Mue par la cu­pi­di­té ou la culpa­bi­li­té ?

Alexan­dra Da­mien a es­sayé d’ex­pli­quer pour­quoi elle s’était fait pas­ser pour une vic­time des at­ten­tats du 13 no­vembre 2015

20 Minutes - - GRAND PARIS - Hé­lène Ser­gent

Sil­houette ché­tive et mains cram­pon­nées à la barre, Alexan­dra Da­mien a ten­té de dé­mê­ler, mar­di, de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Pa­ris, les fils du men­songe dans le­quel elle a som­bré au len­de­main des at­ten­tats du 13 no­vembre 2015. Pour­sui­vie pour es­cro­que­rie et faux té­moi­gnage, la jeune femme de 32 ans s’est oc­troyée pen­dant près de trois ans le faux sta­tut de vic­time du ter­ro­risme. « Je suis cou­pable, a-t-elle lâ­ché en pré­am­bule, le corps tour­né vers ses an­ciens com­pa­gnons, membres d’as­so­cia­tions de vic­times. Je viens en ex­pli­quer les rai­sons, je viens de­man­der par­don. Un par­don ne va pas ex­cu­ser, mais il peut être en­ten­du, et c’est pour ça que je suis là.» Alexan­dra Da­mien ne s’est ja­mais trou­vée à la ter­rasse du bar si­tué à quelques mètres de chez elle. « Ce soir-là, je de­vais re­joindre des connais­sances à la ter­rasse du Ca­rillon, je n’y suis pas al­lée. Je suis al­lée dans le 13e et j’ai eu connais­sance des évé­ne­ments tra­giques plus tard dans la nuit. J’ai por­té une culpa­bi­li­té que je porte au­jourd’hui en­core (…). Je ne sais pas si le tri­bu­nal pour­ra com­prendre ça, mais, si mes plans n’avaient pas chan­gé, si j’avais été en ter­rasse à ce mo­ment-là, peut-être que j’au­rais pu les sau­ver, et c’est une ques­tion qui me ta­raude.»

«Ap­pât du gain in­con­tes­table»

Un « pre­mier pas » sur le « che­min de la vé­ri­té » sa­lué par les avo­cats des par­ties ci­viles, mais in­suf­fi­sant au re­gard des nom­breuses dé­marches en­tre­prises par la jeune femme. Au fil des mois, la Pa­ri­sienne a conso­li­dé son sta­tut de vic­time et s’est rap­pro­chée de Life for Pa­ris et de l’As­so­cia­tion fran­çaise des vic­times du ter­ro­risme (AFVT). Ins­crite sur la liste unique des vic­times (LUV), elle a per­çu des pro­vi­sions d’in­dem­ni­sa­tion par le Fonds de ga­ran­tie des vic­times d’actes de ter­ro­risme (FGTI). Niant toute lo­gique « cu­pide » face aux juges, la jeune femme a ré­di­gé entre 2016 et 2017 dix lettres de re­lance et a été in­dem­ni­sée à hau­teur de 20 000 € pour « payer [s]on loyer, la vie quo­ti­dienne et par­tir en voyage». Plus tard, elle s’est lan­cée dans une ba­taille ad­mi­nis­tra­tive avec le fisc pour bé­né­fi­cier d’un dé­grè­ve­ment de l’im­pôt – ba­taille qu’elle rem­por­te­ra. «Du dé­but à la fin, il y a l’ar­gent dans ce dos­sier (…) On voit bien toute l’in­gé­nio­si­té dé­ve­lop­pée (…), ses pré­textes pour conti­nuer à être in­dem­ni­sée », a fus­ti­gé Jean-Fran­çois Lai­gneau, avo­cat pour le FGTI. Pen­dant plu­sieurs jours, Alexan­dra Da­mien bé­né­fi­cie­ra même d’un «voyage thé­ra­peu­tique» or­ga­ni­sé en Nor­man­die aux frais de l’AFVT. Un ap­pât du gain « in­con­tes­table » pour le par­quet qui a re­quis à l’en­contre de la pré­ve­nue dix-huit mois de pri­son ferme amé­na­geable. Le ju­ge­ment se­ra ren­du le 16 oc­tobre.

La pré­ve­nue pré­ten­dait être à la ter­rasse du Ca­rillon le soir des at­taques.

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