Eco­no­mistes, his­to­riens : qui écrit l’his­toire de la mon­dia­li­sa­tion ?

Alternatives Economiques - Hors-Série - - Analyse -

Pré­tendre écrire l’his­toire de la mon­dia­li­sa­tion éco­no­mique pose d’em­blée de re­dou­tables

ques­tions de mé­thode. Et c’est sans doute un eu­phé­misme de dire qu’en la ma­tière, his­to­riens et éco­no­mistes sont sur deux pla­nètes dif­fé­rentes. Pour les pre­miers, il existe très cer­tai­ne­ment une mon­dia­li­sa­tion ibé­rique, dès la fin du XVIe siècle, voire des sys­tè­mes­monde en­core plus an­ciens, par exemple à l’époque où l’em­pire mu­sul­man et la dy­nas­tie chi­noise des Tang struc­tu­raient l’es­sen­tiel du conti­nent eur­asia­tique, entre VIIe et Xe siècles. Les éco­no­mistes sont d’ha­bi­tude plus cir­cons­pects, iden­ti­fiant une pro­gres­sion pla­né­taire du mar­ché et une sy­ner­gie ori­gi­nale entre ca­pi­taux, en­tre­prises et ter­ri­toires de­puis le mi­lieu des an­nées 1980 seule­ment, ac­cep­tant tout juste l’idée d’une phase ana­logue, entre 1860 et 1914. Tout est évi­dem­ment ques­tion de dé­fi­ni­tion.

Pour le géo­his­to­rien Ch­ris­tian Gra­ta­loup ( 1), qui s’est confron­té à ces pro­blèmes pré- cis, il y au­rait lieu de dis­tin­guer entre deux phé­no­mènes, donc aus­si entre deux concepts. La « glo­ba­li­sa­tion » pour­rait tra­duire une cer­taine ex­pan­sion ou une di­la­ta­tion de l’es­pace des échanges entre po­pu­la­tions dif­fé­rentes, al­lant éven­tuel­le­ment jus­qu’à sa­tu­rer le globe.

En contre­point, la « mon­dia­li­sa­tion » ver­rait en plus se créer des liens so­ciaux struc­tu­rants à l’échelle de cet es­pace glo­ba­li­sé ; elle ver­rait se consti­tuer un « monde » , au sens d’une « so­cié­té » , dans cette aire di­la­tée par les échanges. On ar­ti­cu­le­rait ain­si la a glo­ba­li­sa­tion, phé­no­mène spa­tial pa­tial ou géo­gra­phique, et la mon­dia­li­sa­tion, phé­no­mène so­cia­le­ment struc­tu­rant. truc­tu­rant. Si on ac­cepte cette ap­proche, la dif­fé­rence entre his­to­riens et éco­no­mistes de­vient plus claire. Les se­conds n’ap­pel­le­raient « mon­dia­li­sa­tion » qu’une ex­ten­sion qua­si pla­né­taire des échanges, ac­com­pa­gnée d’une pro­gres­sion du lien so­cial marchand, de la construc­tion d’une so­cié­té de mar­ché à l’échelle de la pla­nète. Les pre­miers, eux, par­le­raient de mon­dia­li­sa­tion dès que l’ex­ten­sion glo­bale des échanges « fe­rait so­cié­té », quelle que soit la na­ture de cette der­nière.

1. Faut- il pen­ser au­tre­ment l’his­toire du monde ?, Ar­mand Co­lin, 2011.

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