Sea, teck and sun

AD - - Le sommaire - Ni­co­las Mi­lon TEXTE Thi­baut Ma­thieu RÉA­LI­SA­TION Ju­lien Op­pen­heim PHO­TOS

À Port-Gri­maud, un voi­lier de mètres aux formes mi­ni­ma­listes, si­gné par l’ar­chi­tecte na­val Ger­man Frears, at­tire tous les re­gards.

À Port-Gri­maud, le Sas­kia Too, un voi­lier de 18 mètres aux formes mi­ni­ma­listes créé par l’ar­chi­tecte Ger­man Frers, at­tire les re­gards. Dans un sou­ci d’ef­fi­ca­ci­té et de lé­gè­re­té, seuls la fibre de car­bone et le teck, ou presque, ont droit de ci­té. Le ré­sul­tat est bluf­fant.

Tout a com­men­cé par une pro­messe de Pierre Prin­giers, un en­tre­pre­neur belge, à sa com­pagne Sas­kia, ar­tiste : « Je vais te construire un ba­teau hy­per mo­derne, beau, noir, en car­bone. » Noir, la cou­leur fa­vo­rite de Sas­kia. Nous sommes au dé­but des an­nées 2000. Tous deux ont en com­mun la pas­sion du de­si­gn et de la voile. Leur pre­mier ba­teau, tout en bois, ils l’avaient ac­quis au vi­rage de la tren­taine. Ils pos­sèdent de­puis vingt-deux ans un yacht tout aus­si clas­sique et en bois, ayant ap­par­te­nu à l’an­cien Pre­mier mi­nistre bri­tan­nique Ed­ward Heath, « un grand “voi­leux” lui aus­si ». Entre-temps, Pierre et Sas­kia se sont ins­tal­lés au Sri Lan­ka. Pierre Prin­giers dé­cide de re­vendre ce ba­teau clas­sique pour un voi­lier plus ac­tuel. « Nous ai­mons la voile, mais nous ne sommes pas des fa­na­tiques de tours du monde, nous vou­lions un ba­teau sim­ple­ment beau et per­for­mant, ra­conte l’in­dus­triel. Le chal­lenge était de créer un yacht avec le­quel nous pour­rions na­vi­guer tous les deux seuls. » Le couple ren­contre alors Ger­man Frers, l’un des cinq meilleurs ar­chi­tectes na­vals du mo­ment. Il rend sa co­pie, le couple est en­thou­siaste : le Sas­kia Too tu­toie­ra les 18 mètres mais au­ra la puis­sance et une sur­face de voi­lure si­mi­laires aux ba­teaux qui dis­putent la Coupe

de l’Ame­ri­ca. Un ba­teau bar­dé de contrôles élec­tro­niques, « afin de pou­voir maî­tri­ser la bête quand il y a du vent, car il est très plat ». Pour évi­ter un cô­té « ca­ra­vane sur l’eau », Ger­man Frers a com­pri­mé son des­sin. Le yacht est donc ha­bi­table, mais me­su­ré. Le couple en­gage aus­si Nick Top, de la so­cié­té Top Mou­ton, ain­si que leur fils Ja­cob, de­si­gner, pour la par­tie in­té­rieure. Le de­si­gn et la construc­tion du­re­ront près de deux ans. « Je re­ve­nais du Sri Lan­ka vers la France toutes les cinq se­maines pour des réunions de mise au point, se sou­vient

Pierre Prin­giers. Par­fois avec Sas­kia, qui a sui­vi l’amé­na­ge­ment et le de­si­gn ex­té­rieur du ba­teau. Ce fut une pé­riode pas­sion­nante pour nous. » La construc­tion ré­clame des ma­té­riaux nou­veaux pour l’époque, comme de la fibre de car­bone pour les struc­tures, les mousses struc­tu­relles et les voiles. Des tech­no­lo­gies der­nier cri qui de­vien­dront un clas­sique dans l’ère des yachts mo­dernes. « Mais c’est aus­si un ba­teau très près de la na­ture, où le contact avec l’eau est im­por­tant, pré­cise Pierre Prin­giers. Comme il n’est pas sur­éle­vé, on peut pra­ti­que­ment lais­ser traî­ner les pieds dans l’eau quand on na­vigue. »

Moins, c’est plus

Ger­man Frers, qui a lan­cé la ten­dance des ba­teaux « mi­ni­ma­listes » pour les so­cié­tés Swan et Wal­ly, di­vise l’ar­chi­tec­ture en plu­sieurs sec­tions pour qu’en ré­gate, par exemple, les ma­noeuvres ne gênent pas les pas­sa­gers si­tués au mi­lieu du yacht. Il y a d’ailleurs →

moins de bouts (ou cor­dages) sur le Sas­kia Too que sur des voi­liers clas­siques. Le toit si par­ti­cu­lier est à mettre au cré­dit de Nick Top qui, sou­hai­tant évi­ter l’ef­fet « coffre de toit au­to », s’ins­pire des bom­bar­diers de la Se­conde Guerre mon­diale dont les cock­pits com­por­taient des vi­trages frac­tals. Il ima­gine des pan­neaux en Plexi­glas « dont le ren­du est spec­ta­cu­laire, tant à l’ex­té­rieur qu’à l’in­té­rieur, comme une ver­rière », ex­plique Pierre Prin­giers.

Beau­té et lé­gè­re­té

À l’in­té­rieur, il réa­lise un vrai tour de force, car une fois l’ar­chi­tec­ture ache­vée, le poids sup­plé­men­taire au­to­ri­sé pour l’amé­na­ge­ment com­plet ne doit pas ex­cé­der 150 kg. Ce qui ex­plique un mi­ni­ma­lisme pous­sé à l’ex­trême : com­pa­ré à d’autres ba­teaux, la peau ex­terne du Sas­kia Too est aus­si sa peau in­terne, il n’y a pas de faux fond ou de faux pla­fond, et un seul bois est uti­li­sé : le teck. « Tra­vailler avec des ar­chi­tectes de ce ni­veau est ex­cep­tion­nel, conclut Pierre Prin­giers. Car on sent, lors de la prise en main du Sas­kia Too, que sa concep­tion et sa réa­li­sa­tion sont par­faites. C’est tou­jours un plai­sir de pro­fi­ter de la pré­ci­sion de cette ma­gni­fique créa­tion. » Si l’on dit que le diable est dans les dé­tails, l’émer­veille­ment, aus­si, se cache dans les dé­tails.

DANS LA PAR­TIE HA­BI­TA­TION, la dé­co­ra­tion est mi­ni­ma­liste. Ac­ces­soires de salle de bains ( Tom Dixon au Bon Mar­ché Rive Gauche), sa­von (Seem­soap).LE PLA­FOND EN PLEXI­GLAS, spec­ta­cu­laire, ap­porte une grande lu­mi­no­si­té à la zone de vie pour un poids conte­nu.

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