cept Bra­sil en juin, mettent en doute l’im­par­tia­li­té des pro­cu­reurs char­gés du dossier. Jean-luc Mé­len­chon écrit dé­but sep­tembre sur son blog : «Lu­la nous l’a dit : il n’y a pas d’is­sue ju­di­ciaire pour nous dans ce type de si­tua­tion. Au­cune naï­ve­té n’est pos­sible. Tout est po­li­tique et la ré­plique doit être aus­si po­li­tique et coû­teuse pour nos ad­ver­saires qu’elle l’est pour nous.» De­puis son re­tour en France, le tri­bun mul­ti­plie donc les confé­rences de presse et les sor­ties mé­dia­tiques pour dé­non­cer «la tac­tique du law­fare», c’est-à-dire «l’ins­tru­men­ta­li­sa­tion de la jus­tice pour éli­mi­ner les concur­rents po­li­tiques». «Ce qui se joue, dans ce pro­cès (…), c’est mon­trer qu’on vit dans un pays où les stan­dards dé­mo­cra­tiques ne sont pas à la hau­teur, avance Ra­quel Gar­ri­do, ex-porte-pa­role de LFI. Les in­sou­mis ne sont pas des gué­rille­ros, ils n’ont rien à faire de­vant un tri­bu­nal pé­nal. »

Les in­sou­mis ont donc op­té pour la stra­té­gie de l’af­fron­te­ment avec la jus­tice, l’exé­cu­tif et les mé­dias. Un choix po­li­tique ris­qué, car les images des per­qui­si­tions de l’au­tomne der­nier avaient été coû­teuses en ma­tière de po­pu­la­ri­té pour Jean-luc Mé­len­chon et avaient par­ti­ci­pé à l’échec de LFI aux eu­ro­péennes (6,31%). «On a été mau­vais en termes de com, concède une source proche du dossier Il fal­lait re­prendre la main : Mé­len­chon a in­té­gré le pro­cès à son ca­len­drier po­li­tique.» LFI es­père donc ti­rer pro­fit de la mé­dia­ti­sa­tion des au­diences, ac­cen­tuée avec l’ir­rup­tion d’eric Du­pond-mo­ret­ti, char­gé de la dé­fense des trois po­li­ciers plai­gnants. Les in­sou­mis pensent que l’im­pé­tueux avo­cat, ha­bi­tué des coups d’éclat, per­met­tra à Jean-luc Mé­len­chon et les autres pré­ve­nus de se po­ser en vic­times.

Res­ter au­dible

Mais le mou­ve­ment joue gros. « La vic­ti­mi­sa­tion ne cor­res­pond pas à ce qu’at­tendent les Fran­çais des per­son­na­li­tés po­li­tiques. Et la sé­quence du pro­cès can­ni­ba­lise tout, les pro­po­si­tions de LFI ne sont pas au­dibles», met en garde Frédéric Da­bi, di­rec­teur gé­né­ral ad­joint de l’ifop. «Si on veut ga­gner le pro­cès dans les urnes, la stra­té­gie po­li­tique, c’est très bien, ajoute un proche du dossier. Mais, pour ob­te­nir la re­laxe, c’est ris­qué.» En in­terne, on craint qu’une peine d’in­éli­gi­bi­li­té soit pro­non­cée contre Jean-luc Mé­len­chon. Ce qui pour­rait l’em­pê­cher d’être can­di­dat à la pré­si­den­tielle de 2022.

Le dé­pu­té com­pa­raît pour les in­ci­dents lors de la per­qui­si­tion du siège de LFI.

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