His­pa­no bar­ro­co

Avec dé­li­ca­tesse, les ar­chi­tectes Luis La­place et Ch­ris­tophe Co­moy ont dé­co­ré une de­meure du xviiie siècle dans un es­prit ba­roque his­pa­nique très ac­tuel… lui ren­dant l’âme qu’elle avait per­due.

AD - - Le sommaire - conclut l’ar­chi­tecte.

Au Mexique, les ar­chi­tectes Luis La­place et Ch­ris­tophe Co­moy ont dé­co­ré une de­meure du e siècle dans un es­prit ba­roque his­pa­nique très ac­tuel.

De l’ex­té­rieur, c’est une grande de­meure toute simple à la fa­çade aus­tère au­tre­fois en pierres. À l’in­té­rieur, c’est une mai­son pri­vée, un pa­lais d’au­jourd’hui qui fait éga­le­ment of­fice de lieu de ré­cep­tion du­rant le fes­ti­val in­ter­na­tio­nal de ci­né­ma de la ville. Deux-mille cinq cents m2 com­pre­nant patio, sa­lons de ré­cep­tion, salle à man­ger, salles de gym­nas­tique et de mas­sage, pis­cine et ter­rasse de 1 000 m2 do­mi­nant la ca­thé­drale et un jar­din luxu­riant au coeur de la ville de Mo­re­lia. Trois ans de ré­no­va­tion réa­li­sée, pour le gros oeuvre, avec l’ar­chi­tecte mexi­cain Ch­ris­tian Gan­tous, en col­la­bo­ra­tion avec l’INAH ( Ins­ti­tu­to Nacional de An­tro­po­logía e His­to­ria), l’équi­valent des Mo­nu­ments his­to­riques au Mexique. La fine fleur des ar­ti­sans lo­caux spé­cia­li­sés dans le tra­vail des boi­se­ries, des pierres, des cé­ra­miques, des tis­sus – à no­ter, les su­blimes fresques mu­rales réa­li­sées par Jose Ro­ber­to So­to – a donc as­su­ré la ré­no­va­tion de ce bâ­ti­ment clas­sé sans ja­mais som­brer dans le pas­tiche. « Il s’agis­sait de tra­vailler sur la mémoire d’un lieu, c on­firme L uis

La­place, de ré­cu­pé­rer une his­toire pour en créer une nou­velle, et re­don­ner une âme à l’en­semble, sans ja­mais rien im­po­ser. » De nou­velles cloi­sons ont été créées, la cir­cu­la­tion a été re­pen­sée et des élé­ments dé­co­ra­tifs ont été ajou­tés dans le style ba­roque es­pa­gnol, tel l’en­ca­dre­ment de cer­taines portes.

Évi­ter l’écueil anec­do­tique

La pas­sion de Luis La­place pour l’art, le fait main, et pour les ma­tières fra­gi­li­sées par le temps lui vient de son ar­rière-grand-mère ma­ter­nelle, Ana La­place, ar­tiste et bro­deuse, qui lui a com­mu­ni­qué l’amour du beau. Son goût des lignes ra­di­cales, des cou­leurs fortes et des at­mo­sphères sur les­quelles plane une élé­gance sans âge est né en­suite de son in­té­rêt pour la Sé­ces­sion vien­noise, la pein­ture de So­nia De­lau­nay, la sculp­ture contem­po­raine et la pho­to (son pre­mier achat fut un livre de Ro­bert Map­ple­thorpe en­fer­mant un por­trait de Louise Bour­geois), et, cô­té ar­chi­tec­ture, pour les tra­vaux d’Adolf Loos, le mo­der­nisme sud-amé­ri­cain, le mou­ve­ment bru­ta­liste… Pa­ral­lè­le­ment à cer­taines pièces de mo­bi­lier qui ont été chi­nées dans des ga­le­ries d’an­ti­qui­tés et de de­si­gn d’Amé­rique du Sud, mais en grande ma­jo­ri­té pa­ri­siennes (Le Sept, Pierre Bé­nard et Xa­vier Chol­let au mar­ché Paul Bert Ser­pette, la ga­le­rie Down­town, Es­pace Lu­mière…), de nom­breuses pièces ont été spé­cia­le­ment des­si­nées pour le lieu par le bu­reau La­place Bes­poke. « Pour évi­ter de tom­ber dans le mo­bi­lier es­pa­gnol an­cien pit­to­resque et anec­do­tique, nous avons tra­vaillé dans un es­prit Art dé­co plus uni­ver­sel. Et tout ce­la à par­tir d’un énorme tra­vail de do­cu­men­ta­tion et de re­cherche his­to­rique car il s’agit tou­jours, dans ce type de ré­ha­bi­li­ta­tion, de rai­son­ner à par­tir d’un contexte ini­tial » , ex­pliquent Luis La­place et Ch­ris­tophe Co­moy, qui ont en­core une fois réa­li­sé un re­mar­quable tra­vail d’en­sem­bliers. Contexte d’au­tant plus im­por­tant que cette de­meure co­lo­niale du xviiie siècle a v u naître un conspi­ra­teur cé­lèbre du pays, Don Ma­ria­no Mi­che­le­na, qui s’est bat­tu pour l’in­dé­pen­dance du Mexique en 1809. C’est sans doute ce cô­té un peu sul­fu­reux qui a sé­duit Ale­jan­dro Ramí­rez Ma­gaña (fon­da­teur de Ci­né­po­lis, plus grande chaîne de ci­né­ma du pays), et pour le­quel le duo a dé­jà réa­li­sé les ap­par­te­ments de New York et de Pa­ris. L’homme d’af­faires mexi­cain est tom­bé sous le charme de ce qui était de­puis quelques an­nées presque une ruine. L’autre ef­fet de la ré­no­va­tion fut de va­lo­ri­ser un quar­tier au coeur de Mo­re­lia qui s’était énor­mé­ment pau­pé­ri­sé dans les an­nées 1980. Outre la de­meure pri­vée, la ré­ha­bi­li­ta­tion des par­ties pu­bliques, éga­le­ment exé­cu­tée par Luis La­place et Ch­ris­tophe Co­moy, s’est éten­due aux ar­cades ex­té­rieures de la de­meure abri­tant au­jourd’hui la li­brai­rie Ca­fé Mi­che­le­na, le res­tau­rant La Cons­pi­ra­ción de 1809, et la bou­lan­ge­rie For­tu­na­ta y Ja­cin­ta « qui fait des pe­tits pains au lait aus­si bons, voire meilleurs, qu’à Pa­ris »

Serge Gleizes TEXTE Ba­bi Carvalho PHO­TOS

LE PATIO DE LA CA­SA MICHELINA, et au fond, le clo­cher de la ca­thé­drale Saint-Sau­veur de Mo­re­lia. DANS LE SA­LON DU PATIO, der­rière une ban­quette et des ta­bou­rets en bam­bou ha­billés de tis­su (Pierre Frey), un pan­neau dé­co­ra­tif en bois do­ré ( ga­le­rie...

DANS LA SALLE À MAN­GER, au- des­sus d’un buf­fet en pin chi­né, un bou­geoir en cé­ra­mique. Les fresques mu­rales sont de Jose Ro­ber­to So­to, des­si­nées par Luis La­place.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.