La crois­sance sur un faux plat

Cer­tains ex­perts doutent que les me­sures fis­cales créent une so­cié­té plus juste

20 Minutes - - ACTUALITÉ - Ni­co­las Raf­fin

Le gou­ver­ne­ment doit es­pé­rer que la se­maine se ter­mine. En plus du re­ma­nie­ment qui se fait at­tendre (lire ci-des­sous), on se ques­tionne sur sa po­li­tique me­née contre les in­éga­li­tés. Mar­di, l’In­see an­non­çait que le taux de pau­vre­té en 2017 était res­té stable (au­tour de 14 % de la po­pu­la­tion), no­tam­ment en rai­son de me­sures dé­fa­vo­rables aux mé­nages mo­destes, comme la baisse des 5 € d’APL. Jeu­di, l’Ob­ser­va­toire des in­éga­li­tés pu­bliait lui aus­si un rap­port sur l’état de la pau­vre­té. «L’éli­tisme so­cial fran­çais laisse trop de conci­toyens sur le bord de la route (…). Ceux qui pensent qu’on en fait trop, que l’on doit s’ex­ta­sier sur une poi­gnée de “pre­miers de cor­dées”, doivent l’as­su­mer clai­re­ment », as­sé­naient les au­teurs, re­pre­nant une mé­ta­phore d’Em­ma­nuel Ma­cron. Le 15 oc­tobre 2017, en pleine ex­pli­ca­tion de sa po­li­tique fis­cale, le chef de l’Etat avait lâ­ché : «Pour que notre so­cié­té aille mieux, il faut des gens qui réus­sissent (…). Si on com­mence à je­ter des cailloux sur les pre­miers de cor­dée, c’est toute la cor­dée qui dé­grin­gole.» Il dé­fen­dait deux me­sures d’al­lè­ge­ment fis­cal : la sup­pres­sion de l’im­pôt de so­li­da­ri­té sur la for­tune et la créa­tion de la «flat-tax». Un an plus tard, les pre­miers de cor­dée on­tils joué leur rôle ? Les éco­no­mistes sont di­vi­sés.

Pre­nons la « flat-tax » : la se­maine der­nière, Les Echos ré­vé­lait qu’elle a in­ci­té les en­tre­pre­neurs… à se ver­ser plus de di­vi­dendes. Pour Rayan Nez­zar, qui en­seigne l’éco­no­mie à Pa­risDau­phine et qui a par­ti­ci­pé à l’éla­bo­ra­tion du pro­gramme éco­no­mique d’Em­ma­nuel Ma­cron, ce n’est pas un mau­vais si­gnal. «Le ni­veau des di­vi­dendes re­vient à ce­lui d’avant-crise, c’est un signe de re­prise éco­no­mique. Par ailleurs, on ne peut pas ju­ger, au bout de quelques mois seule­ment, l’ef­fet d’une me­sure fis­cale. »

Sur le « long terme »

Dans une note fin sep­tembre, la Fon­da­tion Jean-Jau­rès es­ti­mait ce­pen­dant que la ré­forme de la fis­ca­li­té ne mè­ne­rait pas à un ac­crois­se­ment si­gni­fi­ca­tif de l’épargne, cen­sée ali­men­ter l’in­ves­tis­se­ment. « Si les mé­nages concer­nés épar­gnaient in­té­gra­le­ment les ré­duc­tions d’im­pôt, cette ré­forme en­gen­dre­rait 4,5 mil­liards d’eu­ros d’épargne sup­plé­men­taire, note le think-thank clas­sé à gauche. Il s’agi­rait d’un sur­croît d’épargne (0,3 point) re­la­ti­ve­ment mo­deste au re­gard des fluc­tua­tions ha­bi­tuelles du taux d’épargne. » Autre pro­blé­ma­tique : les au­teurs re­marquent que « tous les pla­ce­ments fi­nan­ciers sont fa­vo­ri­sés par la ré­forme, et pas seule­ment ceux des­ti­nés au ren­for­ce­ment des fonds propres des en­tre­prises ». En clair, ceux qui dé­tiennent des obli­ga­tions ou de l’or sont aus­si avan­ta­gés que ceux qui veulent in­ves­tir dans les PME. Pour Eric Pi­chet, pro­fes­seur à Kedge Bu­si­ness School, « la stra­té­gie de Ma­cron va por­ter ses fruits à moyen et long terme, car c’est une stra­té­gie de com­pé­ti­ti­vi­té fis­cale in­ter­na­tio­nale.» Le chef de l’Etat a d’ailleurs pro­mis de faire de la ré­duc­tion des in­éga­li­tés « sa prio­ri­té » lorsque la France pren­dra la tête du G7 en 2019. Ox­fam en doute. Dans son rap­port, l’ONG note que «la pro­tec­tion so­ciale uni­ver­selle et les re­traites sont re­mises en cause (…). La France pour­rait dé­grin­go­ler dans le clas­se­ment re­la­tif aux dé­penses so­ciales. »

Le pré­sident, ici au pic du Mi­di, a van­té les « pre­miers de cor­dée ».

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