Ras le bol de mon pré­nom !

Bal­tha­zar, Peggy, Ke­vin... Cer­tains pré­noms sont tel­le­ment mar­qués par des sté­réo­types que de nom­breuses per­sonnes sou­haitent chan­ger le leur.

20 Minutes (Toulouse) - - LA UNE - Pro­pos re­cueillis par Del­phine Ban­caud

Les pa­rents savent-ils, au mo­ment où ils choi­sissent un pré­nom pour leur en­fant, l’in­fluence qu’il au­ra sur le cours de son exis­tence ? Dans La Science des pré­noms (Hé­lio­poles), qui vient de pa­raître, la cher­cheuse en psy­cho­lo­gie so­ciale et cog­ni­tive et pro­fes­seure as­so­ciée à HEC Pa­ris Anne-laure Sel­lier montre que cha­cun de nous est tou­ché par les sté­réo­types vé­hi­cu­lés par son pré­nom.

Sur quels cri­tères les pa­rents choi­sissent-ils un pré­nom ?

Il y a trois ten­dances. Les pa­rents qui choi­sissent un pré­nom ul­tra­clas­sique, comme Jean ou Marie. Une stra­té­gie re­fuge qui vise à fa­ci­li­ter la vie, avec un pré­nom in­dé­mo­dable. Ceux qui veulent un pré­nom ori­gi­nal ou créé de toutes pièces, ce qui est pos­sible de­puis la loi de 1993, qui a as­sou­pli la ré­gle­men­ta­tion dans ce do­maine. Une stra­té­gie de la dif­fé­rence adop­tée pour que l’en­fant vive sa pleine in­di­vi­dua­li­té. En­fin, cer­tains pa­rents choi­sissent un pré­nom juste parce qu’ils l’ont bien ai­mé.

Le fait d’avoir un pré­nom ori­gi­nal vat-il condi­tion­ner ce­lui qui le porte à avoir une per­son­na­li­té hors norme ?

On ne peut pas l’af­fir­mer, mais on peut dire que le pré­nom sculpte par­fois le com­por­te­ment. Car on va vou­loir se mettre à sa hau­teur et se confor­mer in­cons­ciem­ment aux sté­réo­types qu’il vé­hi­cule. Un Bal­tha­zar pour­ra vou­loir sor­tir des sen­tiers bat­tus en adop­tant une coupe de che­veux ou un look ori­gi­nal, par exemple, du fait de son pré­nom re­la­ti­ve­ment peu cou­rant.

Quels pré­ju­gés so­ciaux peuvent gé­né­rer un pré­nom ?

Plu­sieurs so­cio­logues, comme Bap­tiste Coul­mont, ont étu­dié la ré­cur­rence de pré­noms dans plu­sieurs mi­lieux so­ciaux. Cer­tains émergent dans les classes po­pu­laires et y res­tent, comme Ke­vin, par exemple. Le pré­nom de­vient alors un mar­queur so­cial qui peut gé­né­rer des mo­que­ries, voire des dis­cri­mi­na­tions à l’em­bauche.

Vous par­lez du spleen du pré­nom…

Quand elles en­tendent leur pré­nom, cer­taines per­sonnes ont l’im­pres­sion qu’on ap­pelle quel­qu’un d’autre, tant elles ont l’im­pres­sion qu’il ne leur cor­res­pond pas.

Dans quels cas cer­taines per­sonnes changent-elles de pré­nom ?

Ce pro­ces­sus peut avoir lieu chez des per­sonnes por­tant un pré­nom d’ori­gine étran­gère qui ont l’im­pres­sion d’être dis­cri­mi­nées et veulent un nom fran­çais. Ou l’in­verse, des per­sonnes d’ori­gine étran­gère à qui l’on a don­né un pré­nom du «ter­roir» et qui veulent un pré­nom re­flé­tant da­van­tage leurs ori­gines.

A nos lec­teurs. A vos montres et ré­veils ! Dans la nuit du sa­me­di 26 au di­manche 27 oc­tobre, nous pas­sons à l’heure d’hi­ver. Ain­si, à 3 h du ma­tin, il se­ra 2 h.

Anne-laure Sel­lier ex­plique dans son ou­vrage que cha­cun est tou­ché par les sté­réo­types vé­hi­cu­lés par son pré­nom.

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