Der­rière la baisse du chô­mage, des tra­vailleurs pré­ca­ri­sés

L’ho­ri­zon s’éclair­cit sur le front de l’em­ploi. Mais le nombre de ceux qui exercent une ac­ti­vi­té ré­duite ex­plose, du fait des contrats très courts.

Alternatives Economiques - Hors-Série - - Sommaire - SAN­DRINE FOU­LON

L’an­née 2016 a en­re­gis­tré 187 200 créa­tions nettes d’em­plois, le meilleur cru de­puis la crise de 2007, et la ten­dance à la hausse se confirme pour 2017. Ré­sul­tat : la courbe du chô­mage a dou­ce­ment fi­ni par s’in­ver­ser (voir pages 15 et 16). Pour au­tant, tous les de­man­deurs d’em­ploi ne sont pas lo­gés à la même en­seigne. Certes, le nombre de chô­meurs de ca­té­go­rie A (ceux qui n’ont pas du tout de tra­vail) baisse, mais ce­lui des chô­meurs des ca­té­go­ries B et C (ceux qui exercent une ac­ti­vi­té ré­duite) a tri­plé de­puis 1990 : + 80 % de­puis 2009. Ils sont près de 2 mil­lions – un peu moins d’un de­man­deur d’em­ploi in­dem­ni­sable sur deux – à en­chaî­ner contrats à du­rée dé­ter­mi­née (CDD), temps par­tiels et mis­sions d’in­té­rim, tout en res­tant ins­crits à Pôle em­ploi. Une ac­ti­vi­té « ré­duite » qui porte d’ailleurs as­sez mal son nom : les « C » sont de plus en plus nom­breux à tra­vailler l’équi­valent d’un temps plein.

Ces chô­meurs qui cu­mulent sa­laire et al­lo­ca­tion chô­mage, pour 1 240 eu­ros men­suels nets en moyenne, es­pèrent pour beau­coup « trou­ver mieux ». Ces ca­té­go­ries sont ré­vé­la­trices du sous-em­ploi et de la mau­vaise qua­li­té des postes pro­po­sés. C’est aus­si une fa­çon de me­su­rer les em­plois su­bis plu­tôt que les choi­sis. Chô­meurs de longue du­rée, peu di­plô­més, femmes en couple avec en­fants, in­ter­mit­tents et in­té­ri­maires sont les abon­nés les plus fi­dèles à l’ac­ti­vi­té ré­duite.

S’il n’est pas avé­ré que les en­tre­prises abusent de ce dis­po­si­tif pour bé­né­fi­cier d’une maind’oeuvre in­ter­mit­tente, il est cer­tain qu’il est plus avan­ta­geux que le chô­mage par­tiel. Dans le pre­mier cas, les heures non tra­vaillées sont en­tiè­re­ment fi­nan­cées par l’as­su­rance chô­mage. Dans le se­cond, l’en­tre­prise prend en charge une par­tie du sa­laire de la per­sonne quand elle ne tra­vaille pas. Alors que le re­cours aux contrats courts se pour­suit, les règles de l’ac­ti­vi­té ré­duite, cen­sées fa­vo­ri­ser le re­tour à l’em­ploi, mé­ri­te­raient sans doute un toi­let­tage.

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