20 Minutes

Nasser ouvre-toi, ou les chasseurs...

Le président du PSG, à la tête de l’Associatio­n européenne des clubs, est un fervent opposant à la Super Ligue

- William Pereira avec Aymeric Le Gall

D« Nasser a échangé le contournem­ent du fair-play financier contre son opposition ferme au projet de Super Ligue. »

ans deux semaines, Nasser Al-Khelaïfi fêtera sa première année à la tête de l’ECA, l’Associatio­n européenne des clubs. L’histoire ne dit pas s’il a prévu d’organiser une bringue pour célébrer le jour où il a condamné la Super Ligue au purgatoire. C’est que le boss du PSG est d’humeur festive. Prenez sa dernière idée pour donner un coup de jeune à la Ligue des champions, soumise à The Athletic : « Une cérémonie d’ouverture, avec un match lors de la soirée de lancement où le vainqueur affronte une grande équipe. » Un peu à l’image du Super Bowl, qu’il entend concurrenc­er.

Une suggestion comme une autre dans la droite lignée de ce qu’est la gouvernanc­e Al-Khelaïfi depuis un an. « Il donne facilement son opinion, sans utiliser trop de mots ni faire de détours pour expliquer ce qu’il aime ou pas, nous explique Daniel Rommedahl, directeur du football au FC Copenhague et membre du board de l’ECA. Nous, les moyens et petits clubs, on se sent un peu plus au même niveau que les grands clubs. » Un statut de grand seigneur que lui attribuent également les dirigeants du foot français, dans le cadre de l’accord entre la LFP et CVC Partners, deal où le PSG s’assoit sur 150 millions d’euros pour le bien de la nation. Pour une source en coulisses, il s’agit d’un écran de fumée : « Nasser a fait un troc, il a échangé le contournem­ent extrêmemen­t significat­if du fair-play financier, qui l’embêtait beaucoup depuis qu’il a recruté Neymar et Mbappé, contre son opposition ferme au projet de Super Ligue. » Dans la version actualisée du fairplay financier validée par l’ECA, le salary cap limitera les dépenses des clubs, en salaires notamment, à 70 % de leurs revenus, dans sa version aboutie, en 2025.

Les années précédente­s répondront à une période d’adaptation qui collent étonnammen­t à l’agenda du PSG, puisque les clubs pourront aller jusqu’à 90 % en 2023 et 80 % en 2024. Deux ans, c’est aussi la durée du nouveau contrat que proposerai­t le club à Kylian Mbappé. « Je pense que cette position anti-Super Ligue est un peu artificiel­le, poursuit notre source. Le moment venu, il sera d’accord avec ses grands collègues turinois et madrilènes. » La récente saillie du patron de l’ECA dans une interview à la BBC laisse entendre que cet hypothétiq­ue plot-twist n’est pas dans les tuyaux. « Il est question de trois clubs. Ils savent qu’il n’y a aucune chance. » Symbolique : le président de l’UEFA, Aleksander Ceferin, portait le même jugement moral, début mars, alors que les frondeurs pointaient à nouveau leur nez.

Fort de cette amitié de circonstan­ces, NAK n’hésite plus à bomber le torse en public. À la BBC, il raconte ce moment où, lors du dernier Real-PSG, « il a été très dur » avec le père de la Super Ligue, Florentino Pérez, pourtant désireux de renouer le dialogue. Al-Khelaïfi en petit frère des pauvres, il y a de quoi faire sourire notre détracteur. « Je sais bien qu’on est en période de campagne électorale, mais bon… Bientôt il va défendre le football des territoire­s. Personne n’y croit et tout le monde rigole. » Pas les dirigeants de clubs européens de second rang. « Je me sens secure par rapport à la Super Ligue, parce qu’il y a une très forte opposition au projet », assure Daniel Rommedahl. Sauf que, parmi les réformes soutenues par Nasser, celle de la nouvelle C1, horizon 2024, est loin du modèle communiste que le président parisien vend dans ses interviews. Voire cousine de cette Super Ligue qu’il combat.

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O. Koze / AFP Nasser Al-Khelaïfi, au service secret de sa majesté le football européen ?
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