L’Eu­rope n’est pas sor­tie d’af­faire

L’éco­no­mie eu­ro­péenne va mieux mais la zone eu­ro n’est pas au bout de ses peines. La mau­vaise ges­tion de l’après-crise a en ef­fet ac­cru ses pro­blèmes struc­tu­rels.

Alternatives Economiques - Hors-Série - - Sommaire - GUILLAUME DU­VAL

L’ac­ti­vi­té éco­no­mique a re­pris dans la zone eu­ro et l’ac­tua­li­té n’est plus ryth­mée par la suc­ces­sion des som­mets de crise, comme ce­la a été ré­gu­liè­re­ment le cas entre 2008 et 2016. Mais ce calme ap­pa­rent est trom­peur. La crise et ses suites ont en ef­fet ag­gra­vé les écarts entre les ni­veaux de vie au sein de la zone eu­ro, ef­fa­çant no­tam­ment les pro­grès vers une cer­taine conver­gence qui avaient pu être en­re­gis­trés entre 2000 et 2008. Un phé­no­mène qui touche par­ti­cu­liè­re­ment l’Ita­lie, la Grèce ou en­core le Por­tu­gal. Tan­dis qu’a contra­rio l’Al­le­magne mais aus­si et sur­tout des pa­ra­dis fis­caux comme le Luxem­bourg ou l’Ir­lande conti­nuent de s’en­ri­chir.

Les mi­gra­tions in­ternes qui se sont pro­duites suite à la crise de 2008 rendent ces ten­dances dif­fi­ci­le­ment ré­ver­sibles, en l’ab­sence de trans­ferts fi­nan­ciers si­gni­fi­ca­tifs. Les pays du sud et de l’est de l’Eu­rope se trouvent en ef­fet pri­vés de leur jeu­nesse qua­li­fiée, ce qui han­di­cape leur ca­pa­ci­té de re­dres­se­ment fu­ture.

De plus, la ques­tion des dettes pu­bliques est très loin d’être ré­glée parce que les po­li­tiques trop res­tric­tives me­nées de­puis 2010 ont em­pê­ché que les ni­veaux d’en­det­te­ment se ré­duisent sen­si­ble­ment dans les pays les plus en­det­tés. Dans ces condi­tions, l’ar­ri­vée au pou­voir en Ita­lie d’un gouvernement eu­ros­cep­tique risque fort de re­lan­cer la crise de la zone eu­ro.

En­fin, les po­li­tiques dé­fla­tion­nistes me­nées en Eu­rope de­puis 2010 ont en­gen­dré un grave dés­équi­libre ex­té­rieur : la zone eu­ro dé­gage ac­tuel­le­ment un ex­cé­dent ex­té­rieur de 390 mil­liards d’eu­ros par an. Ce qui si­gni­fie que nous pour­rions sans pro­blème dé­pen­ser 390 mil­liards de plus chaque an­née dans la zone eu­ro pour li­mi­ter la pau­vre­té et les in­éga­li­tés, amé­lio­rer l’édu­ca­tion et la re­cherche, ac­cé­lé­rer la tran­si­tion éner­gé- tique et la conver­sion éco­lo­gique de nos éco­no­mies… Mais que nous ne le fai­sons pas parce que les règles que nous nous sommes don­nées nous en em­pêchent. Il n’est mal- heu­reu­se­ment guère sur­pre­nant que, dans un tel contexte, les eu­ros­cep­tiques aient par­tout le vent en poupe…

L’Union eu­ro­péenne reste fra­gi­li­sée par les dis­pa­ri­tés fortes qui existent entre ses Etats membres.

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