Que font les en­tre­prises de leurs pro­fits ?

Après avoir for­te­ment ré­duit, après 2008, la ré­mu­né­ra­tion des ac­tion­naires pour pré­ser­ver l’ou­til de pro­duc­tion, les en­tre­prises semblent re­nouer avec les mau­vaises ha­bi­tudes.

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Les arbres montent-ils jus­qu’au ciel ? Au pre­mier se­mestre 2017, les en­tre­prises du CAC 40 – l’in­dice bour­sier re­grou­pant les 40 plus grosses ca­pi­ta­li­sa­tions fran­çaises – ont en­gran­gé 51,3 mil­liards d’eu­ros de bé­né­fices. A ce rythme, elles pour­raient cre­ver le pla­fond des 100 mil­liards d’eu­ros pour l’en­semble de l’exer­cice, dé­pas­sant ain­si les ré­sul­tats de 2016 (75,5 mil­liards), mais aus­si le re­cord de 2007 (96 mil­liards). La crise pa­raît ain­si ef­fa­cée pour les fleu­rons du ca­pi­ta­lisme fran­çais. Si ces der­niers ne sau­raient ré­su­mer à eux seuls l’éco­no­mie fran­çaise, ils en sont ce­pen­dant un mo­teur im­por­tant. D’où la ques­tion de sa­voir à quoi servent leurs pro­fits.

A par­tir des an­nées 1980, les grandes en­tre­prises fran­çaises se sont fi­nan­cées de plus en plus au­près des mar­chés fi­nan­ciers, par le biais d’émis­sions d’ac­tions. En consé­quence, elles ont consa­cré jus­qu’à la crise de 2008 une part crois­sante de leurs pro­fits à ré­mu­né­rer leurs ac­tion­naires sous forme de di­vi­dendes. Et ce, au dé­tri­ment de l’in­ves­tis­se­ment et de l’em­ploi. Le mou­ve­ment de re­tour à des po­li­tiques de dis­tri­bu­tion de di­vi­dendes plus rai­son­nables, ob­ser­vé de­puis la crise, semble au­jourd’hui stop­pé et les ana­lystes an­ti­cipent des ver­se­ments plus éle­vés dans les an­nées à ve­nir. Dans ces condi­tions, les ef­forts du pré­cé­dent gou­ver­ne­ment pour re­gon­fler les marges des en­tre­prises grâce au cré­dit d’im­pôt pour la com­pé­ti­ti­vi­té et l’em­ploi (Cice), afin qu’elles in­ves­tissent, ap­pa­raissent vains. Les firmes semblent pré­fé­rer uti­li­ser leurs dis­po­ni­bi­li­tés pour ra­che­ter d’autres en­tre­prises. Par ailleurs, ces ef­forts, qui se­ront pé­ren­ni­sés par la nou­velle ma­jo­ri­té, pour­raient bien être an­nu­lés par la cure d’aus­té­ri­té qu’elle en­tend mettre en place : comme le rap­pelle l’éco­no­miste Tho­mas Dal­le­ry, les dé­penses pu­bliques ne consti­tuent pas qu’une « charge » pour les en­tre­prises, elles viennent aus­si ali­men­ter leurs pro­fits. Le gou­ver­ne­ment se­rait avi­sé de ne pas l’ou­blier.

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