Face aux té­moi­gnages des en­fants, l’ac­cu­sé flanche

L’exa­ni­ma­teur a re­con­nu les viols qu’il avait niés jus­qu’alors

20 Minutes - - GRAND PARIS - Vincent Van­ti­ghem

Ilan* prend une grande res­pi­ra­tion et ba­lance d’un trait : « J’ai­me­rais dire ce qu’il m’a fait. Ça a com­men­cé au CP. Un jour, on jouait dans la cour. Il m’a dit : “Viens! Viens!” Il m’a at­tra­pé par le bras. Il m’a pla­qué au sol dans les toi­lettes. Il m’a bais­sé le pan­ta­lon et il a mis son zi­zi dans mes fesses.» Entre ses deux avo­cats et sa mère, l’en­fant par­vient à je­ter un coup d’oeil en di­rec­tion de l’ac­cu­sé. Edouard de B. ne cille pas. Ju­gé pour viols et agres­sions sexuelles sur mi­neurs, l’ex-ani­ma­teur pé­ri­sco­laire de Cour­be­voie est res­té, mer­cre­di, comme lé­thar­gique pen­dant que cinq des quinze pe­tits plai­gnants dé­fi­laient à la barre de la cour d’as­sises des Hauts-de-Seine. Yoan, Abel, Gré­go­ry, Maxence et Ilan, donc. Des co­pains se ta­pant dans la main comme les rem­pla­çants d’une équipe de foot chaque fois que l’un d’entre eux entre sur le ter­rain ju­di­ciaire. Gré­go­ry : «Il m’a de­man­dé de mon­trer mon zi­zi. Si­non, il me fe­rait vi­rer de l’école. » Abel : « Un jour, il m’a dit d’al­ler sur un site. Ça s’ap­pe­lait Jac­quie et Mi­chel, je crois. C’était hor­rible. » Maxence : « Il m’ap­pe­lait “Sexy La­dy” et fai­sait des bruits d’amour quand il m’em­me­nait dans les toi­lettes. » Dans un dis­cours ap­pris vi­si­ble­ment en­semble, ils ont tous ré­cla­mé que l’ac­cu­sé «reste le plus long­temps pos­sible en pri­son». «Si c’est cinq ans [de pri­son], je se­rai en­core un ado­les­cent, a jus­ti­fié Maxence. Il fau­drait au moins at­tendre que je sois [de­ve­nu] un adulte [pour qu’il en sorte]. »

« Je sais le mal que j’ai fait »

A chaque té­moi­gnage, les pa­rents, ac­ca­blés de cha­grin, ne peuvent s’em­pê­cher de culpa­bi­li­ser. La ma­man d’Ilan ra­conte qu’elle a un jour of­fert des cho­co­lats à Edouard de B., car elle le trou­vait sym­pa­thique. « Je n’avais rien vu… Par­donne-moi», de­mande-t-elle à son fils. Un té­moi­gnage qui semble avoir fait flan­cher l’ac­cu­sé. D’une voix blanche, il a re­con­nu les faits de viols qu’il niait jus­qu’alors. «Je sais le mal que j’ai fait. Je sais qu’ils ne me par­don­ne­ront ja­mais. » Il en­court vingt ans de ré­clu­sion. Ver­dict ven­dre­di.

* Les pré­noms ont été chan­gés.

Les faits ont eu lieu à Cour­be­voie.

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