En mal de re­con­nais­sance, des mil­liers de pom­piers ré­clament plus d’ef­fec­tifs

Des mil­liers de sol­dats du feu ont dé­fi­lé à Pa­ris pour dé­non­cer, entre autres, le manque d’ef­fec­tifs

20 Minutes (Toulouse) - - LA UNE - Charles-edouard Ama Kof­fi

«At­ten­tion, ça va pé­ter!» pré­vient un pom­pier avant l’ar­ri­vée d’un cha­riot de pé­tards pous­sé par trois de ses col­lègues. Quelques se­condes plus tard, un bruit de bombe re­ten­tit sous les ac­cla­ma­tions de la foule. Ve­nus de toute la France, entre 5 000 et 10 000 sol­dats du feu, se­lon les syn­di­cats, ont dé­fi­lé dans le plus grand des va­carmes, mar­di, à Pa­ris. Au centre de leur co­lère, le manque d’ef­fec­tifs face à l’ex­plo­sion dé­non­cée des de­mandes de se­cours, mais aus­si un manque de re­con­nais­sance. Re­con­nais­sance, no­tam­ment, du fait que la pro­fes­sion de pom­piers est bien un «mé­tier à risque».

Des risques dé­mul­ti­pliés

«La prime de risque [de feu] n’a pas aug­men­té de­puis 1990 [elle stagne à 19% de leur sa­laire brut], peste Fré­dé­ric, pom­pier dans l’aisne. Nous vou­lons qu’elle soit ali­gnée sur la prime des po­li­ciers ou des égou­tiers, soit à 28% de notre sa­laire brut. » En août 2004, la loi de la mo­der­ni­sa­tion de la Sé­cu­ri­té ci­vile a re­con­nu le «ca­rac­tère dan­ge­reux» de la pro­fes­sion de pom­pier. Sans pour au­tant lui ac­cor­der un coup de pouce fi­nan­cier. Cette loi «était uni­que­ment sur de l’or­ga­ni­sa­tion­nel, pour­suit Fré­dé­ric. Pour les as­su­rances ou les mu­tuelles, notre pro­fes­sion est bien “à risque” et nous payons un ma­lus pour ache­ter une voi­ture, par exemple.»

En pa­ral­lèle, les condi­tions de tra­vail se dur­cissent : «Nous sommes ex­po­sés à des fu­mées toxiques ou à des pro­duits no­cifs. Là, vous voyez qu’il y a beau­coup de fu­mée, et c’est dif­fi­ci­le­ment sup­por­table. Mais, dans un in­cen­die, c’est bien pire», aver­tit Guillaume An­gla­da, re­pré­sen­tant du syn­di­cat au­to­nome des pom­piers de la Drôme. Fa­brice Per­rin, pré­sident du syn­di­cat au­to­nome Spas­dis-cftc, abonde, évo­quant les feux dans des ré­gions qui étaient épar­gnées jus­qu’alors, ce qui mul­ti­plie, là aus­si, les risques : «Nous sommes aus­si des vic­times du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. Et le seul ar­gu­ment que nous op­pose le gou­ver­ne­ment est le bud­get.»

Les pom­piers sont payés par les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales, mai­ries et dé­par­te­ments en tête. «Quand elles dé­passent de 1,2% leur masse sa­la­riale, elles re­çoivent une pé­na­li­té de l’etat, ex­plique Guillaume An­gla­da. C’est donc à l’etat de don­ner plus.» La ren­contre pré­vue mar­di après-mi­di entre une dé­lé­ga­tion in­ter­syn­di­cale de pom­piers et le mi­nis­tère de l’in­té­rieur a tour­né court. Une réunion à pro­pos des re­traites pour­rait avoir lieu le 6 no­vembre, in­dique Guillaume An­gla­da. Et de dé­plo­rer : «C’est du mé­pris, il n’y a pas d’autres mots. »

Dans le cor­tège, mar­di.

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